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cher la meilleure part de son œuvre dans ces odes que l'esprit du règne a pour ainsi dire marquées de son empreinte. Pourtant, si Malherbe semblait mieux fait, par son génie, pour imposer à la poésie l'ordre que Henri IV faisait prévaloir dans l'État, du Bartas aurait exprimé, avec moins de hauteur sans doute, mais avec un sentiment aussi juste, aussi sain, et peut-être plus large, plus libéral et plus humain, tout ce qu’il y avait de salutaire, de bienfaisant, de vraiment national dans la politique du règne nouveau.
Le chantre d’'Ivry confondait dans la même affection Henri IV, dont le bonheur de la France lui semblait dépendre, et la France elle-même. Les persécutions religieuses n'avaient jamais altéré en lui, comme chez plusieurs de ses coreligionnaires, cet amour si vif qu'il porta toujours à sa patrie; nous en trouvons dans ses œuvres de nombreux et éclatants témoignages. D'ailleurs, le patriotisme du poète est aussi élevé qu'ardent. Ce qu’il désire avant tout pour son pays, c’est la paix. Ce capitaine qui passa une si grande partie de son existence au milieu des camps, hâte de tous ses vœux la fin des guerres civiles, non pas seulement comme chrétien, mais aussi comme Français. De tels souhaits reviennent à chaque instant sous sa plume. Au deuxième jour de la seconde Semaine, en parlant des prodiges célestes, il n’a garde d'oublier la comète de 1577, et il cherche, dans ce présage de catastrophes prochaines, un moyen de ramener ses compatriotes à l’union et à la concorde. Au sixième jour, après avoir peint le combat de l'éléphant et du dragon, il revient sur ces luttes intestines dont sa pensée ne peut pas se détacher, et compare les Français, divisés en deux camps par «un fol zèle », aux monstres dont il a décrit l’acharnement meurtrier. Le traité de Fleix (1580), qui ne devait être qu'une bien courte trève, lui semble comme l’aurore d'une longue paix ; et, porté à croire ce que son cœur désire avec tant d’ardeur, il la chante dans une hymne éloquente et émue (1). Nul poète n’a trouvé, pour célébrer la concorde, des accents plus élevés et plus sincères.
Ici encore, c’est la fin des guerres civiles dont se félicite du Bartas ; la preuve en est dans le vœu qu’il exprime aux vers suivants, en invitant le roi de Navarre à mener boire ses soldats jusqu'aux
(1) Cette hymne est reproduite au commencement du chant des Artifices. — 2e Semaine,
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rives de l’Ebre. Ailleurs, il célèbre la paix non seulement entre ses concitoyens, mais encore avec les peuples étrangers :
Advienne que l’escu, l’espieu, le cimeterre, Soient transformez en socs pour sillonner la terre ; Puissé-je voir le doigt de l’araigne empesché
À filer dans le creux d’un casque empennaché (1)!
C'est sur la paix que du Bartas voudrait fonder la grandeur de son pays. Amour de la paix et de la patrie, ces deux sentiments se confondent dans son cœur comme dans ses chants.
Tout ce que nous connaissons de lui, soit en sa vie, soit en ses œuvres, nous le représente comme un huguenot fervent à la fois et modéré, comme un citoyen dont le patriotisme n'est pas moins éclairé que vif. La tolérance du poète, l'élévation de ses idées religieuses et politiques, lui font comme une place à part, loin de toute ardeur fanatique et de cet esprit sectaire qui, trop souvent, sacrifia la France même à ses fureurs.
(1) 2e Semaine. — Furies.