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tants se donnaient la main; on était d'accord sur les abus à détruire, sur les vices à extirper; on chantait de concert les psaumes de Marot. Cette union des sentiments ne dura point; dès que les idées nouvelles commencèrent à se préciser et à se fixer, dès que le départ put se faire entre les partisans de l'autorité, de la tradition, de l’unité et ceux de l'indépendance, du libre examen, de la personnalité religieuse et morale, on vit que la scission était inévitable; et, comme il n'y avait pas encore de place au XVI siècle pour la tolérance, les guerres de religion ne pouvaient manquer d’éclater. Plus tard même, quand le pays était déjà ruiné et épuisé par quarante ans de luttes et de massacres, il fallut que Henri IV imposât la liberté de conscience pour la faire durer pendant son règne : il ne réussit qu’à établir une trève éphémère, déjà bien des fois rompue avant que son petit-fils expulsät du royaume tout ce que les dragonnades et les conversions par la force y avaient laissé de protestants. L’ardeur des passions religieuses au XVI siècle et les violences de l'esprit sectaire font ressortir avec plus d'éclat les nobles figures de ces hommes rares qui devançaient leur temps d’assez loïn pour précher déjà l’apaisement et l’union. Le poète des Semaines doit avoir sa place marquée au milieu d’eux : avec toute la ferveur d’une foi ardente, il montra toute la modération dont les sceptiques eux-mêmes avaient trop peu souvent donné l'exemple, On l’a dit, c’est une sorte de l’Hospital huguenot.
L'esprit que du Bartas portait dans les luttes religieuses de son époque, nous le retrouvons dans ses aspirations et dans ses vues politiques : c’est toujours la même tolérance, la même conviction exempte de tout fanatisme; là non plus, s’il est profondément dévoué à son parti, ce n’est point un homme de parti. Dans les querelles sanglantes qui mettaient aux prises les calvinistes et les catholiques, ce qui le préoccupait par-dessus tout, c'étaient les intérêts supérieurs de la religion, non pas ceux du protestantisme ; de même, au milieu des luttes politiques dont la France est de son temps le théâtre, ce qu’il a en vue par delà le succès de la cause à laquelle il est attaché, c’est avant tout la grandeur et la prospérité de sa patrie. Il mourut avant d'avoir pu la voir délivrée enfin des guerres civiles pour inaugurer, sous la direction de Henri IV, une ère de sécurité, de calme et de gloire. Mais nul ne souhaita avec plus d’ardeur que lui l'avènement de ces temps nouveaux : soldat,
ambassadeur ou poète, il consacra son existence tout entière à le hâter. Nous avons raconté sa vie; il nous faut maintenant demander à ses œuvres l'expression de ses idées politiques et de son amour pour la France.
Dans une époque si troublée et si orageuse, où toutes les questions sont remises en discussion, où les principes de la société et de l'État, ceux mêmes de l'esprit humain sont livrés à la violence des polémistes et au septicisme des philosophes, du Bartas ne partage ni les ardeurs inquiètes des uns, ni l'indifférence commode des autres. Il voit autour de lui les ligueurs saper les fondements du pouvoir monarchique pour établir sur ses ruines je ne sais quelle démocratie cléricale, les huguenots rêver en France une sorte de gouvernement aristocratique ou organiser à l'étranger des républiques florissantes ; mais lui, il est de ceux qui poursuivent l'idéal d’une royauté sage, ferme, tolérante, et il reste fidèle jusqu’à la fin à cette foi politique en attendant que Henri de Navarre réalise les espérances de toute sa vie.
Dans la seconde Semaine (1), quand les Israélites, lassés de leurs juges, veulent élire un roi, le poète nous conduit au milieu de l’assemblée populaire et nous fait assister à une longue délibération sur les différentes formes de gouvernement : c’est là comme une de ces grandes scènes politiques auxquelles se complaît le génie de Corneille (2). Un premier orateur se lève pour faire le procès à l’état monarchique, et il en étale éloquemment tous les vices; puis il exalte les bienfaits de la démocratie. Un autre prend à son tour la parole et condamne le gouvernement populaire, cette forme d'État
Où l’on ne poise point, mais l’on compte les voix.
