‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 48 sur 176 · LA CRITIQUE DE L’ASTRÉE · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE DE L’ASTRÉE

Molière, les subtilités galantes et la phraséologie doucereuse. Les flammes, les chaines, les soupirs, tout « ce petit meuble de bouche, » sera précieusement conservé sur la scène, même quand les honnêtes gens l’auront depuis longtemps abandonné par dérision aux hobereaux campagnards!. Tous ces ridicules venaient en grande partie de lAstrée ; Sorel les a signalés dès leur apparition, il les a poursuivis sans relâche, dans les livres et sur les lèvres de ses contemporains, et ses critiques restent.

Mais la meilleure parodie n’est jamais qu’une œuvre négative, et Sorel sentait bien qu'il ne suffisait pas de parodier l’'Astrée. Aux descriptions factices de la pastorale il a donc opposé les mœurs réelles, aux courtisans et aux bourgeois de la ville, déjà décrits dans le Francion, il a ajouté des types nouveaux : le paysan champenois, superstitieux et rusé, le hobereau campagnard, ami de la gaîté et des bons vins; ce n’est pas lui qui se résignerait à vivre d'amour et d’eau fraiche, fût-elle du Lignon. On peut même regretter que l’auteur du Berger extravagant n’ait pas abrégé ses dissertations, pour multiplier ces récits familiers où il excellait. L’odyssée du valet Carmelin décrivant à grands traits la douzaine de maitres qu’il à fidèlement servis?, l’histoire de Genèvre et celle de Clarisse #, les petites bourgeoises folles de toilettes, ces épisodes et d’autres, pleins de curieux détails, ont servi plus d’une fois de modèles à Furetière. Molière a pris, lui

(1) Comparer le Gentilhomme campagnard, de Gillet de la Tessonnerie, 1657, acte I, scène II, — it. le Déuloque facétieux d'un gentilhomme français, se complaignant de l'Amour, et d'un berger qui le trouvant dans un bocage, le réconforta, parlant à lui en son patois. Metz, Antoine, 1671, in-12.

() Berger extravagant, livre VIT, p. 151.

(3) Berger extravagant, livre IT, p. 80, 87.

(4) Berger extravagant, livre XI, p. 287.

aussi, son bien chez Sorel, il l’a même pris si souvent qu'on peut sacrifier sans hésiter tous les emprunts douteux.

Ainsi la jolie comparaison du Joueur de boules, de l'Etourdi, figure déjà dans le Berger eætravagant : de même que Lélie suit avec une émotion croissante les sottises de son maître, ainsi Lysis,au théâtre, retientdela voix et du geste un Satyre trop empressé auprès d’une Nymphe, et finit même par se jeter sur la scène pour éviter un malheur. Ici c’est Rabelais qui a inspiré Sorel et Molière, de même qu’un peu plus loin il leur a encore donné à tous deux une scène de la Femme Mute?. Le jeu de mots de Gorgibus sur les sonnets et les sonnettes se trouve évalement dans le Berger extravagant. mais il y a longtemps qu'il a déjà été fait par Malherbe 3 ; il doit être banal, aussi bien que les plaisanteries de Sorel sur les carrosses et les chaises roulantes des dieux *, qui rappellent le prologue d'Amphitryon “*

Il est inutile de nous arrêter à de pareils rapprochements. En voici un quimérite plus d'attention. Pour réfuter des anecdotes suspectes, et prouver que Molière a composé lui-même le sonnet d'Oronte, il suffit de remarquer qu’il à déjà employé deux hémistiches, deux expressions saillantes de ce sonnet dans Don Garcie de

(1) Berger extravagant, livre IT, p. 146. — L'Etourdi,acteIV, scène IV. Sorel a repris la comparaison du Joueur de boules dans le Polyandre, tome !, p. 551.

(2) Berger extravagant, livre I, p. 349 et Remarques. — Le Médecin malgré lui, acte II, scène VI.

(3) Berger extravayant, livre 1, p. 51, cité par M. Livet dans son édition des Précieuses ridicules, p. 131.

(4) Berger extravagant, livre VI, p. 400.

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