LES DIVERSES ÉDITIONS DU FRANCION
du roman. Celle-ci ne fut retrouvée qu’en 1633, dans les papiers d’un certain Nicolas Moulinet, sieur du Pare, gentil homme lorrain mort depuis des années. La noticeconsacrée par Sorel à ce Moulinet était si bien faite!, si bourrée de faits et de citations, qu'elle devait tromper plus ou moins tous les bibliographes 2. Tandis que Dom Calmet inscriait consciencieusement le prétendu gentilhomme lorrain dans sa Bibliothèque iorraine, d'autres crurent qu'il n'avait jamais existé, d’autres qu'il était vraiment l’auteur de la première partie du Francion, et que Sorel s'était borné à compléter l’œuvre d’un autre. En réalité, le sieur Moulinet, bon normand, avocat de son métier et plus tard comédien, à composé des romans ennuyeux et des facéties joyeuses, mais n’a jamais mis la main au Francion. Ce roman appartient tout entier à Sorel: ses amis et ses ennemis, Guy Patin, Tallemant des Réaux, Ménage, Sauval, Furetière, tous les contemporains le lui attribuent: luimème eùt été bien fàché d’être pris au mot, quand il le reniait, et jamuis il ne put s'empêcher de parler avec tendresse « d’un livre qui avait eu plus de soixante éditions, à Paris, à Rouen, à Troyes et ailleurs #, » sans compter les traductions en allemand, en anglais et en quelques autres langues.
Il faut bien examiner toutes ces éditions, puisqu'elles ont leur légende. On lit partout que le Z'rancion à grandi en marchant et qu'il n’a cessé de se modilier entre les
(1) C'est lPAvis aux lecteurs de l'édition du Francion de 1633, réimprimée par M. Émile Colombey. Toutes nos citations sont prises dans cette édition de M. Colombey, la plus facile à trouver.
(2) Brunet, Barbier, Quérard, E. Colombey, etc.
(3) Voir la Bibliographie détaillée de Moulinet, à l’Appendice.
(4) Bibliothèque française, 1664, p. 174. Sorel parle encore du Francion dans l'avertissement de la Science universelle, 1641, t. 1, p. 362 el dans bien d’autres passages.
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mains de ses éditeurs, toujours occupés à le retoucher et à renouveler les anecdotes vieillies. À ce compte, ce roman serait un véritable journal des ridicules du siècle, et tous les exemplaires varieraient, suivant les lieux et les dates de l'impression. Les faits ont été singulièrement exagérés. La première édition du Francion a failli disparaitre, comme d’autres ouvrages de la même époque, et de plus célèbres, comme l’Astrée de 1607 dont on ne connait plus qu'un exemplaire, et comme les Lettres de Balzac de 1624. Cette édition est si rare que tous les grands bibliophiles du siècle dernier, Le Duchat, le duc de la Vallière, le marquis de Paulmy, l'ont cherchée vainement, mais elle ne diffère pas sensiblement, nous avons pu le constater, des éditions suivantes.
Dès 163, le héros, Francion, est ce qu'il restera, un fils de famille qui passe par toutes les conditions pour les railler toutes. Le but du livre est déjà clairement indiqué par le sous-titre ; ce « Fléau des vicieux » prétend les corriger en les amusant, il veut être gai comme un roman et grave comme un sermon. L'ouvrage s'arrête au milieu du VIITe livre actuel, quand Francion part pour l'Italie à la conquête d'une riche héritière ; il attendait naturellement une suite, qui parut dès 1624. À ce moment Sorel ajoute à son roman quatre livres, où il développe sa propre histoire, attaque Balzac, et marie son héros en promettant de ne pas le perdre de vue. En 1633, pour ajouter un douzième livre, il supprime deux pages de la conclusion précédente, et recule le mariage de Francion par de nouveaux incidents. La composition du roman rappelle donc celle du Gil-Blas, ou mieux encore celle du Baron de Fæneste. D’Aubigné en prenait plus à son aise encore que Sorel avec le lecteur, et se contentait, comme conclusion, d’une