‹ La vie et les œuvres de Du BartasChapitre 30 sur 52 · USAGE DES SUBSTANTIFS · texte numérisé non relu

USAGE DES SUBSTANTIFS

Un certain nombre de substantifs sont chez du Bartas d’un autre genre que dans l'usage moderne :

AFFAIRE. Quel important affaire (1,1). Desaffaires humains (IT, Ed.). G. P. 13

Dans l’ancienne langue le mot affaire était toujours masculin, comme tous les infinitifs pris substantivement. Vaugelas (I, 386) dit qu'il est toujours féminin à la cour et dans les bons auteurs. Cependant, même au milieu du XVII siècle, certains grammairiens le faisaient masculin lorsqu'il était p'acé après l'adjectif. — Aïpe. Tout aide défaut (II, Loy.). Ce mot est souvent masculin au moyen âge. — Amour est masculin ou féminin indifféremment. Ex.: Le volage amour (I, 2). Ses amours vagabondes (I, 5). D'une amour extresme (II Fur.). Un amour singulier (II, Voc.). Vaugelas (II, 107) admet les deux genres pour ce mot : il a été masculin et féminin dans les deux siècles derniers. — APPROCHE. Par son approche ombreux (II, Magn.). Et les approches faits (II, Imp.). — ArcHE. Je ne sçai quel arche (II, Déc.). Mais : Elle (l'arche) fut le butin (Jud. 1). — Arpeur. Avecque tel ardeur (11, Magn.). C’est un latinisme que l'emploi de ce mot au masculin. — ARTÈRES. Artères mouvans (I, 6). Un artère venteux (II, Imp.). — Ave. Es auges communs (Jud. 3). — AuGure. Marchez sous bonne augure (II, Cap.). — BRoCATEL pour brocatelle). Le brocatel luisant (II, Magnif.). — Baume. La baume (I, 3). Mais: Le baume (I, 5). — Carrosse. La carrosse azurée (II, Magn.). Carrozza est féminin en italien. — CuirFRe. Se mesconte en sa chiffre {I, 1). Ce mot avait été féminin dans la vieille langue. — Cocxe. La coche d'Israël (IT, Ci). Mais ailleurs : Le coche. Le genre de ce mot est indécis au XVI° siècle, — Comère. Un comète (II, Bab.). Un comète allumé (IF, Cis). Ce mot, qui avait d’abord été féminin, devint maseulin au XVI siècle par des raisons d’étymologie. Après une assez longue période d'incertitude, il est redevenu féminin. — Coureuvre. Les replis d'un coulcuvre (II, Imp.) Les jaunes plis du couleuvre (II, Ci), Le couleuvre d’airain (II, Déc.). — Crise. Un médecin venu le jour du crise (If, Troph}. — Courze. Un couple de sergens (1, 5). Le genre de ce mot fut incertain de très bonne heure. La règle actuelle, qui distingue par le sens l'emploi du masculin et du féminin, est relativement récente. Racine dit encore : De ce couple perñde (Esth. 529), en parlant de deux assassins. — DéLices. Les courtisans délices (IT, Fur.). Au temps de Vaugelas (I, 390), délice s'employait encore au singulier et au masculin. L'Académie (1694) et Furetière (1690) permettent de dire : Un grand délice. — Disme. Tout disme (IT, Ed.). En provencal,

desme ou deime est masculin. — Dxrre. Fait le dette plus grand (Jud. 3). Ce mot varie de genre au XVI siècle, Montaigne le fait tantôt masculin, tantôt féminin Le masculin est plus fidèle à l’étymologie. — Dor. Ses dots presque royaux (Jud. 4). Employé longtemps avec ce genre. — Eczrrse. Un éclipse (IT, Troph.). — ERREUR. ;L’erreur commun (II, Voc.). Leur premier erreur (Triomphe, 2). L'erreur pervers (Ibid.). Vaugelas dit (II, 284) : « Je vois tous les jours des personnes bien sçavantes qui font erreur masculin ». — Esrupe. Mon estude passé (II, Fur). Vaugelas a encore besoin de rappeler (I, 309) que ce mot est féminin dans tous les sens. Ménage le prétendait du masculin dans celui de travail. La Bruyère dit : Cet étude (II, 202, dans les éditions, 1-5). — ExTase. Son extase est petit (II, Ed.).— Exrrême. D'une extresme vous pousse en l’autre extresmité (II, Arche). — Fasres. Fastes éternelles (1, 4). — Foupre. Et rende par son bruit contemptible le foudre. Salpestré foudre (I, 2). Le foudre (I, 2). Du foudre (I, 2). Mais : La foudre (I, 6). Vaugelas (I, 495) dit que le mot est masculin ou féminin indifféremment (Cf. Lexique de Corneille). — GARDE-ROB&. Si ses gardes robes ne sont toujours comblez (I, 3). Ce mot avait été féminin dans l’ancienne langue. Au XVIe siècle, on tente de le faire masculin, pour le ramener au genre de tous les mots analogues. — GUENON. Guenon affecté (I, 2). L'accort guenon ([, 6). — Guypx. Sa guyde (II. Loy.) La guyde (IT, Magn.). Le mot a encore ce genre au XVII siècle. Lafontaine dit : La guide nouvelle (Fabl. VIT, 17); Bossuet : Sous la guide (Avert. sur le liv. Réf. mor.). Chaulieu : La guide la plus fidèle {Contre l'esprit). — Hécaromse. Maint souëf hécatombe (Jud. 1). — Hor- LOGx. Cest horloge-ci (II, Déc.). — Humeur. Un humeur corrosif (I, 2). L’humeur surabondant (I, 2). Mais ailleurs, féminin. L’emploi de ce mot au masculin est un latinisme fréquent au XVI: siècle. — ImaGe. Son saint image (I, 6). Un mort image (I, 7). Un parfait image (Ibid.). Un résonnant image (IT, Bab.). Mais on trouve aussi : Les vives images (II, Voc.\. Vive image (Tri. 3). Ce substantif avait les deux genres au XVIe siècle. — Lrimires. Les limites prescripts (Tri. 4). Vaugelas (IT, 422) dit que ce mot est du masculin. Furetière et Ménage sont du même avis. Corneille écrit : Ta miséricorde excédant tous limites (Imit.). — MarGe. Et l’un et l’autre marge (II, Css). Le marge labouré (I, 6). Souvent masculin

