‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 29 sur 176 · LA LANGUE POPULAIRE DANS LE FRANCION · texte numérisé non relu

LA LANGUE POPULAIRE DANS LE FRANCION

ture nous rend doucement sceptiques à l'égard des bons serviteurs du temps passé. Le Francion se fait l’écho de toutes ces petites pièces, et répète avec esprit les plaintes alternées des domestiques et des maîtres !.

Non-seulement Sorel aime cette littérature populaire, il en fait. En 1622, sous le pseudonyme du chevalier Rosandre, il a publié, en même temps que d'Aubigné, une satire de la noblesse intitulée : « La grande utilité des bottes », de ces bottes aux énormes éperons, qui donnent Pair cavalier aux piétons les plus besoigneux, et qui les dispensent d'entretenir un cheval. Plus tard, reprenant son bien, il a reproduit textuellement ce petit écrit dans le Francion ?.

[ne lui suffit pas de recueillir tous les livrets populaires; il veut encore imiter la langue du peuple et employer dans ses livres les expressions pittoresques des Halles ei du Port-au-foin. «\’est-ce pas, dit-il, que c’est très agréable et très utile chose que le style comique et satirique. L'on y voit toutes les choses dans leur naïveté. Toutes les actions y paraissent sans dissimulation, au lieu que dans les livres sérieux il y à de certains respects qui empêchent de parler de cette sorte, et cela fait que les histoires sont imparfaites et plus remplies de mensonge que de vérité. Que si l’on est curieux de langage, comme en effet l’on le doit être, où le peut-on considérer mieux qu'ici ? Je pense que dedans ce livre on pourra trouver la langue française tout entière, et que je n'ai point oublié les mots dont use le vulgaire, ce qui ne se voit pas partout, car dans les ouvrages trop modestes l’on n’a pas la

(1) Francion, livre If, p. 58.

(2) Francion, livre X, p. 421-425 — d'Aubioné, Baron de Fæneste, livre 1, eh. I.— Sur le livret de Sorel, voir la Bibliographie des ouvrages attribués à Sorel.

liberté de se plaire à cela, et cependant ces choses basses sont plus agréables que les plus relevées. !» Ce passage fait honneur à Sorel; à part lui, à part le traducteur, quel qu'il soit, du Guzman d’Alfarache?, avouant que la traduction des termes populaires lui a demandé plus de peines et de soucis que tout le reste, à part Saint-Amant, chargé de recueillir les termes grotesques pour le Dictionnaire de l’Académie, peu d'écrivains ont cette curiosité avant Molière et La Fontaine*. Elle a porté bonheur à Sorel, qui à toujours été consulté avec protit par les lexicographes. Sans parler des ouvrages spéciaux d'Antoine Oudin, de Richelet et de Leroux, on n’a qu’à feuilleter le Dictionnaire de Littré, pour y trouver, presque à chaque page, des citations du Francion, qui expliquent en détail soit un proverbe populaire, soit des expressions vieillies, telles que courir un momon. donner de la tablature, un pain de chapitre, etc.

Autant Sorel aime la langue populaire, autant il déteste le parler des courtisans et le style des romanciers à la mode qu’il ne se lasse pas de railler. En 1624, quand les élégantes neportent plus que des jarretières à la Céladon et des robes à la Parthénice, voici déjà la critique de l’Astrée: « Les bergers y sont philosophes et font l'amour de la même sorte que le plus galant homme du monde. Pourquoi ne composerait-on pas un livré des chevaliers,

(1) Francion, livre X, p. 385.

(2) Avertissement de la Traduction française du Guxman d'Alfarache, Lyon, chez Simon Rigaud, 1630, attribuée quelquefois à.Chapelain.

(3) Comparer Vaugelas, Préface des fiemarques. « Le bon usage se trouvera de grande étendue, puisqu'il comprend tout le langage des honnêtes gens et tous les styles des bons écrivains, et que le mauvais usage est renfermé dans le Burlesque, dans le Comique en sa propre signification, comme nous avons dit, et le Satirique, qui sont trois genres où si peu de gens s'occupent, qu'il n'y a nulle proportion entre l'étendue de Pun et de l’autre. »

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