LA FAMILLE DE CHARLES SOREL
politique!, grand frondeur et bon père de famille. Furetière a oublié un instant sa méchanceté habituelle pour dépeindre cet honnête intérieur.’Le souper est fini, la conversation se prolonge entre les grandes personnes. Elle eùt duré longtemps, « si elle n’eût été interrompue par un grand bruit de cinq petits enfants, qui, restant au bout de la table, rangés comme les tuyaux d’un sifflet de chaudronnier, vinrent crier de toute leur force Laus Deo, Pax vivis, et firentun piaillement semblable à celui des canes ou des oisons qu’on effarouche. Chacun fit silence et joignit les mains, puis la mère prit le plus petit des enfants sur ses genoux pour l’amignotter. Lambertin (le père) accostant sa tête sur son fauteuil se mit à dormir, et Charroselles (l'oncle), homme d’étude, monta en son cabinet 2. »
Une de ces fillettes avait la permission de venir l'y déranger. Il la maria plus tard à M. Simon de Riencourt, issu d’une bonne famille picarde, correcteur à la Cour des Comptes de Paris, et transmit à celui-ci ses livres, ses notes, ses documents historiques, sans pouvoir lui donner en même temps ses rares qualités d'historien. Les ouvrages historiques de M. de Riencourt le couvrirent de ridicule ; son fils Charles montra plus de talent, et entra à Académie de Inscriptions.
Tous ces petits faits nous donnent l’idée d’une famille de
(1) Parmentier figure au premier rang dans cet étrange complot, organisé à la Bastille par un vicillard, le comte de Cramail, déjà cité, qui veut venger ses calembours peu goûlés de Richelieu, et par un jouvenceau, l’abbé de Retz, impatient de jouer la conspiration de Fiesque, après l'avoir écrite. (Mémoires de Retz, édit. Feillet, année 1641, p. 164, 165.) — Plus tard on retrouve encore Parmentier mêlé aux troubles de la Fronde. (Registres de l'Hôtel-de-Ville, éd. Le Roux de Liney.t. IT, p. p. 257, t. IT, p. 131 et 453.
(2) Pseudonymes de Parmentier et de Charles Sorel dans le Roman bourgeois, éd. E. Fournier, livre Il, p. 237,
bourgeois comme il y en avait tant, laborieux, aisés, instruits, frondeurs. Cependant les Sorel de Paris se piquaient d’appartenir à la plus vieille noblesse du royaume ; ils se rattachaient à l’ancienne famille picarde des Sorel d'Ugny, laquelle se rattachait elle-même au Shorel du comté de Kildart, et comptait à la fois parmi ses illustrations les anciens rois de l'Angleterre, et Agnès Sorel, la Dame de Beauté. Charles Sorel nous à exposé ces prétentions dans un long ouvrage intitulé /a Solitude et l'Amour philosophique de Cléomède ; son ami Guy Patin les a confirmées dans quelques pages de joli latin, inconnues sinon inédites. Le plus simple serait de les constater poliment; mais comme cette généalogie touche à plusieurs points d'histoire ou d'histoire littéraire, il faut bien l’examiner.
Charles Sorel prétend donc descendre des anciens rois d'Angleterre. Sur les bords de la Stower, dans les brouillards, se dressent encore les ruines de leur château de Montsorel ; l’un de ces rois s’ennuyant au logis, et dégoùté de la barbarie de ses sujets, renonça à la couronne et vint s'établir dans les Pays-Bas, d’où ses descendants se répandirent dans les contrées voisines et fondèrent les villes de Sorel, Soreaumont, Consotré, etc. Ils gardèrent du reste les armoiries des anciens Saxons décrites par Fauchet, les roses d’or sur champ d’azur?, ainsi que le surnom de de l'Isle ou des Isles, qui rappelait leur origine ; Charles Sorel lui-même signa ainsi plusieurs deses ouvrages. Les vers de l’Zcole des Femmes vous reviennent à l'esprit :
(1) Camden, cité par Sorel, Britannia, Amsterdam, 1617, in-8°, p. 649.
(2) Il y a dans le dossier des Sorel d'Ugny en Picardie, Cabinet des titres, n° 60,485, quelques armoiries avec des besants, que Sorel a pris
pour des rôses. « Colar de Sorel brise d'un lambel d'axur besants d'or. » (Pièce n° 20, note écrite par Gaignières.)