‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 84 sur 176 · A RHOAAS AT THE THON · texte numérisé non relu

A RHOAAS AT THE THON

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Les jeux d'esprit et de société des précieux. — Sorelécrivain précieux et adversaire des précieux. — Ses amis. — Son recueil de jeux. — Intérêt qu'offrent les jeux pour l’histoire des mœurs et pour l’histoire littéraire. — Comment les petits jeux, d’abord simples et plus tard maniérés, suivent les évolutions de la société précieuse.—Les petits jeux au commencement du XVIIe siècle. — Les Jeux académiques ou les jeux compliqués des Italiens, adoptés seulement par les derniers précieux. — Le jeu de la Perte du cœur. — La Chasse d'amour. — Les Loteries et les Gazettles. — Origine italienne de la Gazette de Tendre. — Comment les précieux ont raffiné les petits jeux français. — Le jeu des Maximes. — De la mauvaise foi des précieux attaquant les Maximes du Mariage de Molière. — Le jeu des Proverbes et le jeu des Mariages. — Du rôle des proverbes dans la littérature du XVIIe siècle. — La Comédie des proverbes et la Comédie de chansons. — Le Ballet des Incompatibles. — Le jeu des Béteset lejeu du Corbillon. — Les petits vers précieux et les pastiches en vieux langage. — Les pièces de Sorel imitées par La Fontaine et par Scarron. — La satire de la société précieuse par Sorel, — Les Lois de la galanterie. — Emprunts faits à cette pièce par Molière, 40 Pour les Précieuses ridicules, 2 pour lEcole des Maris, 30 pour le Bourgeois gentilhomme. — La date des Précieuses ridicules. — Des attaques contre les précieuses, qui ont précédé la comédie de Molière. — Pourquoi Sorel n'a pas compris la portée des Précieuses ridicules.

S'il suffit, pour faire connaître un auteur de second ordre, de montrer ce qu’il a d’original, le rôle de Sorel est presque fini, et notre tâche aussi. Après le romancier, nous n’aurons plus guère à étudier de près que l'historien. Les

vingt dernières aunées de sa vie vont être consacrées à des compilations de toutes sortes, d’un moindre intérêt. Il n’a pas vécu, cependant, entre les rayons de sa bibliothèque : il a toujours aimé le monde qui ne le détestait pas. tout en se défiant de son humeur maligne. Jeune, il fut le visiteur assidu des premiers cercles qui aient imité Phôtel de Rambouillet ; sur le tard, nous le retrouvons dans toutes les ruelles qui ont succédé à cette illustre société, et qui en sont comme la monnaie, petite monnaie et bien mêlée. En feuilletant les lettres écrites par Sorel vers 1660, et en cherchant à déchiffer les initiales de ses correspondantes, nous serons vite édifiés sur ses relations.

Jusque dans ses dernières années, ila habité sa maison située au n° 16 de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois. Tout près de lui logeait une excellente musicienne. « Qu'il vous suffise d'apprendre, nous dit-il, que cette belle est ma voisine de si près, que s’il me prenait fantaisie de l’aimer, je n'aurais qu’à faire un trou à lamuraille de ma chambre pour lui faire entendre à toute heure mes plaintes et mes soupirs, et devenir ainsi le Pyrame de cette Thisbé1. » Plusieurs détails nous portent à croire, qu’il s’agit de la rivale de l’illustre Sapho, de Madame du Buisson ou Damophile?, qui s’est fait peindre en Muse, assise à une table chargée de livres, et flanquée d’une lyre et d’une lunette astronomique. Elle et Sorel seraient dignes l’un de l’autre. D'autre part, le Roman bourgeois nous montre Sorel assidu chez une certaine demoiselle Angélique,

(1) Sorel, Œuvres diverses ou discours mêlés qui sont le Nouveau Parnasse, etc., 1663, p. 284. ’

(2) Sur Damophile voir le Grand dictionnaire des Précieuses, de Somaize, édition Livet, tome I, p. 68. M'° de per se moque ps d'une fois d’elle dans le Grand Cyrus.