au XVI siècle. — MonrTre. En monstre general ils marchèrent (IT, Bab,). — Nacre. Un luisant nacre (IT, Loy). — OxGze. Une ongle acérée (II, Déc.). D'une ongle superbe (Jud. 4). « Ce mot, dit Vaugelas, est toujours masculin (IT, 422) ; le faire féminin, c’est parler comme on parle en Savoie, en Dauphiné et à Lyon.» Cf. Lafontaine : Elle sent son ongle maline {Fab. VI, 15).— OrGx. L’orge n’est produit (II, Imp.). Encore masculin dans certaines locutions. Bossuet lui a donné ce genre : On aura de l’orge moulu (El. sur myst. I, 8). — OrG1e. Des orgies criars (1, 7j. Ce mot, qui date du XVI siècle, y est masculin. — PaLeGMr. Une phlegme espaisse (IT, Fur.). Mais ailleurs : Le phlegme ([bid.). — PLarp. Une pleide en escharpe (IL, Troph.). — Pruinre. Un plinthe bien seur (IT. Bab.). Mot masculin au XVI® siècle. La Fontaine a dit : Sur chaque côté du plinthe (Psych. I, p. 158). — Porson. La poison cruelle (IT, Fur.). Et toutes ses poisons (IT, Loy). Poison était féminin dans l’ancienne langue, conformément à l’étymologie. Vaugelas (1, 97) dit « que quelques-uns de nos meilleurs auteurs l’emploient ainsi ». 1 rappelle (IT, 308) que Malherbe l’a fait quelquefois féminin, et que d'ordinaire les Parisiens lui donnent ce genre. Ménage pense qu’on pourrait encore le lui conserver dans les vers. — Popucace. Du confus populace (Il, Bab.). Un grossier populace (IT, Loy). Le béant populace (IT, Déc.). On trouve dans la Boétie : Le gros populas (Serv. vol.). — Pourpre. Le pourpre sur sa joue (II, Troph.). Vaugelas dit (I, 16): « Les uns s’obstinent à faire pourpre masculin quand il signifie la pourpre des Roys, quoyque toute la cour et les autheurs le facent en cesens là de l’autre genre ». — RENCONTRE. À cest heureux rencontre (If, Artif.). L'esblouissant rencontre (IT, Loy). D'après Pasquier, c'est un gasconisme de faire ce mot masculin. Vaugelas (I, 74) dit qu’il est toujours féminin. Patru remarque que quelques célèbres auteurs le font masculin, Th. Corneille qu'on dit bien souvent en ce rencontre. Cf. La Bruyère : En ce rencontre (II, 194). P. Corneille : même locution (S. du Ment., 135 var.). — SCaLPELLE comme scapel. Prendrai-je la scapelle Pour voir les cabinets de la double cervelle ? (1, 6, p. 152). — Traz. Quel tige ? (II, Ed.). Au XVI siècle, dit Littré, tige devint masculin chez quelques-uns, malgré l’étymologie et l'usage plus ancien. — TrariQue. Une impure trafique (II, Loy). Ce mot a les deux genres au XVI siècle. — ULcÈRE. Cuisantes

ulcères (Jud. 2). Vaugelas (II, 80) dit que plusieurs à la cour font le mot féminin.

Du Bartas francise sans scrupule les noms propres : les noms de personnes sont souvent fort maltraités : il dit Galère, Catiline, Dèce, Licin, Neptun, Héracle, Archite, Ezéchie, etc.

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