‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 52 sur 176 · LE REMERCIEMENT AU ROI · texte numérisé non relu

LE REMERCIEMENT AU ROI

complètement. Il est remarquable que ce nom d’'insecte désigne, en 1627, un petit nain qui fait la joie des Lyonnais ; C’est très probablement un type populaire de cette ville.

Autant Sorel aime ces termes familiers, autant il critique la prononciation et le parler de la cour. Dans le F'rancion !et dans lOrphyse de Chrysante.,il sebornait à énumérer sèchement les mots à la mode parmi les jeunes ’ourtisans ; ilessaie maintenant d'introduire ces mots dans des dialogues comiques, et il n’y réussit pas trop mal. Ainsi le Berger extravagant donne une leçon de galanterie à son valet, et lui montre comment il doits’y prendre pour faire un compliment à sa maîtresse : avant de le laisser partir, il lui dit la manière de se présenter, de se pavaner, et de manier son mouchoir et son peigne en vrai marquis?. Ces instructions ne ressemblent pas mal à la jolie pièce où Molière fait la lecon à sa Muse : il est bien probable que le grand roi à reçu un ÆRemerciment qui avait déjà servi. Mais revenons aux mots nouveaux,

cité par le P. Le Long, B. ist, tomell, n° 20221 — id. Cur. franç. d'Oudin, UN rRrANC TrAuPIN, idiotisme, un paysan armé, un badin, un mal fait. — L'exemple de Sorel est plus particulier, et se rapproche de l'étymologie.

(4) Voici des exemples de ces énumérations. Francion, livre IV, p. 228. « Ils croyaient étre bien habiles hommes, quand ils disaient TRÈS INDUBITABLEMENT, ILS ALLARENT, ILS PARLARENT, VOUS AVEZ BIEN DE DE LA PROPRETÉ, VOUS ÊTES FORT ADMIRABLE, VOUS VOUS PIQUEZ de jouer du luth et de faire l’amour, vous AVEZ TOUT PLEIN D’HABITUDES Chez les ministres de l’État, vous ÊrEs EN BONNE Posrure Chez monsieur le surintendant, vous ÊTES DANS LE GRAND COMMERCE DU MONDE, VOUS ÊTES UN HoMMme pinrreicues. — L'Orphyse de Chrysante nous apprend les mots préférés des dames de la cour en 1626 : « TRÈS ASSURÉMENT CELA EST, VOUS GALANTISEZ, VOUS ÊTES TOUT COURTES ET APPRIVESÉ, TOUT REMPLI DE COURTISANIE ET D’ACCORTISE, Mais Votre amour n'est Pas LÉALE, VOUS ÊTES BEAUCOUP AFFLIGEANT. »

(2; Berger extravagant, livre VI, p. 383.

Lysis recommande surtout à Carmelin de prononcer quelques termes, qui ont une vertu magique: «S'il veut dire qu'il vient d'entretenir des hommes de bonne humeur, il dira : je viens d’être en conversation avec des visages de bonne humeur. — Mais l’on ne parle pas à des visages seulement, l’on parle à des personnes tout entières. — Il n'importe; il faut parler ainsi pour parler à la mode, et il faut dire à tous coups : Combien y a-t-il que vous n’avez vu ce visage ? ce visage m'a voulu quereller, c’est un fort plaisant visage. Outre cela si l’on te veut mener en quelques lieux où tu ne désires pas aller, il faut dire : serviteur très humble à cette maison là, serviteur très humble à une telle visite. Et si l’on te disait que l’on te veut faire ouïr une bonne musique, il faut répondre : Je baise les mains à la musique pour aujourd'hui . » Presque toutes ces expressions, nouvelles en 1627, vont rester à la mode jusqu'à la fin du siècle.

Unautrelivremontrera mieux encore quel parti comique Sorel sait tirer des mots: c’est le Rôle des Présentalions auxgr'andsjours de l’éloquence française, daté du 13 mars 1634. L'Académie vient à peine d’être fondée, un peu malgré elle: ses fonctions, inconnues du public, ne sont encore réglées que sur le papier, dans un beau rapport de Faret. La nouvelle société devra « nettoyer la langue des ordures qu’elle à contractées, ou dans la bouche du peuple, ou dans la foule du Palais, dans les impuretés de la chicane, où par les mauvais usages des courtisans ignorants, où par l’abus de ceux qui la corrompent en l’écrivant, et de ceux qui disent bien dans les chaires ce qu'il faut, mais autrement qu'il ne faut 1. » Le rapport de Faret,

(1) Pellison, Histoire de l'Académie française, éd. Livet, t. I, p. 20 ct 93.

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