‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 86 sur 176 · LES PETITS JEUX DANS LA SOCIÉTÉ PRÉCIEUSE · texte numérisé non relu

LES PETITS JEUX DANS LA SOCIÉTÉ PRÉCIEUSE

peut rattacher tous les autres, est un recueil de jeux !, qui les décrit tous, depuis les plus simples jusqu'aux plus compliqués, et qui échappe à la banalité des recueils de ce genre. Il n’est pas d'étude plus minutieuse, et plus fatigante que celle des jeux, qui « valent pourtant la chandelle », et qui sont souvent instructifs. Ce sont de petits jeux ; mais des siècles, des mœurs, des sociétés diverses se peignent dans les petits jeux; ils sont sans cesse en mouvement, ils vont et viennent d’une caste à une autre, ils passent de pays en pays, si vite, que nous risquerions de nous égarer à les suivre tous. Restons donc dans le cercle des amies de Sorel et comparons leurs amusements favoris à ceux de la génération précédente. Combien la société parisienne a changé depuis le commencement du siècle, on le verra jusque dans ces minuties, où l’on peut encore glaner des faits et des dates intéressantes pour l’histoire littéraire.

Les ruelles pédantes, décrites dans le chapitre des Nouvelles, étaient restées ignorées de la bourgeoisie moyenne. Celle-ci s’amusait à moins de frais dans ces assemblées naïves, où, selon Tallemant, un moyen de se bien marier, c’est d’exceller aux jeux innocents 2. La cour non plus n’en connaît pas d’autres: c’est avec eux que Mie dela Fayette amuse le royal ennui de Louis XIII 3;

(1)Sorel commença la Maison de Jeux en 1625 et la termina en 1635, comme il le dit lui-même dans l'avertissement de la Science des choses corporelles, 1635, el comme le prouvent plusieurs allusions du texte (t. I, p. 600, ; t. Il, p. 385). L'ouvrage fut encore remanié et attendit jusqu'en 1642 avant de trouver un éditeur ; cette première édition n’eut aucun succès, tant les jeux italiens qu'elle décrit paraissaient encore bizarres. La réimpression de 1657 fut au contraire très bien accueillie; presque tous les Recueils de Jeux, Maisons académiques, et autres ouvrages du même genre, qui ont paru jusqu'à la fin du XVII siècle, ont copié Sorel, quelquefois textueilement.

(2) Tallemanl, tome VII, pages 16 et 17. Historiette de Mme de Turin.

(3) Mémoires de La Porte, Collection Michaud, pages 18 et 19.

ils suivent même les armées en campagne, et no5 ofriciers français apprennent aux Suédois ! à jouer au gage touché ou à votre place me plait; ils ne sont même pas dédaignés chez l’illustre marquise, qui donne le ton à la société polie, et qui restera toujours plus gaie, plus jeune que ses filles. Dans cet hôtel de Rambouillet, que nous voyons de loin très grand et un peu triste, on s’amuse comme des enfants ; les évêques y sont de première force au ballon, et les dames ne dédaignent ni les barres, ni le colin-maillard. On y fait déjà des petits vers, mais on préfère en entendre de beaux. On y cause de tout, mais sans prétention, et la littérature, et la grammaire elle-même n’entrent qu’en passant, comme un jeu. Mais quand cette société choisie aura suivi sa pente naturelle vers la recherche, quand ce défaut se sera accentué dans les ruelles qui limitent, alors la subtilité, la fadeur se montreront jusque dans les petits jeux. Les plus simples paraîtront puérils, même aux petits bourgeois : ils dédaigneront, comme « peu nobles, » les plus jolis jeux du XVI®° siècle, comme Je vous prends sans vert ?, ou comme les Valentins ?, longuement décrits dans l’Astrée. En revanche, ils ressuciteront pour leur usage les amusements compliqués, jadis en honneur dans les petites cours italiennes", et dans les

(1) Lettres el papiers d'Etat de Richelieu, édition d’Avencel, tome IV, p. 259, ct tome VII, p.84. Œuvres de Saint Amant, édit. Livet, tome I, p. 37.

(2) « Si le jeu n’est pas ble, il est divertissant » dit, à ceux qui le dédaignent, un personnage de la petite comédie de La Fontaine : « Je vous prends sans verl. »

(3) Le Jeu des Falentins est décrit dans l’Astrée, 1° partie, livre HE, et dans le roman de Diotrèphe, histoire valentine, 1624, in-8°, par Camus.

(4) On Iles appellait les Jeux académiques où encore les Jeux de Sienne, du nom de la vilic où ils étaient le plus en honneur. Les principaux recueils italiens, dépouillés par Sorel, sontle Parfait courtisan de Castiglionc, la Conversation civile Ae Guazzo, ct surtout les Cent Jeux d'esprit d'Innocent Rhinghicri, Bologne, 1551, in-4', ainsi que le Dialoque

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