‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 37 sur 176 · LE COURONNEMENT D 'HORTENSIUS · texte numérisé non relu

LE COURONNEMENT D 'HORTENSIUS

souvent pas autre chose)!, viennent offrir la couronne de leur pays. La plaisanterie était de bonne guerre si elle n'était pas neuve. À Rome même, où Balzac avait si longtemps vécu et où Sorel plaça la scène du couronnement, on avait déjà vu plus d’une mystification de ce genre. Jadis toute la cour de Léon X s'était égayée aux dépens d’un méchant poète qu’on fit monter au Capitole, couronné de lauriers et juché sur un éléphant?. Erasme raconte aussi comment la curie romaine envoya de fausses bulles d’évèque à un prêtre suffisant, qui se promena par toute la ville avec les insignes de sa dignité imaginaire. L’anecdote fait partie d'un traité latin, dont le titre « De Linguû » devait attirer l’attention de Sorel, en quête de plaisanteries contre un beau parleur tel que Balzac. Nul doute qu'il n’ait lu Erasme et qu'il ne l'ait imité, mais avec originalité : il y avait loin d’un joli récit, net et sec, à ce couronnement d'Hortensius, d’une si plaisante extravasance. En attendant que ces scènes joyeuses soient un jour reprises par Molière, elles vont être citées dans tous Îles pamphlets qui seront bientôt lancés contre Balzac ; mais ceux là n’appartiennent plus à notre sujet, heureusement#,

(4) Tailemant, t. IV, p. 390, Historiette du professeur Reussel.

(2) Le triomphe est longuement décrit dans le Il° Factum de Furetière, p. 275.

(3) De linguû, tome IV, p. 712, des OEuvres complètes d'Erasme, in-fol. Leyde, 1703. L'anecdote a été imitée aussi par d’Aubigné qui n'en a tiré qu'un chapitre insignifiant, (Baron de Fæneste, livre IV, chap. V.)

(4) Nous n’en rappellerons qu'un, la Comédie des comédies, traduite ditalien en langue de l’orateur français, par L.S. D. P., réimprimée par Jannet (Ancien théâtre français, Bibl. elzév., IX) et par E. Fournier (Le Théâtre français, XVI° et XVII" siècles), avec des notes inexactes.

L'idée même de ce centon vient du }rancion, comme le constate l’auteur d'une Réplique intitulée Le théâtre renversé ou la Comédie des comédies abattue. On y voit de Paladin et le Docteur courtisant la belle Clorinde, personnilication de l'Éloquence, avec des phrases tirées de Balzac, lesmêmes qui ont déjà été parodiées par Sorel. Quant à

I nous suffit d'avoir montré le rôle de Sorel dans une des plus célèbres querelles littéraires du XVII: siècle ; de tous les critiques du grand rhéteur, il a été le plus gai, il a vu le plus Join et le plus juste, et, dans cette guerre retentissante, c’est lui qui à attaché le grelot.

Avec la variété de ses épisodes et la sûreté de ses informations, le roman de Fr'ancion nous apparaît done comme un document précieux, non-seulement pour l’histoire des mœurs, mais encore pour l’histoire littéraire. Ses mérites ne font pourtant pas oublier ses défauts dont le plus choquant est la grossièreté. Il v a des scènes et des propos singulièrement libres dans « le plus modeste des livres facétieux du temps ! », comme l'appelle son auteur. Le compliment que Sorel s'adresse à lui-même rappelle le privilège que Gaultier Garguille obtenait vers le même temps du pieux Louis XIIT pour un recueil de chansons des plus risquées : « Notre cher et bien aimé Hugues Guérin dit Fléchelle, l’un de nos comédiens ordinaires, nous a fait remontrer qu'avant composé un petit livre intitulé les

l'intrigue, c’est celle d'une comédie ilalienne de Sforza d'Oddi, la même dont Rotrou va tirer en 1641, Clarice ou l'Amour constant. Dans la pièee italienne et dans celle de Rotrou, le capitaine Rhinocéronte (a) donne des coups de bâton au docteur Hyppocrasse. Les rôles sont renversés dans la Comédie des Comédies, par allusion au Paladin Javerzac, le pelit avocat saintongeois que Balzac fil cravacher par ses amis. — Sorel dit (Bibliothèque française de 1667, p. 126) que l’auteur de la Comédie des Comédies est le sieur Barry, gentilhomme auverenat, neveu de lPhistoriographe Sirmond: c'est donc par erreur, que les bibliographes attribuent souvent celte pièce à un autre Bary, admirateur de Balzac, qui figure dans le Dictionnaire des Précieuses de Sermaize (Édit. Livet, tome I, p. 47).

(a) C'était le nom de théâtre d'un acteur italien, très brave et très pieux, mort à Paris en 1624. Sur cet acteur de son vrai nom Gavarini, voir la Supplita, disvorso familiare intorno alle comedie, ch. X, (par >cltrame).

(1) Sorel, Bibliothèque française, de 1664, p. 174,

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