‹ La Vie et les Œuvres de Charles Sorel Sieur de SovignyChapitre 99 sur 176 · SATIRE CONTRE LES PRÉCIEUX · texte numérisé non relu

SATIRE CONTRE LES PRÉCIEUX

d'Aubignac 1,qu'on avait pourtant surnommé le père du précieux 2, et qui n’était pas tendre pour sa progéniture. Miie de Scudéry elle-même ne se lassait pas de railler ses maladroites imitatricess, celles qui faisaient leur Sophiet, suivant la curieuse expression restée dans la langue populaire. Bref, les bons mots, les plaisanteries, les livrets satiriques contre les Précieuses, faisaient le tour de Paris:

il en venait de partout, il en venait jusque de Pézenas où des gens s'étaient assis dans le fauteuil de Molière, sans y retrouver son esprit. Mais c’est précisément parce que ces railleurs étaient si nombreux, qu'ils ne virent, et Sorel avec eux, dans l’auteur des Pr'écieuses Ridicules, qu'un railleur de plus.

Nul doute que les derniers survivants de lhôtel de Rambouillet n'aient assisté avec plaisir aux mésaventures « de deux pecques provinciales, » de deux petites bourgeoisesi ; ils ressemblaient si peu, ils le croyaient du moins, à ces caricatures, ils voyaient ce petit monde de si haut, et la différence était si grande entre les salons 5 et

recueil de poésies (Aurelia Fedeli, comica italiana, 7 Rifivuti di Pindo, Paris, Cherrault, 1666, in-12, Bibl. Nat., BL, Y. 5061). Les Eloges de Molière, p.83; de l’abbé de Pure, p. 84; de Corneille et de Racine, p. 82, sont reproduits à l’'Appendice.

(1) La Nouvelle histoire de temps traite de haut les Précieuses, « qui maintenant se donnent à bon marché. » Cité par M. Larroumet, notice des Précieuses ridicules, p. 41.

(2) De Visé l'appelle ainsi dans la Défense de Sophonisbe.

(3) Voir toute la fin du Grand Cyrus, et Clélie, tome IX, livre HI, p. 672:

9: On lit dans Somaize, Grand dictionnaire des Précieuses, éd. Livet, tome I, p. 27 et passim, Sophie — Mlle de Scudéry.

(4) Le Portrait de la Coquette, Paris, Ch. de Serey, in-12, achevé d'imprimer le 2 juillet 1659. C’est une satire des Précieuses, datée et envoyée de Pézenas, où s'était réfugié Juvenel de Callencas. Ninon de Lencelos crut s'y reconnaitre et riposta la même année par la Coquette venyée.

(5) On avait dédaigné de Lout temps à l'Hôtel de Rambouillet les ruelles rivales. La Mijoréade, ou la description du pays des Mijorées,

les bureaux ou les réduits d'esprit ! Mais à leur tour, ces réduits où brillait Sorel, ces cercles infimes, il nous le dit expressément !, ne se sentirent pas plus touchés par la comédie de Molière, qu'ils ne l'avaient été par le roman de l'abbé de Pure, et dans ce portrait satirique ils ne reconnurent que leurs voisins et leurs inférieurs. Ainsi tous se dérobaient; si Molière n'avait pas pris directement à partie Mie de Scudéry, s'il n'avait pas ouvertement parodié la fameuse Carte de Tendre, sans compter bien des passages du Grand Cyrus ?, la vieille demoiselle n'aurait pas défendu de faire allusion devant elle aux Précieuses Ridicules 3 ; elle aurait goûté la pièce, et

d'Arnauld de Corbeville, (Manuscrits Conrart, in-4, tome X, p. 617,) est déjà la satire des réunions de la vicomtesse d'Auchy.

(1) Sorel, Œuvres diverses, Lettre précieuse à des précieuses.

(2) Il est facile de rapprocher la grande tirade de Magdelon, scène IV, sur « une recherche dans les formes, » de ces deux passages{"1e Grand Cyrus, tome V, livre III, p. 880. Bélésis arrive à Suse, où Hermogène le conduit « à la promenade » de la ville. « Eh bien, Bélésis, trouvezvous quelqu'une de nos belles qui puisse raisonnablement prétendre à la gloire de vous vaincre ? — Je trouve leur beauté admirable, mais s’il faut vous dire la vérité, je n’en ai point vu qui m’ait donné une certaine émotion de cœur et d'esprit, qui pour l'ordinaire suit le premier instant que l’on voit une très belle personne que l’on doit aimer, et qui précède toujours l'amour que l’on à pour elle. » 2'it. Cyrus, tome VI, p. 1093 à 1094. «Rien de plus ridicule que ces galanteries de famille qui se font à la vue de tout le monde. Car enfin, pour faire que la galanterie produise de jolies choses, il faut que celui qui la fait, aime seulement pour aimer, sans songer d'abord s'il épousera ou S'il n'épousera pas, car lorsque la pensée du mariage naît au cœur d'un amant dans le même temps que sa passion, je soutiens qu'il est moins galant qu'un autre, qui sans savoir pourquoi il aime, ni par quelle voie il sera aimé ne laisse pas de Ie faire. Je suis même persuadé que les amants, qui ont des pères ct mères qui s'opposent à leur amour, Sont bien souvent plus galants que les autres, etc. »

(3) Nousle concluons du moins dece fait. Unanonyme, qui est très probablement Somaize, a écrit un petit livre intitulé La Politique desCoquettes, histoire véritable dédiée à M'° de Scudéry, Paris, Jean Ribou, (achevé d'imprimer le 4 nov. 1660). Le livre contient des portraits saliriques et semble une première ébauche du Grand dictionnaire des Précieuses. L'au-

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