‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 67 sur 176 · MONSIEUR DE POURCEAUGNAC · texte numérisé non relu

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Cette fois Hermotin à son affaire, une personne d’âge. raisonnable, pieuse, et par dessus le marché « millesoudière », comme dit le peuple, ayant cinquante francs de rente par jour. Cette perle des épousées n’est pas parfaite: elle est avare, laide, jalouse; mais Gastrimargue n’a plus le droit d’être si difficile, et il se laisse conduire chez Géronte. Callire et Chrysante, convoquées par l’astucieux Hermotin, l’ont précédé dans la maison, et ‘accueillent de la belle façon. L’une luireproche sa légèreté, ses soupçons injustes, ses calomnies : chacun sait bien que le blondin qu’elle embrassait l’autre jour, est une cousine qu'elle avait pris plaisir à habiller en garçon. L'autre laccuse de fourberie ; il n’est qu’un gueux couvert de dettes, il n’a pas seulement pu trouver à louer un fiacre; avec quelles ressources aurait-il entretenu son ménage ? Et Géronte écoute, indignée, ces récriminations ; elle se compare, elle, vieille et laide, à ces jeunes femmes trompées par le libertin. Pourquoi est-il venu demander sa main ? quel fonds pourrait-elle faire sur lui? Mais voici le dernier coup. On entend à la porte les piaillements d'un marmot: cest un enfant, soi-disant abandonné par Gastrimargue, que le commissaire du quartier vient lui remettre entre les bras, maloré toutes ses protestations. C’est encore un bon tour d'Hermotin.

Deux marmots ou trois font plus de bruit qu'un seul; et que leur mère les présente, elle aura plus de succès qu'un commissaire. C’est ainsi que Molière à fait la scène en s'inspirant d'un autre épisode du roman. Artéphius, l'associé de l’alchimiste Théophraste, a pris la fuite. Tous ses créanciers arrivent à la maison pour réclamer leur dù, et parmi eux une femme éplorée : « Elle tenait un enfant par la main, qui en avait trois autres à sa suite qui

se tenaient chacun par la cotte, comme s'ils eussent joué à ce jeu où les enfants se tiennent l’un l’autre par la queue. Elle disait qu’elle était la femme légitime d’Artéphius, que ces enfants étaient de lui et d'elle, et que s’assurant sur son affection elle lui avait donné tout ce qu’elle avait, or, argent, pierreries, et que si on ne les trouvait chez lui elle était ruinée & »

Ici, Molière n’a pas seulement demandé à Sorel des scènes de détail, mais l'idée même et le cadre de sa pièce. Il ne lui restait plus qu’à dresser contre Monsieur de Pourceaugnac, un certain nombre de «ces batteries », pour lesquelles il ne se met pas en grands frais d’imagination, et qu'il prend toutes faites autour de lui. Ainsi la fameuse scène des apothicaires qui poursuivent Monsieur de Pourceaugnac, la seringue en joue, est empruntée, comme on le sait, à une petite comédie de Chevalier, aussi malpropre quetriviale.Chevaliera été incapable de rajeunir, de rendre supportable un lieu commun de carrefour déjà ancien, puisqu'on le trouve déjà cité en 1635. dans les Visions admirables du Pèlerin de Parnasse, un petit ouvrage de Sorel2. Chez Molière seul ces bouffonneries sont amusantes ; il ne se pique pas d'originalité, mais d'invention, il transforme tous ses larcins et jamais il n’est plus gai, plus naturel que dans ses réminiscences.

Voyez encore le parti qu'il sait tirer du plus mince détail. Qu'est-ce qui rend Monsieur de Pourceaugnac si comique? C’est qu'il ne sait jamais s’il est de robe ou d'épée; à chaque instant il oublie sa prétendue noblesse et se montre ferré sur la procédure. De même le vieux pédant Gastrimargue, avec sa soutane de soie et son long manteau, passe, à son

(1) Polyandre, t. If, p. 156.

(2) Sorel, Visions admirables du Pèlerin de Parnasse, p. 67,

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