‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 80 sur 176 · CE QUI REMPLAÇAIT LE ROMAN COMIQUE · texte numérisé non relu

CE QUI REMPLAÇAIT LE ROMAN COMIQUE

comique française, l’épisode le plus bouffon, celui du pédant ivre, qui se croit dans un vaisseau ballotté par la tempête, et qui jette les meubles par dessus bord, par les fenêtres, est emprunté à Athénée1; une autre scène, la dispute scolastique des deux pédants?, est déjà dans Barclay, le premier en date des nombreux imitateurs de Pétrone 3.

Tous ces livres faisaient tort au roman comique français ; ajoutons, si l’on veut, la distinction des genres. On ne proscrivait pas au XVIIe siècle la peinture des mœurs bourgeoises et même populacières ; mais elle paraissait mieux à sa place ailleurs, dans les livrets des conteurs populaires, dans les ballets, (plusieurs, parmi ceux qui furent dansés à la cour de Louis XIV, représentent tous les petits métiers, tous les er'is de Paris), dans les satires #, et surtout dans les farces. Tous les romans comiques, même les meilleurs 5, ceux de Sorel et de Scarron, semblent

(1) Noté par Sorel, Remarques sur le XIV° livre du Berger extravagant, p. d33.

(2) Euphormion, 1'° partie, chap. 27. — Fragments d'une Histoire comique, chap. III. — Les deux pédants de Théophile disputent pour savoir an odor sit in pomo ou ex pomo:il se pourrait bien que cette dispute ait inspiré celle sur la forme ou la figure d’un chapeau.

(3) Inutile d’énumérer ces romans fastidieux. Les meilleurs sont le Peruviana, Dijon 1645, in-4 par l’avocat Morizot, qui raconte l’histoire du règne de Louis XIII, à la manière de Lannel dans son Roman des Indes ; et surtout le Gyges gallus du père Zacharie de Lisieux, qui rappelle de loin le Diable boiteux.

(4) Le Roman bourgeois de Furetière n’eut qu'une édition, au XVII° siècle. Son Voyage de Mercure, qui n’est autre chose qu'un roman comique en vers, en eut au moins quatre (4 édition, Paris, André Boulinié, in-12:), et ses satires furent toujours très estimées.

(5) A plus forte raison les mauvais, comme les Amours folûtres et récréatives du lilou et de Robinette, Bourg en Bresse, 1629, in-12, qui paraissent être la satire des amours grotesques du poète Neufgermain. (Comp, l’Historiette de Tallemant sur Neufgermain et l’article du dictionnaire de Jal). Nous n’aurions pas cité ce petit roman s’il ne contenait, p. 71 et suivantes, les noms et l’esquisse des médecins Tant pis

et Tant mieux.

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procéder de la farce, tous versent dans le grotesque. Plus tard la comédie reprendra l'héritage de la farce et nuira encore au roman comique. Pour représenter devantlacour de Louis XIV les joyeusetés rabelaisiennes, les vieux fabliaux, les contes populaires qui s’étalent, crus et orossiers, dans le Francion, ce ne sera pas trop de la verve, mais aussi de l’art et du goût de Molière.

Ainsi le roman comique était remplacé par d’autres formes littéraires ; il n’était nulle part parce qu'il était un peu partout. Mais, parler ainsi, c'est constater un fait plutôt que l’expliquer, et la vraie cause de cette stérilité, il faut la chercher dans l'esprit même de toute la littérature au XVIIe siècle, dans son effort soutenu vers la noblesse et la grandeur, son mépris des détails et des choses extérieures, sa prédilection pour les études abstraites et aussi pour les termes les plus généraux. Quelle place doit-il rester pour un genre qui vit précisément de détails et de contrastes, d'observations menues et d'expressions pittoresques ? Ce ne seront pas les sujets qui manqueront au roman comique, mais les lecteurs, et ces lecteurs on pouvait déjà les compter sous le règne de Louis XII ; Sorel n’en eut jamais autant que d’'Urfé et que Gomberville. L’Aistoire comique de Francion, œuvre d'un bourgeois orgueilleux, plut aux bourgeois survivants de la Ligue ; elle fut longtemps réimprimée pour la province, toujours amie des contes gaulois, mais plus vite oubliée à Paris. Le vrai bourgeois du XVII* siècle, c’est le bourgeois gentilhomme et bel esprit, qui, malgré la courte échappée de la Fronde, songe moins à censurer les grands qu’à les copier, et à partager leurs plaisirs et jusqu’à leurs opinions littéraires.

Or ces opinions sont singulières. La vogue de l’Astrée

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