LE JEU DES GAZETTES
pas!; mais à peine la gazette de Renaudot eut-elle été fondée, en 1632, que les parodies affluèrent. Sauvage à Bruxelles, Sorel et Guy-Patin à Paris, ne se lassent pas de parodier le journal officiel, Sorel, en particulier, qui avait touché à tout, et qui devait être journaliste. Lorsqu'il à raillé la Cour et qu'il s’est bien moqué des grands dans ses petites feuilles?, il invente des Monstres fantastiques, de la famille du fameux Serpent de mer ; il fait des récits de voyages imaginaires que Sorbières appelait avec un peu trop de complaisance « les romans des philosophes, » mais que Swift lui-même aurait pu lire avec plaisir. Avant Gulliver, le héros de Sorel, le capitaine Brisevent, à visité les iles des Pygmées, des Géants et des Amazones, d’où il a rapporté de merveilleuses inventions. Dès 1632, il propose d'établir à Paris des lignes, non pas même d'omnibus, mais de tramways, sans compter les phonographes et les téléphones ?. Quelques-unes de ces gazettes clandestines de Sorel étaient vraiment comiques,etméritaient d’être conservées; elles servirent de modèles, pendant la Fronde, à tous les courriers de pays imaginaires, et Sorel lui-même rentra à ce moment dans la lice, pour composer une des rares Mazarinades qui supportent la lecture #. A la conclusion de la paix, ces gazettes politiques redevinrent, comme au-delà des Alpes, un simple jeu de société, un jeu galant. (4) Rhinghieri et Bargagli décrivent déjà longuement le jeu des Courriers et des Gaïettes ; Sorel les copie, Maison des jeux, tome IT, p. 386. (2) Pour toutes ces gazettes, réimprimées en partie dans les Recueils
de Serey de 1644 et 1658, voir la Bibliographie des ouvrages attribués à
Sorel.
(3) Recueil de Sercy de 1644, p. 86, 120, 193, etc.
(4) La mazarinade de Sorel, intitulée le Commerce des nouvelles rélabli, raconteles démélés du gazelier Renaudot et de ses fils ; elle a été plusieurs fois réièmprimée à titre de document pour l'histoire de la presse.
Les beaux esprits de l'hôtel de Rambouillet, qui avaient emprunté aux Italiens ! l’idée de la Guirlande de Julie?, leur empruntèrent aussi leurs gazettes imaginaires, mais ils n’eurent pas le temps d’en abuser. Au contraire, les Gazettes de Tendre tiendront une large place chez Mie de Scudéry, et Sorel, à son tour, se chargera d’initier toutes les ruelles à ces fadaises.
Lorsqu’au lieu d’imiter les Italiens, les précieux retournent par caprice aux anciens jeux français, ils ont soin de les compliquer; ils retrouvent d’instinct les subtilités galantes des Cours d'amour. Les Jeux-partis n'avaient point été oubliés au XVI® siècle, mais devenus, avec le temps, d’une rare naïveté, ils ne différaient plus guère de ces dayeries ou devinettes, qu'on peut entendre encore aujourd’hui dans les veillées de village. Ils reviennent à la mode au XVIIe siècle, sous la forme des Wazximes,
(1) La Gaxelte de divers endroits, recueillie dans les Manuscrits Conrart, in-4°, tome X, p. 33, est une gazette de l'hôtel de Rambouillet, antérieure au mariage de Julie d’Angennes. — Sur le jeu des Gaxeltes ou des Fausses lettres, voir encore la Clélie, tome IX, livre I, p. 1387 à 1398.
(2) M. Livet a indiqué la Guirlande italienne de la comtesse Beccaria, 1595, comme l’origine de la Guirlande de Julie. Ce titre et ce genre de poésies étaient si communs en Italie qu'on en faisait de semblables pour les comédiennes et même pour les podestats. Ex.: La Ghirlanda di varii fiori di diversi tessuta all illustriss. Antonio Zeno, podesta di Trevigi, 1613, in-#. D'autre part le duc de Montausier s’est laissé devancer, en France même, par un petit avocat de Nîmes, Jean Barnier : la Guirlande donnée aux dames de Nîmes par l'amour, citée par Haag, (France protestante, tome I, p. 861) ; par Passerat (le Jardin d'amour à la marquise de Monceaux) ; par Jean Le Maire des Belges, (la Couronne Marquaritique en l'honneur de Marguerite d'Autriche.) Les fleurs sont remplacées par des marguerites ou des pierres précieuses, symboles des vertus de la princesse.
(3) Les manuscrits Conrart, in-4, tome XIX, p. 661 et 705, contiennent un bon texte des Adevineaux amoureux. Sorel, Maison des Jeux,
1642, tome I, p. 298 et sq, cite un grand nombre de ces questions d'amour,