‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 75 sur 176 · SARASIN ET TARTUFFE · texte numérisé non relu

SARASIN ET TARTUFFE

ermite, et ne craignaient pas de profaner, eux-mêmes, le costume religieux dans leurs divertissements et leurs mascarades !. Sacrilège sur la scène, le sermon de Po'yandre n’eùt paru dans un salon qu'une bonne plaisanterie. Le dévot Bussy nous raconte en riant une farce, c’est le mot, analôgue à celle du roman de Sorel. Un de ses camarades de régiment, un protestant, se déguise en moine Augustin: du collet de son grand manteau de deuil il se fait un capuchon, et vient prononcer un sermon édifiant dans une gentilhommière du Bourbonnais?. Ces plaisanteries de société étaient surtout le triomphe de Polyandre ou de Sarasin ; celui-ci avait même un double talent, il faisait sur le champ et successivement le bon prédicateur et le mauvais, aussibien lun quel'autre. Madame de Longueville lui disait: « Sarasin ,prêchez comme un cordelier », et il prêchait comme un cordelier ; — « Prêchez comme un capuein », il prêchait comme un capucin. Il eût prêché comme Bourdaloue, ajoute Segrais, si Bourdaloue eût existé 3. Bien qu’il jouàtavec le même talent tous les personnages, les philosophes cartésiens comme les amoureux transis !,

(1) Sur les mascarades de capucins et de capucines, voir les Mémoires de Mlle de Montpensier; — it, Mémoires de Conrart; — it. Loret, Lettres du 13 février et du 16 mars 1658, et lettre du 9 juin 1652. Le duc de Lorraine, pour aller incognito entendre les violons à la place Royale, emprunte l’écharpe noire d’une abbesse, et rencontre, ainsi travesti, Mlle de Rambouillet, qui trouve la plaisanterie du meilleur goût :

Avec cette veste sacrée, Il faisait la sainte sucrée, Avec tant de naïveté Que l’on eût dit en vérité, Que c'était une mère abbesse, Ou bien quelque grande moincsse.

(2) Mémoires de Bussy, édition L. Lalanne, tome [, p. 71. (3) Segrais, Mémoires-anecdoles, p. T0 et 116. (4) Clélie, tome VI, livre 3, p. 1207 ct suiv.; it. Clélie, tome IX, HN AN MIE ES ROLE IN

son rôle favori était celui du religieux, et il finit par prendre l'esprit de son rôle. Après les sermons improvisés, vinrent les poésies légères où il mêlait la galanterie à la religion, plus tard les poésies sacrilèges etordurièrest!. Au fond, Sarasin était un parfait sceptique, qui n’hésitait point « à faire de dévotion métier et marchandise » ; il en remontrait au besoin à l’aumônier de son maitre, et n'hésitait pas «à servir la messe du prince de Conti », avec lamême ardeur qu'ilavait servi ses débauches 2. Sans doute il y a encore loin de cette hypocrisie à celle de Tartuffe : chez l’un c’est un travers d'esprit, un manque de goût et de scrupules ; chez l’autre l'hypocrisie est le tout de l'homme. Mais en quelque temps que Molière ait lu le roman de Sorel, il se rencontra avec Sarasin à la cour du prince de Conti, il connut le personnage, et quand il l’eut revu sous le masque de Polyandre, il ne l’oublia pas pour son Tartuffe.

Voilà donc Sarasin associé à l'abbé Roquette, à Charpy

(1) Voir la pièce intitulée le Directeur dans les Œuvres de Sarasin, 1658, in-12, p. 35 et 36.

Iris, dont les beaux yeux dès le premier moment De votre confesseur me firent votre amant,

Ce n’est pas en amant que je vais vous écrire, Mais en vieux directeur qui tâche à vous instruire, Et qui dans son écrit vous donne une leçon

Digne du père George ou du père Ormeçon.

Avant que vous laver ou que d’être habillée, Faites du fond du cœur ce bel acte de foi:

Je crois que Daphnis m'aime et qu’il n’aime que moi. Puis, ayant cet objet présent à la mémoire,

Usez de l’oraison dite éjaculatoire,

Pendant le long du jour chantant souvent cela: Dieu que n'est-il ici! Dieu que ne suis-je là! etc.

Baillet (Jugements des savants, in-12, tome IX, p. 271), indique qu’il y avait d’autres de ces pièces, non imprimées. Les Manuscrits Conrart (tome XIX, in-4, p. 632) en conservent une, parfaitement obscène.

(2) Mémoires de Daniel de Cosnac, 1852, in-8°, p. 14.

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