‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 53 sur 176 · LE ROLE DES PRÉSENTATIONS · texte numérisé non relu

LE ROLE DES PRÉSENTATIONS

distribué à trente Académiciens est-il vraiment resté secret, comme Pellisson le remarque avec admiration ? Serisay n’aurait-il pas communiqué son exemplaire à son ami Sorel ? ! On est tenté de le croire, car justement celuici à mis en scène, dans le Rôle des présentations, toutes les personnes visées par Faret, et il a imaginé un défilé de grotesques qui viennent soumettre ironiquement à l’Académie leurs doutes sur la langue française. Fierbras, le cadet gascon, « requiert, au nom des soldats, qu’on n’ôte point le point à leur honneur ni l’éclaircissement à leur épée ; » les théologiens viennent défendre les termes de spiritualité, introduits par le cardinal de Bérulle, et les avocats, ceux de la pratique ; les dames de la Halle veulent conserver la Mi-Carême ; une marquise ridicule exige la suppression des mots équivoques, et les Parisiennes veulent rester ravissantes aussi bien que les huissiers et les procureurs.

Une de ces requêtes fera juger des autres : € Se sont présentés quelques jeunes muguets, chanteurs de Quand pour Philis, faisant les polis aussi bien en poésie qu'en prose, et soi-disant voisins du Pont-Neuf, Pont-Saint- Michel, Pont-aux-Doubles, de la Grève, Vallée de la Misère, Carrefour Guillery, Porte-Baudets et autres lieux remarquables, lesquels ont très humblement remontré qu'ils étaient importunés chaque jour des mauvais mots des chansons qui se chantaient et débitaient ès dites places, où le peuple était notablement trompé et éloigné de la vraie éloquence. C’est pourquoi, vu même que ces chanteurs de chansons, tels que laveugle Savoyard et autres, étaient si osés que de parler de l'entrée des reines,

(1) Sorel était très lié avec les académiciens Balesdens et Serisay,

t comme il le dit dans sa Bibliothèque français, de 1664, p. 244.

de la venue des ambassadeurs, de la victoire de nos princes, et de toutes sortes d’affaires d'Etat dans leurs mauvaises rimes, ce qui était honteux de voir que cela füt si mal ordonné, ils requéraient qu'il y eût quelque bon poète délégué de l'assemblée, poûr leur faire désormais des chansons suivant les règles, et pour corriger les anciennes, cela étant de grande conséquence, puisque les crocheteurs, les valets qui cherchent maitres, les paysans qui viennent au marché et quantité d'autres personnes n'apprennent point ailleurs ce qui se passe.

Réponse. — Seront choisis entre les bons chansonniers des intendants pour y avoir égard, et seront gagés aux dépens du publie 1 ».

Ces jeunes muguets ont l'oreille bien délicate et le style bien lourd ; leur requête est par trop invraisemblable, mais prêtez cette requête à un pédant en ès, à M. Caritidès, candidat à l’inspectation des affiches ?, que nous l’'entendions lui-même demander une bonne place, une place faite pour lui, cette gaucherie même deviendra naturelle et ces lourdes phrases amuseront. Pourtant l’idée est toujours la même; c'est bien à Sorel que Molière est allé demander la scène du Pédant, cette seène qu'il avait d'abord chargé Chapelle de lui faire, et que celui-ci avait manquée.En effet le Rôle des Présentations est presque toujours imprimé au X VII: siècle, à la suite de la Comédie des Académisies de Saint-Evremond, où se trouve et où

(1) Texte du Rôle des Présentations, publié à la suite de la Comédie des Académistes (1650). — La requête est moins longue dans le Rôle des présentations de 1634, mais les additions de la 2 édition sont bien de Sorel, qui à développé les mêmes plaisanteries dans son Discours sur l'Académie française (4654), p. 154 et suivantes. Il y propose la création d'inspecteurs non seulement pour les Chansons, mais encore pour les almanachs, les devises, etc.

(2) Les F'ächeux, acte HE, seène I,

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