LES EMPRUNTS DE SCARRON
violents, trois sonnets 1, l’un sur les monuments romains qui tombent en ruines tout comme les vieux pourpoints, l’autre sur la poésie pastorale, l’autre sur « ce qu’il vous plaira, » pour emprunter un de ses titres les plus cavaliers. Mais on ne dit pas que ces trois sonnets sont traduits littéralement de Lope de Vega, qui en à fait beaucoup d’autres du même genre, et qui à inséré dans le même Recueil un joli poème burlesque, la Gatomachie ou la guerre des chats2. Ce poème est précédé d’une longue apologie et d'une histoire du genre burlesque, où les principaux poètes italiens qui s'y sont essayés, sont classés et jugés. N'est-ce pas Lope de Vega qui a indiqué à Scarron le genre où lappelait d’ailleurs son génie ? N'est-ce pas le poète espagnol qui l’a conduit vers les Italiens ?
De longues années auparavant, Sorel les avait déjà mis à contribution, bien qu’il se défende d’avoir imité personne. Les poètes bernesques ont écritplus d’une pièce analogue à ce Banquet des Dieux dont le Berger extravagant est obligé de subir, en maucréant la lecture. La
- (1) Lope de Vega. Rimas humanas| Scarron, édition Bastien, t. VII,
y divinas, édit. de 1634. p. 330.
1. Sobervias torres, altos edificios, | 1. Superbes monuments de l'orp.28. gucil des humains.
2, Caen de un monte, à un valle | 2. Un mont tout hérissé de rochers entre Pizarras, p. à. et de pins.
3. AI pie del jaspe de uu feroz|3. A l'ombre d’un rocher, sur le penasco, p. 36. bord d’un ruisseau.
Ménage (Anti-Baillet, t. XIV, p. 194,) indique les deux premières traductions et oublie la troisième. ;
(2) La Gatomaquia fait partie du recueil précité des Rèimas humanus, Madrid, 1634 et 1674, in-4°.
(3) Voir le Banquet des poètes de Berni, où l’on ne mange que des voyelles. — Id, Le Banquet du poète Cortèse, où Apollon sert aux Muses une si grande quantité de farces pastorales, qu'après que tout le monde s'en est rassassié, il en reste encore pour les domestiques. La pièce de Cortèse est résumée dans la Littérature italienne de Salfi, tome XII, p. 162. +
date, la conclusion du récit et plusieurs rapprochements de détails, prouvent aussi que Sorel n’a pas dédaigné de lire le poème burlesque de Francesco Bracciolini, «l’Olympe bafoué », qui venait de paraître !. Mais presque toujours les emprunts d’un auteur sont moins importants que ce qu'il en tire. Voyons donc si dans ce Banquet des Dieux, le Parnasse ne parle pas déjà le langage des Halles; voyons si nous n’y trouverons pas les anachronismes, les détails bourgeois, les réflexions triviales, bref, tous les procédés de Scarron, sans oublier les plus grossiers 2.
« L’Aurore avait déjà fait signe à la Nuit qu’elle détendit ses voiles : le Soleil pressé de Ja suivre avait déjà Ôté son bonnet de nuit et ayant vêtu une casaque de fin or, attachaitsesrayons autour de sa tête. Il était aisé à Jugeraux hommes qu’il ne tarderait guère à se montrer sur la voûte céleste. » Oui, mais Sorel veut se moquer des romanciers qui ne se lassent pas de commencer leurs livres par un lever ou un coucher de soleil ; il va donc écrire trois ou quatre pages encore pour dire qu'il fait jour.
Le Soleil se lève, et les hommes se couchent parce qu’ils ont fait la débauche. Pourquoi les dieux ne prendraientils pas à leur tour du bon temps? Jupiter se propose de les inviter tous à sa table, et prévient Junon de ses intentions. En vain, l’avaricieuse déesse lui fait observer « qu'elle n'aura pas assez de serviettes pour en fournir à tant de monde, et qu'il v à longtemps que Pallas ne lui a
(1) LoSchernodegli Dei, poema eroico giocoso, 1° édition, 1618, —9° édition 1625. — Le 1°* chant du même poème a inspiré à Furetière la Nouvelle de l'Amour échappé dans le Roman bourgeois. ILest bien probable que c’est un poème du même Braceiolini (Hero e Leandro, favola maritima, Rome, 1630, in-12), qui a sugcéré à Scarron sa pièce burlesque sur le même sujet.
(2) Berger extravagant, livre HE, p. 155.