MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
insu, pour un conseiller ou pour un président de chambre, et il est accepté comme tel par des sottes. Ses discours pompeux, tout Semés de citations de collège, devraient le trahir, et pourtant Chrysante ne se doute de rien, elle règle à l’avance le train de sa maison et dicte à Hermotin ses conditions : Madame la présidente ne peut décemment aller aux offices sans moins de trois laquais qui portent lun sa queue, l’autre son carreau, l’autre son aumônière, «et quant à Gastrimargue, sa position voulant aussi qu'il se fasse porter sa queue, il lui faut encore d’autres laquais pour sa suite.» Ces propositions ne seraient de mise que pour un magistrat, mais Gastrimargue les accepte sans sourciller, «il ne contredit point » à toutes ces cérémonies, « puisque les femmes mettent là leur point d'honneur. Il ne s’est point fait encore porter ia queue, mais à la fin il faudra bien imiter les autres, puisque de moindres que lui le font. »
Comme toutes ces équivoques sont devenues plus plaisantes chez Molière, et comme l’avoué gentilhomme est plus naturel ! Son rôle était si bien composé que le public prit d’abord Monsieur de Pourceaugnac pour un personnage réel, pour un vrai Limousin de passage à Paris. On l'avait vu aux représentations de la pièce, il s'était fâché tout rouge:
A ce qu’on conte, L’'original est à Paris.
Il jure, tempète et s’'emporte.….
Et veut faire ajourner l’auteur En réparation d'honneur !.
(1) Robinet; (Lettre en vers du 23 nov. 1669), citée par M. P. Mesnard (Molière, tome X, p. 400). Robinet ajoute : Peut-être est-ce quelque rieur Qui de ce conte est l'inventeur,
L'original, c'était le pédant Gastrimargue transformé par Molière, et affublé d’un prénom commun dans le Limousin, Léonard, le nom du patron du pays.
Les grotesques d2 Sorel n’entrent pas seulement dans les farces de Molière : celui-ci leur fait quelquefois plus d'honneur, et se souvient d’eux jusque dans ses comédies de caractère. C’est ainsi que Musigène, le poète extravagant, et ce fou d’Orilan, amoureux universel, vont inspirer une tirade de Tartuffe.
Néophile a rencontré au Luxembourg Polyandre, en compagnie de Musigène, et s’est empressé de lui montrer tous ses billets doux. Le dernier est d’Aurélie, qui l'invite à venir la voir au plus tôt; aussi le jeune galant prend à peine le temps de recevoir les félicitations de ses amis, et s'esquive, «avec une petite révérence et un coup de chapeau. » Le voilà parti. — « Quoique Musigène ne fût pas un homme des plus judicieux du monde, il s’étonna de la légèreté de Néophile, qui montrait ainsi librement devant tant de personnes, les lettres qu'il avait reçues des femmes, et mettait en péril la réputation de celles qui le voulaient favoriser !. » Tournons quelques pages. A la fin du bal bourgeois, la société veut s'amuser aux dépens d'Orilan : on l’accuse d’avoir composé un vaudeville contre toutes les demoiselles du quartier, on lui dit de se mettre à genoux, nu-tête, un flambeau à la main, pour leur faire amende honorable. Orilan s'exécute tout en protestant de son innocence ; jamais il n’a profané de la sorte les faveurs d'Apollon, ni outragé les jeunes beautés qui reçoivent depuis si longtemps ses hommages ; «il eùt été bien malheureux de déshonorer des autels sur lesquels il avait sacrilié2. » Réunissezetrejoignez ces développements
(1 et 2) Polyandre, tome 1, p. 38 et 218.