‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 83 sur 176 · RARETÉ DES ROMANS COMIQUES · texte numérisé non relu

RARETÉ DES ROMANS COMIQUES

préjugés que Sorel et ses successeurs immédiats. Si le talent de Scarron, ce style rapide, ce mélange heureux d'imagination et d'observation valurent au Roman comique un succès mérité, les raffinés n’en trouvaient pas moins « sa matière trop basse !. » Ce fut bien pis, quand parut le roman, médiocre du reste, de Furetière. Tous les gens de lettres, et même ses collègues, lui repro- . chèrent durement son sujet et son style trop bourgeois : Ilse moquait des honnêtes gens ; il aurait dù être chassé de l'Académie, pour avoir fait un livre pareil! Celui qui parlait ainsi, et qui demandait, comme Louis XIV, qu’on Ôôtat de lui ces magots?, était le fils d’un cabaretier.

Ainsi le genre préféré de Sorel ne fut jamais qu'une exception et n’obtint que des succès de surprise ou de scandale, dans le siècle où tout allait au grand. Cela est vrai de la première comme de la seconde moitié du XVIIe siècle. Entre 1660 et 1700, on ne rencontre que quelques rares nouvelles, ou romans comiques très courts, et la plupart dissimulés dans les Recueils d'autres pièces. Il faudra du temps, pour que les héros de roman, après avoir porté la lance, puis la houlette, puis l'épée, ne portent plus rien du tout. Les débuts du roman de mœurs sont difficiles, sinon modestes, et pour se faire sa place au soleil, il devra revenir encore une fois d'Espagne, plus aimable, plus honnête, et paré du style étincelant de Le Sage.

(1) C’est l'expression de Segrais dans le Segraisianu.

(2) Dialogue entre M. le Maistre et M. Despréaux, par Charpentier, reproduit dans les f'actums de Furetière 1694, tome II, p. 422. — Mêmes critiques dansla Guerre des auteurs etle Parnasse réformé de Guéret.

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