LA DÉCLARATION DE TARTUFFE
fait celle de Tartuffe, mais ce sont bien ses propres expressions :
Nos sens facilement peuvent être charmés
Des ouvrages parfaits que le Ciel a formés,
Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles ;
Mais il étale en vous ses plus rares merveilles:
Il a sur votre face épanché des beautés
Dont les yeux sont surpris, et les cœurs transportés,
Et je n’ai pu vous voir, parfaite créature,
Sans admirer en vous l’auteur de la nature,
Et d’une ardente amour sentir mon cœur atteint,
Au plus beau des portraits où lui-même il s’est peint.
Mais ce sont là des traits isolés et des imitations de détail ; Sorel a fait beaucoup plus pour Molière, il lui a fourni les rôles les plus importants, et l'exposition tout entière du Zartujfe.
Les principaux personnages du roman sont réunis chez Aurélie, et conversent avec beaucoup d'animation, quand un laquais vient annoncer l’arrivée de la grand’mère de ces dames !. Aussitôt le brave Thrasomède s'enfuit avec Musigène, Orilan et Néophile se retirent dans un coin de la chambre, Aurelie et ses compagnes cachentles romans, mettent en évidence l’/Zntroduction à la vie dévote., et
2° Le Père le Moine, Peintures morales, 2? partie, 1643, in-#, p. 676, 691, 860 : « Si nous regardons avec des yeux instruits et spirituels (la beauté) ce rayon de la souveraineté de Jésus-Christ sur le visage des personnes bien faites, nous n’aurons pour elles que des inclinations innocentes et respectueuses, et par les déférences mêmes, et les devoirs que nous leur rendons, nous serons avertis de l’obéissance absolue et de l'entière sujétion que nous devons au Roi des anges et des hommes. Pourquoi n’apprendrons nous pas à respecter sa royauté sur le visage des personnes qui la représentent? nous respectons bien la livrée d’un prince sur son valet de pied, et faisons honneur à sa couronne, représentée sur un écusson de plâtre. »
(1) Polyandre, tome I, livre V, p. 313 à 385.
se jettent sur leurs ouvrages d’aiguille. Elles n'étaient pas assises que Madame Ragonde fait son entrée: sous son chaperon de taffetas noir, «son visage difformeeüt fait peur aux petits enfants ; » ses yeux cerclés de rouge flamboient, sa voix éraillée tremble de colère. Ah ! elle n’est guère satisfaite du train qu'on mène céans! Les carrosses à la porte et le vacarme des valets, les galants dans l'escalier, la cave et la dépense laissées grandes ouvertes aux domestiques, le gaspillage à la cuisine, elle a déjà tout vu et elle félicite ses petites-filles ! Pensent-elles lui en imposer, avec deux ou trois points d’aiguille, et ne diraiton pas que ces demoiselles travaillent depuis quatre heures du matin ? Et à l’oisiveté, à la coquetterie, à la gourmandise et au luxe d'aujourd'hui, elle oppose les vertus d'autrefois, le travail, la frugalité, l’économie. Tandis qu’elle prèche à perte dhaleine, un renfort inattendu lui arrive. Polyandre s'était dissimulé à son entrée ; il revient déguisé, ressemblant « à quelque frère Oblat ou à quelque solliciteur de couvent » dont il a la mine et le costume. « De quel ordre êtes-vous, mon bon frère ?» D'un ordre qui permet au soi-disant précepteur de Néophile «de vivre dans le monde, comme le médecin au milieu des malades », d’un ordre qui se propose de réformer le luxe et la coquetterie. Et Polyandre ou le bon frère Polycarpe, « le moindre de tous ceux qui cherchent la voie du salut », prèche à son tour sur les vices du siècle. Madame Ragonde l'écoute avec ravissement, elle rabroue vertement, ses petites-filles qui n'ont pu s'empêcher de rire, et elle supplie le saint personnage de revenir souvent les morigéner. Aurélie aime trop les visites, Hypéride est trop orgueilleuse, Phronyme n’est pas si sage qu'elle en a l'air et se complait à lire des livres dangereux. Polyandre