LES AMIES DE SOREL Do

laquelle, suivant l’élégante expression de Kuretière « conserve son nom au poil et à la plume 1 », c’est-à-dire qu’elle écrit et signe ses œuvres de son nom de baptême qui lui paraît suffisamment précieux. Comme Somaize attribue à une demoiselle Angélique Petit 2 la Nouvelle de l’Amour échappé, insérée dans le Roman bourgeois, voici une autre des amies de Sorel retrouvée : elle aussi sait les langues, les mathématiques et même l’escrime. Le médecin Guy de la Brosse et le bon abbé de Marolles 3 nous aideront à traduire les initiales de Mne de M‘**. Tous deux ont introduit Sorel dans le cercle de leur cousine, Me de Montbel: il rencontre chez elle Mme Deshoulières, le poète Linières et l’abbé Cotin: un tel voisin porte toujours malheur.

La maîtresse du logis a écrit de sa main, dans un beau recueil, les portraits de tous ses visiteurs, et celui de Linières n’est pas le moins flatté. Linières préférait Madame Deshoulières, qui se moquait de lui, et Madame de Montbel préférait Linières, qui se moquait d’elle. Entre temps, comme il ne se piquait pas de fidélité à ses deux amies, il s’en allait jusqu’à Rennes, en ramenait triomphalement une Bretonne, lui signait une promesse de mariage, passait le contrat, et se dérobait au dernier

:(4) Cette expression proverbiale existe depuis longtemps dans la langue. (Curiosités françaises d'Ant. Oudin, p. 434. JL est bon au poil et à la plume, idiotisme, propre à plusieurs choses.) Furelière a voulu jouer avec les proverbes, comme Mascarille dans les Précieuses ridicules.

(2) Somaize, Grand Dict. des Précieuses, Lome I, p. 192, — Sorel a dédié à M!" Petit, une pièce intitulée le Tombeau d’Angélique, Œuvres diverses, p. 435.

(3) Mémoires de l'abbé de Marolles, 1755, in-12, tome III, page 321.

(4) Sorel, Œuvres diverses, pages 346, 388, 421, 451, etc. — Madame Deshoulières fait allusion au même fait dans le Portrait de Linières :

« Il aime la satire, et croit qu’il est permis D’aimer en divers lieux, de faire des promesses, De signer des contrats pour fourber ses maitresses...

moment « par crainte de la gueuserie. » Il avait développé ces raisons dans une petite pièce qui semble perdue, et qui nous aurait peut-être donné quelques détails sur les représentations du Dépit amoureux à Paris ; elle est intitulée Poésies diverses, ou Dialogue en forme de satire du docteur Métaphraste et du seigneur Albert sur le fait du‘mariagei. Il nous est resté seulement la lourde réplique de Sorel, exhortant le volage Linières à faire une fin, et traçant à son usage une belle Carte du Mariage.

Enfin Sorel est du dernier bien avec deux cousines homonymes?, dont l’une est « un ange » et l’autre «un génie. » Comme l’ange a pour initiales L. V. D. L. M. D., comme « le génie » s'appelle Uriane de son nom de précieuse et que l’anagramme de son nom véritable est exactement « Je vous aime, » il s’agit certainement de Melle Le Vieux de la Motte d'Esgry, et de Melle Amélie Vieux ou Le Vieux, la célèbre maîtresse de Patru, de Conrart et de plusieurs autres. Uriane en particulier était une précieuse renforcée: Patru, lui écrivant de la campagne, n’osait appeler l'herbe par son nom, et trouvait comme périphrase «le poil de la terre. #» On pourrait encore essayer de reconnaître, parmi ces amies de Sorel, la Nymphe des Vergers, ou Mademoiselle Des Jardins # ; essayer de traduire les initiales Madame D. L. C. par

(1) Indiquée par Quérard, au mot Linières.

(2) Sorel, Œuvres diverses, pages 284, 289, 296, 297, etc. — Somaize, Grand Dict. des Précicuses, tome I, p. 235, appelle M'"* Le Vicux, Urione; Sorel à changé une lettre du nom pour l’anagramme. — Cabinet des titres, dossier le Vieux, N° 66, 411, p. 65: M. Nicolas le Vicux, sicur de Ja Motte d’Esgry a pour fils Olivier le Vieux, substitut de M. le procureur général en la chambre du trésor.

(3) Œuvres de Patru, tome I, lettres à Olinde, autre surnom d'Amélie leVieux.

(4) Sorel, Œuvres diverses, p. 242, 395, etc.

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