SOREL ROMANCIER
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https://archive.org/details/IA41550229 0018
La famille de Charles Sorel et ses prétentions nobiliaires. — La légende d’Agnès Sorel au X VIE siècle. — Comment Charles Sorel savait falsilier les textes. — Il descendait en réalité d’une famille de petits magistrats champenois. — L’homme et l'écrivain. — Variété de son œuvre. — Divisions de cette étude.
La vie de Charles Sorel, sieur de Souvigny, est mal connue. Pour ses contemporains comme pour nous, il était déjà l’auteur du Francion, l’homme d’un seul livre qu’il désavouait. Son nom est rarement cité par les auteurs du XVIIe siècle. Cependant son ami Guy Patin et son ennemi Furetière ne sont pas les seuls qui nous aient parlé de lui, comme l’a ditle Père Niceron. Aussi sera-t-il prudent de recueillir les témoignages de tous, amis, ennemis ou indifférents, car les assertions de Sorel lui-même sur sa famille, sa fortune, ses ancêtres, sont si vaguesetsiconfuses.qu’elles gènentplutôt qu’elles n’aident les recherches. Peut-être le voulait-il ainsi. Pourquoi ne pas signaler tout de suite ce trait de son caractère? Il aimait le mystère, il était passé maître en fait de supercheries généalogiques ou littéraires, et il abusait, pour les faire, de connaissances très réelles. Bref, à n’interroger que ses œuvres, l’histoire de ce romancier et de sa famille est un roman moitié héroïque, moitié bourgeois, dont il est malaisé de trouver la clef sans recourir aux actes notariés 1.
(1) Cabinet des titres. — Dossiers des Sorel de Paris (n° 60,481), des
Bernard, Parmentier et Riencourt. :
Le grand-père de Charles Sorel était magistrat dans une petite ville de Picardie. Son père, après avoir servi dans les troupes de la Ligue, vint s'établir à Paris, où il acheta une étude de procureur en parlement, et épousa une sœur de Charles Bernard, lecteur de Louis XIIT et premier historiographe de France. Il eut deux enfants, un fils, Charles Sorel, né en 1602, et une fille, Françoise Sorel, qui fut mariée à M. Parmentier, avocat en parlement et substitut du procureur général. Sans être riche, cette famille avait de bonnes terres, des rentes sur l'Hôtel-de-Ville et surles particuliers, une maison des champs, entourée de grands bois, baignée d'eaux vives, que Charles Sorel nous a décrite quelque part en propriétaire, presque en poète !. Ils habitaient tous à deux pas du Louvre, rue Saint-Germain l’Auxerrois, n° 16, une grande maison qui, à la mort des parents très âgés, resta indivise entre le frère et Ia sœur. Is ne la quittèrent point, ils y vécurent en famille. heureux et considérés dans tout leur quartier. « Dans sa basse jeunesse, » de 1621 à 1626, Sorel suivit la cour, où il essaya inutilement de s’avancer par la protection du comte de Cramail et d’autres grands seigneurs ?; bientôt, indépendant de fortune et de caractère, il reprit sa liberté, acheta la charge de son oncle lPhistoriographe, et revint vivre parmi les siens. Il s’entendait à merveille avec son beau-frère, le substitut Parmentier, capitaine du quartier Saint-Eustache, grand
(1) Dans la Solitude et l'amour philosophique de Cléomède, 1610.
(2) En 1621, Sorel Gtait secrétaire ou « domestique » du comte de Cramail; en 1622, il s’attacha au comte de Marcilly, et plus tard au comte de Baradaz. Il a représenté dans son Francion tous ses différents protecteurs sous les traits Au grand scigneur Clérante. S'il eut peu à se louer du comte de Marcilly, il conserva de meilleures relations avec le comte de Cramail, ct collabora avec lui à divers pelits ouvrages. Voir l’Appendice, N° HI,