‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 59 sur 176 · LES AMOURS DE VÉNUS · texte numérisé non relu

LES AMOURS DE VÉNUS

pas dans les poèmes de l’antiquité. Eh bien! qu’on les relise ces poèmes, et l’on sera obligé de reconnaître qu'ils laissent la même impression que le Banquet des Dieux. Il est aisé de travestir les Géorgiques et l’'Enéide : Sorel le dit etle prouve, dans ce nouveau récit des Amours de Vénus !, où il se donne le plaisir de parodier Virgile et Saint-Amant? du même coup.

À peine sortie de sa coquille, l’éblouissante déesse a recu une invitation à la cour de Neptune; elle prend place à côté d'une Néréide, dans une litière vitrée, attelée de chevaux marins, et disparaît dans les flots. « Vénus eut un plaisir non pareil à voir ce nouveau monde au travers des verrières. II y avait là des poissons de toutes sortes, rangés en haie pour la voir passer, les uns par curiosité, les autres par commandement de leur grand maître, et même les plus apparents d’entre eux lui eussent bien voulu faire des harangues comme Bourgmestres et Echevins de la mer, s'ils n’eussent point été muets de nature; mais au lieu de cela, ils faisaient force soubresauts pour la réjouir. » Neptune lui-même la reçoit de son mieux, et Protée, le maître Gonin de la mer, exécute en son honneur ses meilleurs tours. La cour des Enfers n’est pas moins galante. Comme distraction, avant le déjeuner, Pluton emmène la jeune déesse voir donner la torture aux criminels ; muis il en à du regret, car elle trouve à redire à tout. Elle voudrait voir [Ixion tourner gaiment dans une cage comme un écureuil; elle s’apitoie sur le sort de Tantale, et saisissant le bâton d’un exempt des gardes,

(1) Les Amours de Vénus, p. 300 dans le Nouveau recueil des pièces en prose les plus agréables de ce temps, Sercy, 1644.

(2) Le Moïse sauvé, imprimé en 1633, circulait manuserit dès 1638. (Lettres de Chapeluin à Baliue, 18 mai 1638, édit. Tamizey de Larroque, tome [, p. 238.) — Sorcl en voulait à St-Amant, qu'il accusail d'avoir jinilé le Lanquel des Dieux dans It pièce du Het,

elle fait tomber cinq ou six pommes qui manquent de lui «écrabouiller le nez. » Pluton, inquiet, se hâte de conduire son invitée vers les Parques ; mais les trois vieilles fileuses n’ont point de conversation, et ne savent que raconter Peau d'âne et Finette!.Bref, Vénus emporterait un fort mauvais souvenir des enfers, si, avant son départ, elle ne voyait les trois Juges danser la sarabande, graves et noirs comme des comédiens espagnols, et si elle ne réussissait à tricher Pluton au piquet. De là elle remonte au ciel, où elle apprend à Phébus à se mettre des mouches ; ce sont les taches découvertes par les astronomes dans le Soleil,

Après Virgile, Sorel n’a eu garde d'oublier Ovide, celui de tous les poètes anciens qui prêtait le plus à la parodie, parce qu'il la pratiquait lui-même ?. Non content de rivaliser avec d’Assoucy, il a même eu une idée plus originale en voulant transporter le burlesque au théâtre. Malgré quelques tentatives isolées, comme cette Descente auæ Enfers jouée en 1609 par les Conards de Rouen3, ou comme cette pièce de la Centaure! jouée à Paris par la troupe italienne d'Andreini, Sorel avait bien le droit de

(4) On sait que le philologue Génin s'appuyait sur ce conte de Finette ou de l’Adroite princesse, pour démontrer que Perrault et Mile l'Héritier n'avaient fait que traduire un Recueil de contesitaliens le Pentainerone. L’allusion de Sorel prouve que le conte de J'inette était depuis longtemps populaire en France, et suffit pour réfuter le paradoxe de Génin, — Les Remarques du Berger extravagant, livre X, p. 349, citent encore d’après Béroalde de Verville, une version inconnue du Chat botté.

(2) La mélamorphose de la Nymphe des Eaux de Forges (p. 361 du Recueil de Sercy de 1644) est la parodie des Amours de Vertumne et de Pomone dans Ovide.

(3) La descente aux enfers, dédiée à M. le grand économe des Conards, Rouen, de l'imprimerie de Nicolas Hamilton, pour Théod. Daré, 1609, in-12,

(4) La Centaura, dédiée à Marie de Médicis, par J.- B. Andreini, Paris, Nicolas de la Vigne, 1622,

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