‹ La vie et les œuvres de Du BartasChapitre 13 sur 52 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

Baille, baille, Ô Tyran, la main dextre au Cilice

Et la gauche aux Médois; baille un bras au Phœnice Et l’autre à Ismaël : baille à l'Égyptien

L'un de tes blesmes pieds, et l’autre au Chæléen, Afin que toute gent par ton ost offensée

Soit d’un don si plaisant ores récompensée.

Le poème se termine par un cantique d'actions de grâces que chante la libératrice du peuple juif.

Telle est cette première œuvre de notre poète; plus oubliée encore que la Semaine, elle ne nous semble point inférieure, malgré tous les défauts que nous avons signalés, aux autres poèmes de son auteur. Du Bartas va prendre sans doute un plus grand essor et abordera de plus vastes sujets : mais nous ne trouverons nulle part plus d'animation, de mouvement et de vigueur.

C’est quatre ans après que parut la première Semaine, chez Michel Gadoulleau (1). L'édition publiée par Jean Février est de 1579: dans un avis au lecteur, du Bartas s’y plaint « de ce que ayant été contraint de faire transcrire à la haste ce livre par divers écrivains, et chacun d’eux ayant retenu son orthographe accoutumée, il est advenu que l’imprimeur qui a suivi cette copie a escrit un mesme mot tantost à l'antique, tantost à la nouvelle façon, et quelques fois encore a suivi une orthographe du tout pervertie. » Ce passage pourrait donner à penser que l’édition de Jean Février est la première. Au reste, nous lisons au bas du privilège que du Bartas « transmit son droit » aux deux libraires Février et Gadoulleau, ce qui permet de croire à deux éditions presque simultanées.

Quoi qu'il en soit, le poème de la Semaine mit sur-le-champ son auteur hors de pair. « Jamais livre ne fut recu ni lu en France avec plus d’applaudissement et d’admiration » (2). Bien que pareil sujet n’eût jamais encore été traité par un poète français {3), la conception de la Semaine n'appartient pourtant pas à du Bartas. « Georges Pisidas, diacre et chartulaire de la grande église de Constantinople

(1) Haag. France protestante.

(2) Eloge de Sainte-Marthe.

(3) On peut cependant rattacher la Semaine aux Bestiaires du moyen-âge, par l'inspiration morale dont elle procède. Nous insisterons sur cette analogie dans le

chapitre IV, æ partie. Pour Maur. Scève et le Microcosme, voir la suite de ce même chapitre.

(vers 620), avait composé un grand et vaste poème en vers ïambiques, intitulé Hexahéméron, que du Bartas, qui n'ignorait pas les poètes latins, ni les Grecs, imita en tout et partout, hormis en ses frontispices, en ses invocations et en ses épisodes, Du moins c’estoit la pensée de ce docte et fameux professeur du roi, Frédéric Morel, mon maistre, qui traduisit ce poème grec en vers latins » (1). Ainsi parle Colletet. Dans le second volume de l'édition publiée en 1611 (2), un sonnet, qui n’est pas signé, attribue à Pisidas l'honneur d’avoir « choisi des premiers » le sujet de la Semaine. Goujet, qui sans doute ne connaissait ni ces vers, ni les lignes que nous avons empruntées à Colletet, s'étonne (3) qu’ « aucun des critiques de du Bartas n’ait observé que notre poète avait plus qu'imité dans sa Semaine ce poème de Pisidas, traduit par Morel en iambes latins (4).»

(1) G. Colletet, op. cit.

(2) Pisidas, en vers grecs, des premiers, eut l'honneur De choisir ce sujet et d’en estre sonneur.

(3) Bibl. fr. ”

(4 On peut rapprocher encore de la re ou de la 2e Semaine plusieurs poèmes latins des premiers siècles de notre ère, qui traitent de sujets analogues.

Dès la première moitié du IVe siècle, Juvencus Proba fit paraître un Liber in Genesim en 1341 hexamètres. /Amplissima collectio, de Martène et Durand, t. IX, p. 14). La création tout entière y est racontée en 50 vers; les 1,300 autres vont jusqu’à la mort de Josué (50° et dernier chapitre de la Genèse). Juvencus suit pas à pas les Ecritures avec une fidélité scrupuleuse, mais absolument sèche et nue.

Au siècle suivant, Dracontius compose un Xexaméron (Bibl. Patrum, t. IX, p.724). Ce poème, qui va jusqu’à la Chute, est composé en tout de 5% hexamètres ; le seul passage qui prêterait à quelques rapprochements avec la 2e Semaine est la peinture de l’Eden, que l’on trouve au % jour:

. Omni pendent ex arbore fructus..

Hi ‘floret humus ARE sub vere perenni..

Ver ibi perpetuum..., etc.

Mais, on le voit, ces vers sont pour ainsi dire obligés dans une description du paradis.

Vers le milieu du même siècle, saint Hilaire d'Arles raconte en 250 vers l’origine et les premiers temps du monde.

A la même époque, Claudius Marius Victor publie trois livres de commentaires en vers hexamètres sur la Genèse {Bibl. Patrum, t. VIII, p. 417). Le récit de la création s’y termine à la troisième colonne ; dans le tableau de l'Eden, quelques traits, analogues à ceux que nous citons plus haut, peuvent nous faire songer au passage correspondant de la 2e Semaine; mais ce sont là des ressemblances inévitables. Notons encore dans l'épisode de Babel (% livre, p. 424), un ou deux détails que nous retrouvons chez du Bartas, et, dans celui de Sodome, par lequel se termine le poème, ces vers d'assez mauvais goût :

(Deus) ner fortasse notabat Luxuriæ calidos ignes. . . . . .

NN EN cælestibus undis

Exstinctum quandoque iri.

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