USAGE DES RELATIFS
Qui est souvent employé pour lequel. Ex.: Un pont sur qui l’on peut passer (I, 1). Les maux obstinez par qui... (II, Fur.). Un haubergeon de qui le tremblement... (II, Art.). L’arbrisseau à qui... (II, Cap.), etc. — « Qui, au génitif, datif et ablatif, dit Vaugelas, ne s’attribue jamais qu'aux personnes. » Cette règle n’est observée ni par Corneille, ni par Molière, ni par aucun de nos grands écrivains. Ex.: Soutiendrez-vous un faix sous qui Rome succombe ? (Corn. Sert.) Une de ces injures pour qui un honnête homme doit périr (Molière). Un prix à qui tout cède (Racine).
À l'inverse, du Bartas emploie lequel pour qui. Ex.: Oiseaux dignes de los, lesquels, ô Dieu, tu fis (1, 5). Il doit imiter l'or duquel la riche masse (I, 7). Cf. Molière : Ce raisonnement-ci lequel est le plus fort.
Quoi est mis pour ce que. Ex.: Quoy voyant, l'Eternel... (I, Bab.). Vaugelas (II, 464) dit: « Quoy pour ce que ne vaut rien. » Mais ce latinisme était encore usité de son temps.
Qui équivaut quelquefois à si l’on... Ex.: Qui raseroit l'honneur dont son menton se frise Le prendroit aisément pour l’amie d'Anchise (Il, Troph.). Cette tournure se retrouve souvent dans Cor-
neille et dans Me, de Sévigné. Ex.: Qui pourroit toutefois en détourner Lysandre, Ce serait le plus sûr (Gal. du Pal. 1069).
: Du Bartas met souvent que au lieu de où, dans lequel. Ex.: Donne l'assaut En l’endroit qu'il remarque un évident défaut (II, Imp.). Au siècle que nous sommes (II, Artif.). Jusqu'à l’heure qu'il voit (Ibid.). L'air s'endort par tous les lieux qu'il glisse (II, Voc.). Cette construction est très fréquente au XVII® siècle. Cf. Corneille : En l'état qu'est son sort et le mien (Att. 1434); Bossuet : Au moment que j'ouvre la bouche (Or. fun. Condé).
Lequel est quelquefois mis pour celui-ci sans égard à la liaison que ce relatif renferme implicitement. Ex. : Tous servoyent de parterre et deux de sacremens, Et desquels le premier (II, Ed.). ee
Dans les propositions coordonnées où l’usage moderne demande que le relatif soit répété devant le verbe de chaque proposition, du Bartas ne l’exprime généralement qu'une fois. Ex.: Un tempéré climat que la mignarde Flore Pare du bel esmail des printanières fleurs, Pomone orne de fruicts, Zéphyre emplit d'odeurs (II, Ed.). Cette construction se retrouve dans Corneille.
Le relatif qui exprimé d’abord en qualité de complément peut être sous entendu comme sujet dans une nouvelle proposition. Ex. : Ceux... dont la charmeuse bouche Les Susanes esbranle, et tousjours affamez Volent à tout gibier (IT, Fur). Une tour que cent maçons .. sappent..., et par dehors roulant Tonnerreuse fait bresche (II, Troph.).
Le relatif est parfois remplacé dans la deuxième proposition par un démonstratif : Ex. : Deux messagers célestes Que Loth quasi contraint d'aller chez soy loger, Et les croyant mortels... (II, Voc.). Dom Jean, Dont le ciel a voulu faire monstre à la terre Et puis l’a retiré... (Lép.). Ces monts que tu nommes à tort la honte de la terre, Et crois que l'Eternel, Ô profane fureur, Les forma par malice (II, Ces). C'est là une construction toute latine. On la retrouve d’ailleurs au XVI[° siècle. Ex. : Le druide Adamas, à qui les bergères du Lignon allaient conter leurs infortunes, et en recevaient... (Sévigné).
Du Bartas dit : Je ne suis un démon qui viens (II, Voc.). Dans cet exemple l'accord remonte jusqu’au sujet de la proposition principale. C’est ainsi que Corneille a écrit : Je suis ce fâcheux qui
nuis par ma présence. . (Ment. 1069). On trouve encore, comme dans Bossuet : Je suis celuy qui suis. Mais ailleurs : Je suis cil qu’il seul est (Jud., 2).