Un troisième, enfin, vient recommander le régime monarchique, et c’est son opinion qui prévaut. Cependant, le premier discours est plus amplement développé, plus riche en arguments, plus persuasif; et l'on pourrait croire que, si le défenseur de la royauté obtient gain de cause, c'est uniquement parce que la vérité historique l'exige,
(1) Capitaines. x
(2) On peut rapprocher ce passage dulivre VII de la République, publiée par Bodin en 1577. Bodin a été certainement un des maîtres de notre poète dans la science politique. Les discours prêtés par celui-ci aux orateurs Juifs sont nourris des mêmes raisons que développe l'auteur de la République. Du Bartas parait cependant plus impartial.
sans les réflexions personnelles par lesquelles le poète termine le chant, en nous laissant ainsi connaître ses véritables sentiments. Dans ces derniers vers, nous voyons se marquer une fois de plus cette équitable modération des idées et cette absence de tout partipris dont il nous a déjà fourni tant d'exemples. Il reconnaît l’excellence des trois formes de gouvernement suivant le génie des peuples auxquels chacune d’elles s'applique :
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Ragusins, Genevois, Grisons, Vénitiens,
Gardez vostre franchise, et ne cassez, volages,
Vos loix qui sainctes ont pris pied depuis tant d’aages.
Mais, s’il respecte l’ « État » des autres nations, il veut aussi garder en France la monarchie, et s'élève contre ceux qui en minent les bases, contre les pamphlétaires et les prédicateurs de la Ligue :
Il vaut mieux supporter les jeunesses d’un roy, Quelque tache en l’estat, quelque vice à la Loy, Que d’emplir tout le sang de cent effrois paniques, Et, pensant réformer, perdre les Républiques.
C'est la pensée de Pascal : « Le plus grand des maux est les guerres civiles; le mal à craindre d’un sot qui succède par droit de naissance n’est ni si grand, ni si sûr » (1).
Mais cette royauté pour laquelle le poète fait des vœux, ce n’est
point une monarchie arbitraire et livrée à tous les caprices d’un pouvoir illimité. Elle devait être, comme il l'entend, pondérée et contrôlée par des assemblées régulières. C’est ainsi que nous le voyons, en un autre passage de ses œuvres, traiter un roi absolu de «chat-huant qui fuit le soleil des diètes, Estats et parlemens » (2). Il se rattache pour ses vues politiques à cette école de savants, de jurisconsultes, d’esprits éclairés et modérés, les Pasquier, les Rapin, les Passerat, les du Vair, les Plessis-Mornai, parmi lesquels devaient bientôt se recruter les auteurs de la Satire Menippée. Depuis longtemps, des
(1) Pensées. I, 60. Ed. Havet.
(2) 2 Sem. — Babylone. Gette figure a été empruntée par du Bartas à Hubert Languet, Vindiciæ contra tyrannos. «Conventus Ordinum, Comitia, Diætas reformidat, ac vespertilionis instar lucem hominum refugit. » Edit. de 1579, p. 1%.
