LES MOTS NOUVEAUX
inventée mal à propos par les modernes, se faisait dès le XVIIe siècle, mais sur un autre mot, sur le mot ruelle.
Sorel se permet à lui-même quelques innovations: il est très content d’avoir remis en honneur avant La Fontaine le mot de fabuliste !, très content aussi d'avoir dit avant les Précieuses « r'ire sous le masque 2», de même qu’il a employé avant elles cette expression « Le je ne sais quoi? » appelée à une si brillante.fortune. En revanche il méprise les menues découvertes de ses confrères ; il les trouve bien prudes de substituer partout les « pensées » aux « conceptions * », et de répéter à tout propos: « cette pensée me heurte », comme les Précieuses diront: « c’est une chose tout à fait choquante. » Il raille encore, comme une nouveauté ridicule, l'emploi emphatique du pluriel des noms propres? ; il relève, avant Vaugelas, l'usage qui s’introduit de donner le titre de Monsieur à
(4) C'est par erreur que Littré attribue l'invention du mot à La Fontaine. Le mot est encore rare en‘ 1627, car Sorel (Berger extravagant, livre XI, p. 425, Remarques, p. 426), le fait suivre d'une explication. « Fasurisre est un conteur de fables. » — Ce mot remonte au XVI" siècle, ainsi que le mot parapoxe.(Paradoxes, ce sont propos contre La commune opinion débattue en forme de déclamations forenses, pour exerciler les jeunes csprits ès causes difficiles, revus et corrigés pour La seconde fois, Paris, Charles Estivnne, 1544, p. 17). « Pourquoi pensezvous que les rasvrisres eussent feint Actéon avoir été changé en cerf? »
(2) Berger extravagant, livre If, p.131; Remarques, p. 76. — On disait auparavant: Rire sous son bonnet ou chapeau, idiotisme, rire secrétement (Curiosités françaises d'Antoine Oudi, 1640, p. 483).
(3) Berger extravagant, livre VII, p. 57. «Les cheveux blonds avaient un tel éclat que pour en être charmé, j'y trouvais uN 38 NE SAIS QUOI, que je ne sais comment vous dire. » Ce n’est qu’en 1635 que Gombaud prononcera à l'Académie un discours Sur &« LE JE NE Sas QUOI. » — La phrase de Sorel est donc l'exemple le plus ancien de cette acception de «Je NE sais Quoi » pris Substantivement et précédé d’un arlicle.
(4) Berger ertravagant, livre X, p. 255, 256.
(5) Berger extravagant. Rem. du livre XI, p. #A5.« Adrien dit que les bergers sont pires que les Nérons et les Juliens bien que les His-
tous les auteurs vivants et de le refuser aux morts 1. Quelques écrivains de la nouvelle bande se donnent même ce titre de Monsieur à eux-mêmes, conme on le voit à la première page de leurs livres. C’est probablement Balzac qui a mis à la mode tous ces ridicules : un flatteur, à ce qu'il nous raconte, ou plutôt un mauvais plaisant, ne lui écrivait-il pas pour lui demander des nouvelles de « Messieurs ses livres?» e
Sorel préfère les quelques mots nouveaux inventés par les dames de Paris, qui dès 1627 ont des « déshabillés?, des femmes de chambre, et non plus des jilles de chambre. » Il aime bien aussi ce terme ironique de « fantassin3» avec lequel les bourgeois de Paris désignent les gentilshommes ridicules, terme dont l'histoire serait peut-être aussi compliquée que celle de notre mot « pékin. » On juge si « fantassin » plait à Sorel, et il serait heureux de le « naturaliser *, » — encore une acception nouvelle d’un mot ancien qui lui est due.
Il nous donne aussi quelques détails sur un motcomique « Taupin ÿ, » qu’on n’a pas encore réussi à expliquer
toires ne fassent mention que d'un Néron et d’un Julien : c'est suivant cette façon de parler, qui est ordinaire à plusieurs, qui diront que Henri-le-Grand était aussi vaillant que les Hercules, les Hectors, les Alexandres : voilà comme parlent les nouveaux oralcurs pensant enfler leur style. » — Comparer Balxuc, livre IV, lettre 3. « Pour débiter notre marchandise, il faudrait faire revenir les Augustes et les Antonins. »
(1) Berger extravagunt, Remarques du livre 1, p. 27.
(2) Ibid. Remarques du VIF livre, p. 217.
(3) Ibid. Remarques du X[° livre, p. 398. « Alican, qui est un rANTrassiN de Ge siècle ». — Le ridicule attaché au mot doit venir de la comédie italienne. Dans les fragments de la dernière comédie de Scarron, le valet de don Fernand de Naples s'appelle FaxTassiN.
(4) Berger catravagant, livre XIE, p. 40. « L'usage narurarise les mots à la longue. » Id. Rôle des présentations.
(5) Le sens de paysan armé ct par suite de soldat ridicule est facile à retrouver au XVII: siècle, Voir Le franc taupin, 1614, in-8",