‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 92 sur 176 · LA COMÉDIE DE CHANSONS · texte numérisé non relu

LA COMÉDIE DE CHANSONS

grotesque; il en fait des ballets avant Benserade, il en compose même toute une comédie, la Comédie des prover'bes?; mais sur ce point ila été devancé par Sorel, qui, non content de ce tour de force, écrit encore une Comédie uniquement composée de Chansons.

L'abbé d'Aubignac n'avait garde d'oublier cette petite pièce dansses Conjectur'es académiques ;elleluiprouvait, par analogie, que l’Iliade n’est. elle aussi, qu’une collection de chansons cousues bout à bout; d'autre part au XVIIIe siècle, on voyait dans cette comédie l’origine du vaudeville et de l’opéra-comique 3. En réalité ce n’est qu'un centon d'innombrables chansons, diverses de date et d’origine : chansons de guerre et d’amour, chansons des rues et des bouges, chansons des hardis compagnons, s’en allant gaiment sur les routes faire leur tour de France, chansons légères des muguets du Louvre, chansons de laboureurs. graves et dolentes. Si le tour de force est puéril, l'intérêt historique de la pièce, qui contient plus de douze cents chansons, dont beaucoup sont perdues, n’en estpas moins assez vif, et il était bon de restituer à Sorel une œuvre

(1) Le Courtisan grotesque fait des jeux de mots dans le genre de ceux du marquis de Bièvre. Sorel transcrit cette pièce dans le Berger extravagant et ne fait pas la moindre allusion, en 1627, à la comédie du comte de Cramail. Il en résulte que cette comédie n’a été composée que plus tard, vers 1633, date de la 1° édition connue. Suivant Léris, elle aurait été jouée dès 1616 ; suivant Goizel, dès 1609. Ces dates sont absolument arbitraires et correspondent simplement avec les dates de la publication des Proloques fucétieux, du comédien Bruscambille (1609 et 1613). Rien ne prouve que ce comédien ait écrit le Prologue de la comédie des Proverbes, et en tous cas il écrivait encore des prologues analogues en 1632, comme le remarquent les frères Parfaict.

(2) Dans le projet de comédie burlesque sur la Conquête de la Toison Or (Berger extravagant, livre IX, p. 196,) le rôle du roi Phinée est déjà entièrement composé de proverbes.

{3) Dictionnaire des théätres, de Léris, p. 25 et Sÿ.

qui a lassé la patience des bibliographes 1. Elle fut plus d’une fois imitée, à la joie de l’auteur, et il y eut même un moment où les précieuses s’écrivaient des lettres, toutes en chansons ?.

Les proverbes, qui nous ont conduits aux chansons, nous conduiront encore au jeu des Mariages3 ou des locutions proverbiales. Rabelais se moquait déjà des mauvais jeux de mots en honneur dans l'ile des Ennazins, sans succès du reste, car ces fades plaisanteries, le mariage du bœuf et de la moutarde, de la pelle et du fourgon, etc., sont encore très goùtées au commencement du XVI: siècle. Toute une pièce du comte de Cramail leur est consacrée ; le fameux Ballet des Incompalibles n’est pas autre chose, et n’est lui-même que la copie de ballets antérieurs #. Les précieux invitèrent l'Amour à tous ces mariages et les développèrent à satiété : on vit Desmarets de Saint-Sorlin écrire les Amours de la Règle et du Compas ; la Mesnardière, ceux du Lys et de la Rose; Sarasin, ceux de la Roche et du Caillou :

Pleurez, pleurez mes veux et fondez-vous en eau: L'absence du Caillou met la Roche an tombeau.

C’est dans ces bagatelles que les précieux montrent tout leur savoir-faire ; il n’est pour ainsi dire pas de petit jeu

(1) Elle est de Sorel, comme IC prouve un passage du Francion, édition de 1626, cité et discuté dans l'Appendice (Bibliographie des ouvrages attribués à Sorel.)

(2) Voir dans les Œuvres de M" Deshoulières, tome If, les lettres en chansons à M, Deshoulières,

(3) Voir dans les Jeux de l'inconnu, 1630, la pièce intitulée Nopces, noces. — it. Sorel, Maison des Jeux, tome 1, p. 523 etsuivantes.— it. la Flûte de Robin, ct les nombreuses éditions de cette petite pièce dans le Manuel de Brunet.

(4) Voir le Ballet des mariages sans dégoût, ete. et Le ridicule des rencontres antipathiques, réimprimés dans les tomes IV el VI des Ballets de cour, édition Paul Lacroix.

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