‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 63 sur 176 · LA CLEF DE LA POLYXÈNE JE · texte numérisé non relu

LA CLEF DE LA POLYXÈNE JE

En même temps, les pamphlets redoublèrent de violence, et le roman de Sorel, qui s’appliquait tant bien que mal à l’abbaye de Remiremont, fut remanié à la hâte et obtint les honneurs d’une seconde édition.

Gagner de l'argent avec un vieux roman auquel on ne songe plus, doit être douce chose. Sorel oublia vite ses préventions contre cette littérature et publia encore l’année suivante un livre du même genre. Cette fois il n'avait plus même à se mettre en frais d'imagination; son rôle se bornait à compléter, sur commande, un roman emprunté par un de ses prédécesseurs à l’histoire de la vieille cour.

D'Urfé avait raconté dans l’Astrée les romanesques amours de la princesse de Conti, et la princesse elle-même ne se lassait pas de publier les souvenirs de sa jeunesse ; comme elle avait mis du roman dans sa vie, elle aimait à mettre sa vie en romans !. Elle relut encore avec plaisir sa propre histoire, dans la Polyxène que lui dédia, en 16232, un jeune romancier, François de Molière, sieur d'Essertines. François de Molière mourut assassiné la même année, et la Polyxène resta inachevée jusqu’en 1631 ; à ce moment les aventures bruyantes des principaux personnages du roman, l’exilet la mortde la princesse de Conti, l’emprisonnement du maréchal de Bassompierre,

(1) L'Astrée (3° partie, livres HE, IV, V), raconte longuement, au dire de Patru, les amours du due de Bellegarde avec Gabrielle d'Estrées et la princesse de Conti. Les mêmes faits ont fourni le sujet de la Polyxène et de tous les romans composés par la princesse de Conti elle-même, tels que le Roman royal, 1621, in-8°, les Aventures de la Cour de Perse, 1629, in-8°, etc.

(2) La Polyrène, par le sieur de Molière, 1623, in 8’, privilège de 1622, (exemplaire de M. Livet).— En 1644 la Polyrène compte six édilions et peut-être davantage.

(3) Sorel, Remarques sur le XIIT livre du Berger extravagant, p.493, —. it. Mémoires au père Garasse, édition CA. Nisard, p. Pie

ramenèrent un instant la curiosité publique sur ce livre oublié. Aussitôt le libraire Sommaville en publie une nouvelle édition. Lelibraire Pomeray fait mieux: il donne la conclusion du livre, si bien que son confrère, pour écouler son édition, est obligé de commander une autre suite à Sorel. Celui-ci fit les choses en conscience et écrivit deux cents pages de plus que Pomeray.

Les aventures de la Polyxæène n'étaient pas terminées. Plusièurs des anciens amis de l’auteur, Tristan, Mairet, Saint-Amant, entrèrent à l’Académie française et firent mettre le roman sur la liste des ouvrages où l’Académie devait choisir ses exemples pour le dictionnairef!. La Polyxène était donc érigée en modèle destyle, et en 1656, l'interprète et maitre de langues, Antoine Oudin, la recommandait encore aux étrangers, en même temps que la Suite de Sorel, toujours réimprimée avec elle ?. Grâce à la longue vooue et aux nombreuses éditions du roman, le nom mème de Polyxène devint un nom à la mode: il était si banal, si répandu au théâtre ou dans la société précieuses, qu'il ne faut pas s'étonner que Magdelon l'ait

(1) La Comédie des Académistes, acte 1, scène [. — Suint-Amant, édit. Livet, tome I, p.90.— PelliSon, Hist. de l'Académie françuis?, édit. Livet, tome Î, p. 105,

(2) Curiosilés françaises d'Ant. Oudin, 1656, fin de l'avertissement Aux Etrangers.

(3) Une amie de Ninon de Lenclos est appelée Polyxène dans le petit roman de la Coquelte vengée, 1659 ; les deux actrices de la Comédie sans comédie 4e Quinault (1654), s'appellent Polyxène et Aminthe comme Cathos et Magdelon. — Ce dernier nom d’Aminthe ne vient pas du roman de Polexandre, comme le dit Despois (Molière, tome ll, p.54) ; il est très répandu depuis l'Asfrée (1° partie, livre D), et aussi banal que le nom d'Almanxor, lequel figure depuis longtemps dans les ballets de cour et dans les Pensées du Solitaire Au comte de Cramail.

Il en est de même pour beaucoup d'autres noms que Molière a pris tout faits autour de lui, sans y attacher grande importance. Par exemple, dans le Misanthrope, il n'a pas élé obligé de créer le nom masculin d’Alceste, avec le sens de vigoureux champion, comme le dit M. Paul

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