‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 138 sur 176 · LA DATE DE LA SUITE DU MENTEUR · texte numérisé non relu

LA DATE DE LA SUITE DU MENTEUR

de 1645 à 1656, montre Philiste présentant à Dorante un exemplaire imprimé dela comédie du Menteuri. L’achevé d'imprimer du Menteur est du dernier octobre 1644; ilestdoncimprobablequela Suite du Menteur aitété jouéecemêmehiver de 1644, cardansles usages du temps, on réservait la comédie pour l’été ou la morte-saison, pour la saison du moins où le beau monde étaitabsent de Paris. La Suile du Menteur a dù très probablement être jouée après Pâques, dans l’année 1645, et Corneille ne s’est hâté de faire imprimer sa pièce, dès le mois de septembre, que parce qu’elle n'avait pas réussi comme son aînée.

On sait quelles discussions soulevèrent ces premières pièces de Corneille. Au sortir du théâtre, quand les applaudissements avaient cessé, quand l'enthousiasme s'était éteint avec les lustres et les feux de la rampe, les spectateurs ne laissaient pas de discuter leur plaisir, et de raisonner sur la nouvelle règle des trois unités; les plus fanatiques prétendaientmêmelappliquer,non-seulementà lacomédie, mais encore au roman?.Toutle monde alors «se faisait blanc d’Aristote ; » le maréchal de Bassompierre lui-même apprenait dans sa prison les termes techniques, afin de pouvoir converser avec ses visiteurs, et il écrivait gravement dans son Répertoire : « La Comédie consiste en Proiogues, Prothasis, Epistasis et Catastrophe 5. »

(1) La Suile du Menteur, Acte V, Scène V, édit, Marty-Laveaux, tome IV, p. 388.

(2) Sorel, Le Parasite Mormon (1650), inséré daus le tome If de l’Aistoire de Pierre de Montmaur par M. de Sallengre, La Haye, Van Lom, 1715, in-8*, p. 282 : « Pour ce qui est de l'Unité de Scène ou de lieu, que depuis la Cassandre, ils veulent tous faire garder dans les Romans aussi bien que dansles comédies. » Les mauvais plaisants composèrent d’autres romans où la règle était appliquée par raillerie; ainsi le Parasite Mormon et le Grifonage cité plus haut, où l’on trouve « l'unité de temps, de lieu et de rimes. »

(3) Répertoire de Bassompierre, Bibliothèque Nationale, Manuscrits latins, n° 14,224, p. 31.

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C’est par affectation, et pour mieux jouer son rôle, que le bourgeois de Paris, marguillier de sa paroisse, a feint d'ignorer ces beaux mots, et déclaré « n'avoir jamais lu Aristote. » En réalité, Sorel connait aussi bien que personne les nouvelles règles, et il dira bientôt ce qu’il en pense, rien de bon. Certes il ne voudrait pas voir revenir ces pièces grossières, comme le Ravissement de Proserpine du vieil Hardy, qu’il à parodié jadis dans le Berger extravaganti, ou comme ce Fils d’Alceste?, où le héros apparaissait réellement,

Enfant au premier acte et barbon au dernier;

mais ce n’est pas une raison pour tomber d’un excès dans un autre. Il se moque des précautions que l’on prend au théâtre, pour observer l’unité de temps: en allumant sur les côtés de lascène, un nombre variable de lumières, dissimulées par des décors ou des perspectives, « certains machinistes furent si ponctuels à garder la loi établie, qu'ils firent paraitre le soleil dans son Orient, puis dans son Midi, après dans son Occident, et enfinils firent voir la Nuit. On s’étonna même comment on n'avait point mis

(1) Sorei, le Berger extravagant, livre IX p. 187 et Remarques. p.291.

(2) Sorel, Maison des Jeux, 1642, tome [, p. 434: « C’est de vrai une chose bien étrange de voir, en une comédie, qu'un homme, qui était représenté fort jeune au premier acte, vienne au dernier avec une grande barbe blanche, et soit devenu vieil en trois heures. » Cette phrase est reproduite presque textuellement dans la Connaissance des bons livres, 1671, p.210. Elle a été également employée par Racan, (Œuvres, édition Tenant de Latour, tome 1, p.357), qui l'applique à une « des pièces les plus pathétiques » qu'il ait vu jouer « dans sa jeunesse », pièce qu’il a longuement analysée. Cette tragi-comédie représentée à l'Hôtel de Bourgogne, vers 1620, était tirée d’un roman de Des Escuteaux que nous avons déjà cité, chap. VI, p. 189; la date de 1620 (Comparer Tallemant, tome Il, p. 358) fait supposer que le Fils d‘Alceste est une œuvre perdue de Hardy, laquelle resta célèbre comme le type du drame irrégulier.

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