RÔLE DES PROVERBES AU XVII® SIÈCLE
d’avoir influé sur notre littérature !. La cour de Henri IV usait des ‘proverbes, tout autant que le peuple; et les maîtres de langues les recommandaient aux étrangers ?, à l’égal des pointes ou calembours, une autre élégance de la conversation plus difficile à attraper ?. Non seulement les proverbes populaires français et les allusions aux fables connues “ étaient d'usage courant, mais les beaux esprits leur en ajoutaient d’autres, tirés des anciens, comme on le voit dans ce manuel de conversation de 1614. Si la jolie Pancharis trouve son cavalier Philandre trop flatteur, elle lui conseillera de « mettre un bœuf sur sa langue, » ou « de faire comme le Lion, quand il est malade, il engloutit un singe, » c’est-à-dire de dévorer toutes ces singeries. Et Philandre à son tour protestera de sa sincérité: « il n’a pas la langue au cœur, mais le cœur sur la main. »
L'abus devait amener la satiété. Bientôt on se moquera de nos vieux poètes, auxquels les proverbes avaient porté
(1) Sorel donne des dates précises, qui manquent dans la préface si complète du Livre des proverbes de Le Roux de Liney.
(2) Des actions du jeune gentilhomine, divisées en forme de dialogues, par Samuel Bernard, genevois, Strasbourg, 1613, in-12, dédié à ses élèves, les comtes de Holock. « Aussi ai-je peinturé le parterre de ce petit jardin de sentences dorées et agréables, de proverbes communs, etc. »
(3) Traité de la Cour, par du Refuge, 1622, p. 10: « Les pointes et les plaisantes rencontres font aussi partie de l’aflabilité et servent à assaisonner notre parler, à condition de n’en pas abuser. »
(4) Voici un échantillon de ce style. Les financiers ou partisans se plaignent d’un de leurs commis, qui a dénoncé leurs agissements : « Beaufort se sert de la patte de ce lourdaud pour tirer les marrons du feu... Depuis ce temps-là ce serpent était demeuré dans ses masures jusques à ce qu'ayant senti que l'air s’'échauffait contre les financiers, il a commencé à lever la tête, et le col enflé de venin, ete. » Tableau de La calomnie en faveur des financiers, 1623, in-12, p. 19.
(5) Manuel d'amour (1614) in-12, par A. T., Paris, Antoine du Bueil, p.73, 74, etc:
bonheur. Le satirique Régnier, lui-même, si habile à les enchâsser dans ses vers, sera l'objet des plus sottes critiques !, Si Sorel emploie encore quelques proverbes dans la prose du Berger exlravagant, c'est après de longues explications :. il déclare n'avoir prêté de ces locutions qu'aux bouffons, aux valets et aux bourgeois, et toujours avec une intention comique. ? Voilà déjà et nettement exprimé le principe suivi plus tard par Corneille, qui réserve pour le valet du Menteur tant de proverbes populaires, y compris le vers fameux :
Les gens que vous tuez se portent assez bien,
dont on lui attribue à tort l'invention; c’estle même principe que suivra Molière, comme on l’a déjà vu. et comme on le verra encore, dans la pièce des Précieuses r'idicules. Les vieux proverbes, la sagesse et la poésie du peuple, sont abandonnés par les honnêtes gens, et ne servent plus dans le monde et au théâtre qu'à produire des effets comiques.
À peine l'emploi des proverbes est-il ainsi restreint, aux environs de 1627, comme nous l’apprend Sorel, qu'ils entrent dans une foule de jeux d’esprits. Le comte de Cramail les accumule dans la bouche d'un Courtisan
Et mon frère, qui sait comme il s’en fautguérir, Quand tu l'aurais tué, pourrait n'en pas mourir.
Il est également cilé dans la Comédie des proverbes, du comle de Cramail, 1633, dans l'Agésilan de Colchos, de Rotrou, et dans les Curiol6s françaises, d'A. Oudin, 1640, p. 558, Tous ceux que vous avez lués se portent fort bien, idiolisme. Vous n'avez jamais luc personne,