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voix s'étaient élevées, surtout dans les rangs du Tiers, pour demander la convocation périodique des États généraux; c'est déjà la requête que présente l'assemblée de 1484; elle est renouvelée en 1561 par les États de Pontoise qui, en repoussant toute persécution et en plaidant la cause de la tolérance, semblent inspirés par l'esprit même de l'Hôpital. En 1573, l’auteur de la Franco-Gallia, recherchant dans les annales de la nation les institutions qu’il réclame au nom du protestantisme, expose le premier la théorie de la souveraineté populaire en subordonnant le roi aux assemblées nationales, dans lesquelles le peuple, suivant ses doctrines, devrait former à lui seul deux ordres (1). En 1579 parait le Vindiciæ contra tyrannos de Hubert Languet : celui-ci accepte complètement les théories historiques de son -devancier ; mais, plus théologien qu'historien, il cherche toujours ses exemples et ses autorités dans les chroniques du peuple Juif. Les idées de ces deux publicistes répondent bien à celles de du Bartas : nul doute qu’il ne se soit inspiré d'eux. Au reste il ne faut pas, ainsi que l'on fait souvent, considérer le Vaindiciæ comme un pamphlet violent et fanatique : Languet, malgré la rigueur géométrique de sa méthode, reste toujours modéré; il se rend à lui-même cette justice dans sa préface (2), et nous devons reconnaitre que ce n’est pas sans raison. Assurément il parle avec une grande liberté d'expression et ne ménage point ses termes ; mais cette franchise n’est pas de la violence, et la crudité de son langage ne fait que s’accorder avec la logique de ses déductions : son œuvre est celle d’un homme éclairé, instruit, consciencieux, ferme dans ses principes, mais qui n’a rien d'un sectaire intolérant et farouche. Aussi ne devons-nous pas être surpris de l'influence incontestable qu'il exerça sur du Bartas. et dont nous retrouvons mainte trace dans la seconde Semaine (3). Sans doute notre poète semble accorder plus que lui, plus même que Hotman, à la prérogative royale : mais l'esprit qui l’anime est bien celui du Franco-Gallin et du Vindiciæ, l'esprit même de la Réforme. S'il ne va pas jusqu’à reconnaitre aux
(1) Ler ordre : Nobles. Z ordre : Juges et marchands. % ordre : Artisans et laboureurs. Quant au clergé, il ne doit plus avoir de puissance politique.
(2) « Summam animi moderationem. »
(3) Par exemple, dans le Portrait du tyran, que nous signalons quelques lignes plus bas : les principaux traits en ont été empruntés au Vindiciæ, p.174, li et 179; seulement, du Bartas les a resserrés pour donner plus de vigueur à sa peinture.
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États le droit de déposer le roi, c’est sans doute que, fidèle aux préceptes de l'Évangile et aux théories de Calvin, il ne permet pas à l'homme de renverser les puissances « autorisées par Dieu et représentant sa personne » (1). D'ailleurs, cherchant un juste milieu entre l’absolutisme, dont il connaît les vices, et la démocratie, dont les excès l’effraient, il le voit, comme Languet et Hotman, dans une royauté vraiment populaire par l'esprit qui l’inspire et les institutions qui la soutiennent.
Cette forme de gouvernement, du Bartas la trouvait au reste dans la Navarre et le Béarn, pays d’États et de représentation nationale, où la puissance du roi était contenue par celle des assemblées. On ne peut douter que le régime de liberté sage et de discipline éclairée, dont le poète avait sous les yeux les heureux effets, n’ait exercé une influence sensible sur la direction de ses idées politiques.
C'est à cette école encore, sous le règne de Jeanne d’Albret et de son fils, qu’il se forma une si haute opinion du caractère et des devoirs d’un roi. [Il suffit de lire dans la seconde Semaine (?2) les conseils que David mourant donne au jeune Salomon pour voir quel idéal du Bartas s’était fait du gouvernement monarchique. Dans un autre chant du même poème (3), il trace et oppose l’un à l’autre le portrait du roi et celui du tyran. C’est là, outre son intérêt actuel, un admirable passage que l’on peut sans hésitation mettre de pair avec le morceau célèbre où d’Aubigné fait les mêmes portraits (4).
Citons au moins le premier :
O que c’est un grand heur de vivre sous un Prince Qui préfère à son bien le bien de sa Province,
Qui, fléau des vicieux et des bons protecteur, Ouvre l'oreille au sage et la ferme au flatteur,
Qui, de soy-mesme roy, chasse plus tost les vices Par ses honnestes mœurs que par lois et supplices, Qui est humble en son âme et grave par dehors, Qui a l'amour des siens pour garde de son corps,
(1) Calvin. Znstit. chrét.
