‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 90 sur 176 · MOLIÈRE ET LE JEU DES MAXIMES · texte numérisé non relu

MOLIÈRE ET LE JEU DES MAXIMES

qui, tantôt développées dans de longues conversations, tantôt réduites en quelques vers, sont toujours discutées par les amis de l’auteur, avant de recevoir leur expression définitive!. Pour se dérober à cette épreuve, certains précieux publient leurs pensées sous forme de Thèses ?, d’Arrêts, d'Edits ou d'Ordonnances, etreprennent ainsi un vieil usage attesté par l’Asérée?, aussi bien que par les livrets populaires. Nos bons aïeux donnaient même la forme du catéchisme aux enseignements les plus profanes, et imitaient, sans scrupule, les commandements de Dieu et de l'Eglise #.

Tous ces petits faits nous ramènent aux comédies de Molière. Lorsque Me Desjardins réduisait en maximes et en vers la tirade de Cathos sur « une recherche dans les formes”, » elle se trouvait peut-être aussi spirituelle que Boucher, versifiant les Waximes de la Rochefoucauld. Les traductions de ce genre étaient très goûtées des précieux ; il n’en fut pas de même dans une autre circonstance. Molière, qui ne dédaignait rien, a probablement jeté les yeux sur quelque vieux Doctrinal ou Catéchisme des femmes mariées : il aura arrangé cette poésie naïve « d’une bonne âme, » avant de la faire lire

(1) Voir la Clélie, Lome VIIT, p. 1359, et les Mémoires de Bussy, édition Lalanne, tome II, p. 156.

(2) Thèses ou conclusions amoureuses de Sorel et du comte de Cramail déjà citées — Edit d'amour de l'abbé Regnier-Desmarais.

(3) Quand les bergers pénètrent dans le temple de feuillage élevé à la divine Astrée, Hylas découvre sur l'autel la table des XII lois d'amour, auxquelles il substitue sournoisement les lois de l’Inconstance. (Astrée, Il° partie, livre V.)

(4) Voirleslivrets modernes de ectte espèce, énumérés dans l’Histoire de La littérature populaire de Ch. Nisard, {. 11, p.355, 373, etc. —

(5) Les Règles de l'amour dansle Récit de la farce des Précieuses. — La conjecture de M.P. Mesnard, (Holière, t. X, p.186, 187), qui voit dans cette traduction en vers un débris de la première version des Précieuses ridicules, ne nous paraît pas fondée.

par Arnolphe à Agnès: le tour spirituel des couplets rappelle en effet les Maximes en vogue dans les ruelles, et les précieux de bonne foi se contentaient d’opposer aux Devoirs de la femme mariée les Maximes de la Coquette 1. De plus, Molière avait pris la précaution d'annoncer onze maximes et non dix ; mais ses ennemis voulurent absolument qu’il eùt songé à parodier le Décalogue ?; ils le lui répétèrent sur tous les tons, ils l'accusèrent de sacrilège, et le poète irrité leur répondit avec une animosité qui présageait le Tartuffe.

L'ancien jeu des Proverbes n'a pas été moins modifié que les Jeuæ-partis; ila pris mille formes, décrites à satiété dans le Recueil de Sorel, etsouvent si compliquées qu'elles impatientent les précieux eux-mêmes #. Les proverbes n’ont pris une si grande place dans les jeux, que depuis leur exclusion du style et même de la conversation des honnêtes gens. C’est encore Sorel qu’il faut interroger sur cette proscription, qui ne laisse pas

(1) Cest ce qu'a fait le sieur de la Croix dans la Guerre comique ou la Défense de l'Ecole des Femmes. — Il est permis d'opposer ces minuties à la conjecture de M. Despois qui dit (Molière, tome INT, p. 215 et 217, notes) que les Devoirs de la femme mariée sont imités d’une scène de Plaute(Asinaire, acte IV, scène D).

(2) La Vengeance des Marquis, scène V : «Nous voulions savoir si le Peintre, après avoir fait un sermon dans une de ses comédies et mis les dix commandements, n'aurait point dans cetie dernière (l’Impromptu de Versailles) parlé des sept péchés mortels et de queique autre ofice journalier, afin de lui en faire faire après quelque réprimande, mais pourtant avec toute la douceur imaginable. » Texte cité par M. Despois (Molière, tome Ill, p. 3862) avec d’autres textes semblables de Boursault et de Donneau de Visé. ;

(3) 11 faut, non seulement improviser des charades et des comédies, mais savoir par cœur tous les proverbes commençant par la même lettre, ou finissent par la même rime, raconter sur chacun une anecdote historique, improviser des phrases proverbiales en vieux langage, etc.

(4) Sarrasin, Œuvres, 1658, p. 65. Sonnet à Cloris.

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