‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 54 sur 176 · LA GALANTERIE:EN · texte numérisé non relu

LA GALANTERIE:EN

Jon a indiqué depuis longtemps la première esquisse de la dispute entre Trissotin et Vadius. Si Molière a recouru à ce livre quand il à eu à représenter deux nouveaux pédants, c’est qu'il se rappelait l'avoir déjà consulté pour sa pièce des Fâcheux.

Nous ne cesserons pas du reste de trouver le nom de Molière associé à celui de Sorel. Celui-ci, jusqu’à la fin de sa vie, aura toujours le même plaisir à critiquer les modes etle langage des jeunes courtisans. Il développera le petit dialogue de Lysis et de Carmelin pour en tirer les Lois de la galanterie, pièce que Molière à lue et utilisée dans les Précieuses ridicules et dans le Bourgeois gentilhomme ; il continuera aussi de relever de longues listes de mots à la mode, si bien que s’il n’a pas écrit le Dictionnair'e des Précieuses de Somaize, il en a au moins suggéré l’idée à ce confrère peu scrupuleux. Avec les notes qu'il avait réunies, il composera deux petits traités sur le Nouveau langage français, qui nous serviront à étudier la langue très compliquée de Cathos et de Magdelon. Tous ces petits livres étaient en germe dans le Berger extravagant écrit en 1627.

S'il est une chôse que Sorel déteste encore plus que les mots nouveaux inventés par les courtisans de son temps, c'est leur galanterie. Les dames elles-mêmes commencçaient à se lasser de cette galanterie hyperbolique, ou du moins elles le disaient1: l’auteur du Berger extr'avagant n'a eu que le tort de les croire sur parole. Rien ne lui parait plus ridicule qu’un petit-maitre faisant sa cour à une

(1) Voir Le dédain de l'amour, contenant la descripl'on des amoureux et des dames de ce temps, par Mademoiselle H. D. B. Rouen. 1623, p. 15 et p.22. — Les titres de tous les manuels de conversation du temps sont effrayants : Le bréviaire des amoureux où tableau du tombeau d'amour, 160%, — L'enfer d'amour, etc., ele.

pêtite-maîtresse ; rien de plus insipide que ces équivoques. ces allusions, ces métaphores, ces comparaisons mythologiques qu'il a accumulées à plaisir dans la bouche de Lysis, d’un sot. Etles actes valaient les paroles. Quand on est tenté de trouver cette parodie trop lourde et les démonstrations de Lysis exagérées, il faut se rappeler les faits cités dans les Remarques du roman ou attestés par les contemporains, il faut se représenter les amoureux de l’Astr'ée, se faisant tatouer sur le bras le chiffre « de leurs particulières dames !, » les petits-maitres de la cour, élevant à leurs maîtresses de vrais autels, avec des cierges allumés?, faisant faire leur portrait avec de vrais rayons qui leur sortaient des yeux #, se faisant « pourtraicturer » eux-mêmes « avec une profonde taillade au côté du pourpoint, » pour qu’on aperçoive, peinte sur leur cœur, l'image de l’objet aimé #. Voiture lui-même saisissait le moment où le barbier venait de lui tirer trois palettes de sang, pour écrire une lettre d'amour et broder toutes sortes de variations sur ce joli thème. Toutes les extravagances des romans et de la poésie étaient transportées dans la réalité.

Les amoureux ressemblent donc aux poètes. Sorel ne les distingue pas. et les trouve aussi fous les uns que les autres. Le traité de la Défense de la poésie de Mlle de Gournay ne l’a pas convaincu ; il ne se lasse pas de critiquer les vers du temps, tout fleuris de madrigaux, tout hérissés de pointes : il abuse de ces plaisanteries vulgaires, mises à la mode par le vieux Malherbe, mais qu’on

1) Astrée, 4 partie, livre IX.

2) Tallemant, tome I, p. 11.

3) Ibid., tome III, p. 282,

4) Remarques sur le livre VIT du Berger cxtravagant, p. 219,

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5) l'oiture, édit. Ubicini, LA p.451

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