(2) Magnificence. na
(3) Babylone.
(4) Tragiques. — Ch: des Princes,
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Qui le lustre emperlé d'un sceptre n’idolastre, Et qui, se connoissant monté sur un théastre Où pour contrerolleur tout un monde le voit, Ne fait ce qui luy plaist, ains plus tost ce qu’il doit.
Pour bien comprendre et apprécier ces vers, qu’on pourrait être, au premier abord, tenté de regarder comme un beau lieu commun, il faut se rappeler sous quel rêgne du Bartas les écrivait; dès lors, chacun d'eux est un trait de satire, et le portrait du tyran, qui suit celui du bon prince, devient presque inutile, malgré la véhémence et l'énergie de la peinture.
Quelle que fût la haine du poète pour la tyrannie, tout ce que nous savons de son caractère doit nous faire rejeter, comme dépourvues de fondement, les accusations qu’il eut à subir, quand on voulut trouver dans sa Judith une justification du régicide, une apologie de l’assassinat politique. C'est en 1573 que parait la première édition de ce poème ; à cette date, un an après la Saint-Barthélemy, au milieu des fureurs de la guerre civile, le choix d’un pareil sujet ne pouvait guère manquer de donner matière à ces imputations. Si, dans les premiers temps de la Réforme, les protestants avaient subi la persécution religieuse jusqu’au martyre en victimes résignées, ils n'avaient pas tardé à comprendre que la résistance était pour eux un devoir envers la religion nouvelle, menacée par le catholicisme d’être noyée dans leur sang. Ils ne s’en tinrent pas à la guerre ouverte ; en 1593, il y avait déjà longtemps que le tyrannicide avait ses partisans déclarés et ses théoriciens officiels aussi bien chez eux que chez les catholiques ; dans les deux camps, le meurtre politique avait fait des victimes. Dès 1563, quand le duc de Guise a péri assassiné par Poltrot de Méré, les huguenots ont vu dans le meurtrier un héros et un libérateur. Bèze lui décerne la palme du martyre, Spifame le compare à David ; quant à Coligny, il déclare, avec une sincérité indubitable, qu’il n’a pris aucune part à l'assassinat, mais il reconnait hautement la légitimité du tyrannicide inspiré par le ciel. En 1567, le ministre Sureau publie un traité où il démontre que la loi divine autorise àtuer un prince persécuteur de la religion. Cette doctrine ne tarde pas à trouver des défenseurs dans Hubert Languet (1) et dans
(1) Languet ne reconnaît d’ailleurs la légitimité du tyrannicide qu'après bien des restrictions. D’après lui, les magistrats seuls ont le droit de résister au roi qui viole
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l'écossais Buchanan. Les traditions antiques qu'Amyot, La Boétie et tant d’autres, les uns par des traductions, les autres en s'inspirant de l'esprit grec et romain, avaient renouvelées et propagées parmi nous, suffiraient à expliquer comment la théorie du tyrannicide fut si aisément admise; d’autre part, les récits de l’ancien Testament ne devaient pas peu contribuer à exalter les huguenots qui en étaient tous nourris ; ici Brutus et Aristogiton, là Ahel et Jahod.
