SUITE DES EMPRUNTS DE MOLIÈRE A SOREL
Jorcé précède le Tartuffe, et l'Amour médecin le suit. Il est clair que Molière à été amené à faire ces petites pièces à cause de la grande, et qu'il en avait trouvé l'idée dans le même livre auquel il venait de faire d'importants emprunts pour son Zar'tuffe. Le même fait se reproduit plus tard. Quand on voit l’Avare succéder immédiatement à Amphitryon dans la même année, il est naturel de supposer que c'est la lecture d’une autre pièce de Plaute qui a amené la seconde imitation. Mais en mème temps que Plaute, Molière a imité Sorel dans sa pièce de l’Avare, et cette imitation a rafraichi ses souvenirs. Quand Louis XIV où Colbertlui a demandé de joindre une mascarade turque à une action comique, la mascarade d'Hortensius s’est immédiatement présentée à son esprit ; l’action comique, elle était indiquée dans le Berger extr'avagant et dans les Lois de la Galanterie, comme nous l'avons vu. Sorel était donc devenu comme son fournisseur attitré de bouffonneries. L'année suivante, quandil s’agit de faire à la hâte pourles fêtes de Chambord, un divertisement comique du même genre, et d’unir encore une fois sa verve à celle de Lulli, Molière se ressouvient de Sorel, et il revient prendre dansle Polyandi'e le sujet, les scènes principales de Monsieur de Pourceaugnac. Mème dans les pièces où Sorel n’a presque rien fourni à Molière, dans le Misanthrope, dans les Femmes savantes et dans le Malade imaginaire, on peut encore relever des réminiscences isolées, qui prouvent que Molière ne l'a jamais perdu de vue. Nous en avons dit assez pour montrer l'intérêt des romans de Sorel, et nouscroyons avoir le droit de lui appliquer, en la modifiant légèrement, une expression connue : « il a été le commencement et la
matière d’un grand comique. »
Le roman de mœurs ou le « roman comique » au XVII siècle. — Rareté de ces romans. — Ce qui en tenait lieu. — Les idées des lettrés du X VIE siècle sur le roman. — Pourquoi le roman comique, le genre préféré de Sorel, n'a jamais été qu’une exception.
Malgré l’insuccès du Polyandr'e, Sorel ne renonca pas à ses idées. En 1650, en collaboration avec l'abbé de la Mothe-le-Vayer, l’ami de Molitreet de Boileau, il fit encore paraître un petit livre comique, le Parasite Mormon qui contenait de nouvelles attaques contre le pédant Montmaur, et quelques épisodes amusants comme celui du diseur de bons mots, incapable de demander à boire sinon avec une pointe. Ce sont des plaisanteries de cette espèce que les petits marquis attendaient de Molière, quand ils linvitaient à diner ! ; le sieur de la Hérissonnière leur aurait donné toute satisfaction. Le véritable intérêt du livre est ailleurs, dans une apologie du roman &@e mœurs, OU, Comme on disait alors, du roman comique. Sorel croit l'avoir inventé: il en est aussi fier, suivant ses propres expressions, que s’il avait découvert l'Amérique, il ne se lasse pas d'expliquer les difficultés et les mérites de son genre favori. En réalité, ce genre passait presque inaperçu ; l'abbé d'Aubignac ne le cite même pas dans la préface de Macar'ise, où il énumère toutes les variétés possibles du roman. Sorellui-même n’a pu consacrer à l'histoire du genre qu'un chapitre très court de la
(1) La Critique de l'Ecole des femmes, scène 11.