‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 140 sur 176 · POURQUOI SOREL A SI PEU PARLÉ DE MOLIÈRE · texte numérisé non relu

POURQUOI SOREL A SI PEU PARLÉ DE MOLIÈRE

: Sorel vécut assez longtemps pour voir réaliser toutes ces innovations par Molière ; mais à ce moment elles ne l’intéressaient plus. Déjà âgé, il n'allait plus au parterre que de loin en loin: il ne.semble pas non plus avoir conservé de relations avec un homme qui aurait pu le, ramener au théâtre, avec un ami de. Molière, l'abbé: de La Mothe-Le-Vayer, lequel mourut, du reste, dès 1664. Sorel vit certainement jouer les Précieuses ridicules 1, et s'il y a remarqué en passant un trait insignifiant emprunté à: Scarron?,. à. plus forte raison dut-il, dans, la pièce nouvelle, reconnaître son propre bien. Mais il n'a très probablement pas connu les pièces suivantes, dont il cite simplement les titres jusques et y compris l'Ecole des femmes 3. Cette dernière comédie.ae lui:fut révélée que par les attaques du prince. de Conti; en la mentionnant, il recommande à ses lecteurs de distinguer? le poète comique Molière du

(1). Sorel, Lettre précieuse à des précieuses, déjà citée — it. Bibliothèque française de 1664, p. 171.

(2) Connaissance des bons livres, p. 189: «... De là viennent les railleries qu’on fait d’un Poète extravagant qui voulait mettre les conciles en vers alexandrins et l’histoire romaineen madrigaux.»— Comparer Searron, tome VII, p.175, Epitre chagrine à d'Elbène.

J'entreprends un travail pour le clergé de France, Dont j'attends une belle et grande récompense : C'est, mais n’en dites rien, les conciles en vers; Pour les diversifier, je les fais inégaux,

Et j'y fais dominer surtout les madrigaux.

Ces vers ont été cités par M. Morillot, dans son étude sur Scarron el le genre burlesque.

(3) Bibliothèque française de 1664, p. 188 ; it. édit. de 1667, p. 210.

(4) Connaissance des vons livres, p.240. Sorel parle des pièces « qui causent du mal à ce que l’on pense par le mépris des lois du mariage et de toutesles bonnes mœurs.» Il ne faiique rappeler le «traité d’un grand prince » ou le Traité de la Comédie du prince de Conti, 1666, p- 23. — Voir encore Bibliothèque française de 1664, p. 192.

(3) Bibliothèque française de 1664, p. 245 ; it. édition de 1667, p. 271.

romancier François de Molière, et du gentilhomme angevin, Molière, auteur d’un dictionnaire historique ; c’est tout au plus s’il ne cite pas en même temps Molière le danseur, et le sieur de Moulèret, cavalier gascon, un autre écrivain inconnu de la vieille cour. La distinction était donc nécessaire pour de certaines gens? elle n’était pas inutile dans le petit cercle des amis de Sorel. On s'explique en tout cas que celui qui l’a faite n'ait pas parlé plus souvent d'un auteur qui lui était à peu près inconnu etdontles plus grandssuccès nele touchaientplus?; l’on comprend pourquoi le nom de Molière tient si peu de place dans la Bibliothèque française, où lon aurait eu tant de plaisir à le retrouver plus souvent.

Telle qu’elleest,avectoutesses lacunes, la Bibliothèque ne manque pas de vues originales. Assez de citations nous ont montré combien ce livre aurait pu être intéressant, si au lieu de le réimprimer,àpeu prèstextuellement en1667, Sorel l'avait fondu avec le 7r'aité de la connaissance des bons livres; s’il avait pris aussi la peine d’y réunir les faits et les jugements que nous avons été obligés de glaner dans une demi-douzaine d'ouvrages différents. Ainsi cette Bibliothèque ne serait plus ce qu’elle parait trop souvent, une sèche énumération de noms et de titres.

Les défauts et les lacunes sont encore plus visibles dans

(1) Vida y mucrte de los Corlesanos por el Senor de Moulère, cavallero Gascon, in-12, Paris, 1614. — La pièce a été imitée et parodiée par le comte de Cramail dans le Philosophe gascon, qui fait partie des Jeux de L'Inconnu.

(2) Comparer Guy Patin, lettre du 29 mars 1669, tome HI, p. 691: « Plusieurs se plaignent ici ct les médecins aussi, vu qu'il n'y a ni malades, ni argent, il n'y a plus que les comédiens qui gagnent au Tartufje de Molière. Grand monde y va souvent. » Ni Guy Patin, ni Sorel n'eurent l'envie de suivre ce grand monde,

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