On comprend dès lors combien les accusations dirigées contre du Bartas pouvaient obtenir de crédit ; et, s’il avait écrit sa Judith dans le dessein de légitimer le tyrannicide, il n’eût fait en somme que se conformer à l'esprit général du temps. Mais nous le connaissons trop pour penser que, même dans son extrême jeunesse, il ait pu faire œuvre de fanatique et de sectaire Jusqu'à provoquer le poignard des assassins. La première édition de son poème renfermait quelques phrases, imprudentes peut-être, mais qui n’avaient point une telle portée. Il ne se contenta pas de les supprimer par la suite ; il fit précéder son œuvre d’une préface où il repousse toute pensée d’avoir voulu légitimer le régicide : « Ceux-là, y dit-il, me font grand tort, qui pensent que je me suis rendu volontaire advocat de ces esprits brouillons et séditieux, qui, pour servir à leurs passions, témérairement et d’un mouvement privé, conjurent contre la vie des Princes qui, pour leurs cruautez, actions insupportables et desbordemens domestiques, se sont comme degradez du vénérable et sacré tiltre de Royauté. Car tant s’en faut que j'estime que cet exemple et semblables doyvent estre tirez en conséquence, que mesme je me persuade que l'acte d’Ahod, de Jahel et de Judith (qui, sous couleur d’obéissance et prétexte d'amitié jettèrent leurs mains vengeresses sur Eglon, Sizarre et Holopherne), eust esté digne de cent potances, cent feux et cent roues, s'ils n’eussent esté péculièrement choisis de Dieu pour deslier les chaisnes et rompre les ceps qui tenoient le peuple hébreu en une servitude plus qu'égyptienne, voire expressément appellez pour faire mourir ces tyrans d’une mort autant ignominieuse que leur vie avoit esté meschante et abominable. » La restriction que fait le poète est fort dangereuse ; qui décidera si Poltrot
Ja loi de Dieu : « Les particuliers, dit-il, doivent plutôt renoncer à la vie que s'opposer à leur souverain.» Comme Coligny et comme du Bartas (v. ci-dessous), il excepte le cas où de simples citoyens sont suscilés par Dieu lui-même. /Vindicie, secunda quæstio. An licet resistere principi, etc., p. 32 et seq.).
de Méré ou Ravaillac ont été «péculièrement choisis de Dieu » comme les ministres de sa justice ? [l en est de du Bartas comme de Coligny : tous deux sont trop nourris des traditions hébraïques pour ne pas admettre des cas particuliers où le tyrannicide est divinement inspiré. Certes, nous pourrions désirer un désaveu plus formel, une condamnation absolue de l'assassinat politique en général; mais nous ne sommes pas fondés à suspecter la sincérité de ces paroles où le poète assure qu'on lui fait « grand tort » en lui attribuant le dessein de justifier le régicide. Au reste, l'inviolabilité du souverain est un dogme que du Bartas trouvait établi et consacré par les Ecritures. Dans la seconde Semaine, David, tenant Saül en sa puissance, se dit à lui-même :
De vray; €est un tyran, mais il porte la marque De prince légitime, et l'Eternel monarque
Ne veut que le vassal trempe jamais sa main, Quel prétexte qu'il ait, au sang du souverain (1).
Ces vers expriment sans doute les sentiments du poête à l'égard des Valois ; et il n’était pas de ceux qui pouvaient prendre les suggestions du fanatisme pour une vocation divine. Toutefois, lorsqu'il écrivait la Judith, dont il n'avait pas d’ailleurs choisi lui-même le sujet, sa pensée ne pouvait manquer de se reporter sans cesse et comme malgré lui sur les exécrables tyrans dont la France et le protestantisme étaient alors victimes, en attendant le règne réparateur du prince qui devait rendre à l’une la paix et la prospérité, et garantir à l’autre les droits inviolables de la conscience.
S'il ne vécut pas assez longtemps pour voir enfin s'ouvrir cette ère nouvelle, il eut du moins l'honneur de la pressentir et de la célébrer par avance. Du Bartas semblait prédestiné, par ses vues politiques, par ses idées de tolérance, par son passé tout entier, à être comme le poète ordinaire de Henri IV en même temps qu’un poète véritablement national. Aussi bien qualifié pour chanter les victoires du nouveau règne que pour en célébrer les gloires pacifiques, il aurait trouvé de nobles accents, dignes de son prince et de son pays; il eût été comme le héraut des temps nouveaux. C'est là le rôle qui échut à Malherbe : celui-ci le remplit glorieusement, et il faut cher- :
(1) 2e Semaine. — Trophées.