EMPRUNTS DE MOLIÈRE A CHAPPUZEAU
connaissance à un de ses passages dans cette ville, et s’en soit souvenu plus tard. L’a-t-il fait? Ici les textes seuls peuvent répondre, et il suffira de relire la petite pièce de Chappuzeau, que nous allons résumer brièvement.
Éconduit par le vieux Ménandre qui lui a refusé la main de sa fille Emilie, sous prétexte qu’il n’est pas assez noble, le pédant Hortense à juré de se venger. Il fait la leçon à son pensionnaire Germain, « gros drôle » sans naissance et sans fortune, lui apprend à parler de ses terres, de ses armoiries, de ses hauts faits d’armes, Phabille magnifiquement, et revient le présenter à Ménandre comme un seigneur de marque. Germain fait son entrée, accompagné d'Hortense qui le souffle : il se coupe à chaque instant, ne dit que des sottises, et pourtant son esprit et sa noblesse ne laissent pas d’éblouir le père, la fille et ses savantes amies. Mais tandis qu’il se pavane lourdement, deux sergents viennent l’arrêter pour dettes, et l’emmènent en prison, à la grande colère d'Emilie qui reproche à son père de lui avoir attiré cette sotte aventure.
Certes le récit de Chappuzeau est faible. Hortense ne ressemble pas à La Grange, ni Ménandre à Gorgibus ; mais Germain est un sot prétentieux comme Mascarille ; Emilie, « la jeune veuve d’un savant esprit, » a bien quelques traits de Cathos et de Magdelon : elle est, comme elles, entichée de noblesse et de bel esprit, elle se laisse aussi facilement duper. Avec tout le respect dù à un fin lettré comme E. Despois, nous dirons qu’il s’est trop hâté d’afan que dessus. Signé : Sève. » — Contrairement à ce que dit Despois, (Notice des Précieuses ridicules, t. 11, p. 25, note 2), Chappuzeau a trouvé un éditeur lyonnais dès 1656, et il n’y a aucune raison pour que le Cercle des femmes n'ait pas été imprimé à Lyon cette année même. Celle première édition du Cercle des femmes a peut-être disparu, mais
c'est le sort commun de beaucoup de livrets scabreux, surtout quand ils ont été imprimés en province,
firmer, quitte àse contredire à plusieursreprises!, qu'entre la pièce de Chappuzeau et celle de Molière, «il n’y a rien de commun que la mystification imaginée » par ungalant évincé, et que cette mystification même, avec tous ses détails, n’a aucune importance, parce qu'on la retrouve partout?. Elle en a si bien, qu'après avoir tenté toutes sortes de rapprochements, pour expliquer l’analogie en dehors de toute imitation, Despois est obligé de recourir à une conjecture gratuite: « On remarquera, dit-il, que la scène est à Lyon, dans la pièce de Chappuzeau, que ces Entretiens comiques ont été imprimés dans la même ville; or, comme Molière et Chappuzeau étaient tous deux à Lyon en 1656, on peut supposer, à la rigneur, que quelque aventure locale leur à suggéré à tous deuxla même idées. » Il est plus simple d'admettre que Molière a imité le Cercle des Femmes, car « l'aventure locale »
(1) Notice des Précieuses ridicules, tome II, p. 23 et p. 27.
(2) On voit bien des valets l'aire l'amour à la place de leurs maîtres dans Jodelet ou le Maître valet et dans l'Hérilier ridicule de Searron ; mais c’est une épreuve que tentent les maîtres, ce n’est pas une vengeance. Imaginez même une vengeance d'un galaut éconduit, Comme celle que l'on rencontrera dans le Polyandre de Sorel, les détails seront encore tout autres, et ne rappelleront pas le Cercle des femmes de Chappuzeau.
(3) Notice des Préc'euses ridicules, tome IT, page 27.
(4) Les autres objections de Vespois, (note de la p. 26), ne portent guère: « Chappuzeau ne paraît nulle part s'être vanté de l'emprunt que Molière lui aurait fait, et aucun des contemporains, à notre connaissance, ne l'a remarqué. » — 1° Le silence de Chappuzeau ne prouve rien, Il ne s’est pas vanté non plus des emprunts faits par Molière à ce même Cercle des femmes, mis en vers, en 1661. (Scène d'Alain et de Georgette dans l'Ecole des femmes, couplet de Chrysale dans les Femmes savantes). — 2 Ce silence même s'explique. En mettant son Cercle des femmes en vers, Chappuzeau imita lui-même Molière: le pensionnaire Germain fut remplacé par un valet,et devint un marquis ridicule (acte I1, seène VII), au lieu d’être un grand seiencur quelconque comme dans le texte en prose. — 3° Les frères Parfaict, (tome IX, p. 77), ne sont pas les premiers qui ont remarqué lanalogie du Cercle des femmes en prose et des Précieuses ridicules ; les
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