LA CRITIQUE DE LA MYTHOLOGIE
eux-mêmesl:ellemenaced'envahirleromanavecGombaud et La Serre «qui livre sur livre desserre », elle règne depuis des années dans la poésie, et les sujets mêmes qui ont été -parodiés par le Berger extravagant, inspireront encore longtemps des tragédies sérieuses?. Voilà ce que Sorel ne peut comprendre ni souffrir: le critique littéraire se souvient parfois qu'il est fils de ligueur, et il va jusqu’à accuser Ronsard d’avoir ramené le paganisme.
A la façon dont le grand poèteest attaqué dans le Berger eætravagant, on devine qu'il a encore ses partisans 8, ses dévots, et que la male herbe, comme disait un contemporain, n’a pas encore recouvert son tombeau. Non, on le lit, on l’honore, lui etles dieux ridicules qu’il à chantés en beaux vers. Ses disciples n’ont pas craint d'associer ces fables impures aux mystères du christianisme ; tel d'entre eux, qui vient d'invoquer Vénus pour le succès de ses amours, se compare, quelques pages plus loin, à Saint- Sébastien percé de flèches ! Les magistrats veillent, heureusement, et de moindres équivoques viennent de coùter cher à Théophile.
Et pourquoi ces sacrilèges et ces fautes de goût? Même à titre d'ornement et d’allécorie, la mythologie doit être proscrite, parce qu’elle est condamnée par la science, parce qu'il n’y a pas une page d'Homère et des anciens poètes, où les écoliers d'aujourd'hui ne trouveraient à reprendre. Un traité de physique à la main, Sorel dit son fait à la
{{) Ces fêtes so:.t parodiées à diverses reprises dans lOrphyse de Chrysante &e Sorel, et dans les Jeur de l'inconnu du comte de Cramail, Voir dans ces Jeux la pièce intitulée le Moine bourru.
(2) Le Ravissement d'Hélène, tragi-comédie, de Sallebray, 1639 ; le Ravissement de Proserpine, par Claveret, 1640, etc.
(3) Dans les Curiosités françaises, d'Antoine Oudin, 1640, p. 512, on lit encore donner un soufflet à Ronsard, idiolisme, dire une incongruité, — Et #ula te nunquam premat herba sepullum (Richelet).
Nymphe Echo, et il braque un télescope contre Diane. Les beaux arguments, mais comme ils sont bien du temps! A ce moment même, l’abbé d’Aubignac déploie son érudition juvénile contre les Satyres, et les somme, au nom dela théologie et de la zoologie, de rentrer dans Ja grande armée des singes !. Laissons Sorel s’égarer dans des discussions de cette sorte, et voyons plutôt comment il se moque des défenseurs à outrance de l’antiquité, de ceux qui veulent trouver un sens aux fables les plus absurdes. La fameuse théorie des noms créant les dieux n'est pas nouvelle, paraît-il ; la voici assez bien résumée dans ceslignes écrites en 1627: « Quand ces gens-là ne peuvent trouver l’explication de quelque fable, ils ont recours aux noms, sur lesquels ils ont bâti une fiction; c’est le grand chemin des ânes. di Hélène, Castor et Pollux sont engendrés d’un œuf, c’est que Léda fit sa couche dans un grand bâtiment qui s'appelait l'œuf, à cause qu'il était fait en ovale. Si Bellérophon dompta la Chimère, qui avait une tête de lion et une queue de dragon, c'est qu'il prit un vaisseau de corsaires qui avait cette forme ?. »
Quand Sorel rencontre de ces explications dans la Mythologie de Noëlle Comte, revue et augmentée par Beaudoin, il demande qu'on le ramène aux contes de ma mère l’Ove.
Il finit, on devait s’y attendre, par un réquisitoire en règle contre les poètes de l'antiquité. Homère, ce «vielleux » qui s’en allait chanter de porte en portes, (Sorel l’a appelé ainsi avant Boisrobert), Homère n’a rien fait qui vaille. Les querelles des dieux dans l’Iliade et dans l'Odyssée, la vanité et la goinfrerie des héros, les longs discours qu’ils
(1) D'Aubignac. Des sulyres, brutes, monstres, ete. Paris, 1627. (2) Remarques sur le XI livre du Berger extravagant, p. 472, (3) Lerger extravagant, livre AH, p. 10,