SOREL ET PASCAL
objets de toilette que les dames du seizième siècle portaient suspendus à la ceinture, et qu’elles appelaient du joli nom de contenances. Les dames de la ville y avaient renoncé, que les reines de village s’en paraient encore dans certaines provinces reculées.
C’est donc moins les mots que les idées qu’on peut comparer chez Sorel et chez Pascal. Tous deux, fatigués des métaphores banales, étaient disposés à trouver absurdes toutes les fictions poétiques ; tous deux ayant fait de mauvais vers (si la chose est probable pour Pascal, elle n’est que trop certaine pour Sorel), frappés surtout des mauvais vers qu’on faisait autour d'eux, ont cru qu’il était impossible d’en faire de beaux, et n’ont vu dans la poésie qu'un jargon. Sorel s’est formé la même idée des poètes que Pascal : il les montre « cherchant dans un dictionnaire tous les gros mots comme trône, couronne, diadème, palmes Idumées, cèdres du Liban, croissant ottoman, aigle romaine, apothéoses, naufrages, ondes irritées et quantité d’autres paroles semblables, dont ils vous maçonnent après bravement leurs sonnets et leurs autres poésies, s’imaginant que cela suffit pour rendre une pièce excellente, et que de tant de beaux matériaux il ne peut résulter qu'un parfaitement bel édifice !. » Ainsi
rien de pareil dans la gravure d'Abraham Bosse, la Mariée de village ou les Cadeaux à l'épousée. Les bourgeoises se contentent d'une grosse chaîne « de nivelterie » autour du cou, chaîne décrite dans le Francion, tivre V, p. 209 et dans /e Salyrique de la Cour, in-8°, 1622. La bourgeoise aime mieux payer
Pants pe eo iii re Tous les ans une rente
Que n'avoir pas au col une chaîne pendante
Qu'elle achètera plus beaucoup que ne vaut pas
Ce que lui a laissé son père à son trépas.
(1) Les passages de ce genre abondent dans le Berger extravagunt;
nousavons préféré donnerle sur même sujet un extrait du pelit roman de Sorel, le Parasite Mormon.
la poésie n’est qu'un centon de termes bizarres ; de là à dire que les réformes de Malherbe ne sont qu’un jeu de patience inutile, et la rime une amusette, il n’y avait qu'un pas à faire et Sorel l’a fait. Toute sa vie il affirmera la supériorité de la prose sur la poésie, et la seule concession qu'il pourra faire plus tard sera de dire que « la poésie n’est belle qu'äprès la belle proset. » Les paradoxes, qui feront fortune au XVIIIe siècle, n’ont donc rien de bien nouveau.
Sorel reproche surtout aux poètes français et chrétiens l’abus de la mythologie. Contre elle, toutes les armes lui sont bonnes, même et surtout le ridicule. Plusieurs des récits insérés dans le Berger extravagant, ou écrits un peu plus tard, méritent d'être remarqués, car ce sont les premières pièces burlesques qu’on ait faites en France. Sans doute ces questions d'origines sont toujours difficiles à trancher ; les farceurs du pont-Neuf n'avaient pas attendu Sorel pour caricaturer l'antiquité ?. Cependant, si l’on est convenu de réserver ce nom de burlesque aux parodies d’un comique intense, imitées des Espagnols et des Italiens, il est juste de dire que Sorel a précédé Scarron dans cette voie, quoiqu'il ait oublié, comme lui, de nous faire connaitre ses modèles.
Parmi les poésies de Scarron, combien s'élèvent ambitieuses, superbes, pour retomber d’une chute triviale! Il aime à donner une forme plaisante aux idées sérieuses ou réciproquement. On cite toujours comme indiquant le mieux son tour d'esprit, son goût pour les contrastes
(1) Sorel, Connaissance «es bons livres, p. 191.
(2) Tous imitent plus ou moins le récit d'Epistemon dans Rabelais, Pantagruel, livre 11, chap. 30). Inutile d’insister sur des livres aussi nombreux que mauvais, tels que la Conqueste des Enfers par l'invincible Gonlal, 1609 in-12, ou la Métamorphose du Maréchal d'Ancre, par Ovide,