‹ La vie et les œuvres de l'abbé GrégoireChapitre 17 sur 52 · Mi'tn., t. 1", J · texte numérisé non relu

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garant de Timpatience avec laquelle nous vous attendons.» La Convention prend possession de la salle, Pétion occupe le fauteuil de la présidence, Grégoire déclare à plusieurs membres qu'il va demander l'abolition de la royauté et la création de la République ; on l'engage à attendre, le moment n'est pas opportun.,. « Nous ne sommes pas juges de la royauté, dit Quinette^ c'est le peuple... CoUot d'Herbois me prévint et se borna à énoncer cette proposition, je m'empressai d'en développer les motifs. » Le Moniteur cite ses paroles : « Certes, personne ne proposera de conserver en France la race maudite des rois..., nous savons trop bien que toutes les dynasties n'ont jamais été que des races dévorantes, qui ne vivaient que de chair humaine..., je demande donc que par une loi solennelle vous consacriez l'abolition de la royauté. » L'Assemblée se lève et décrète par acclamation la proposition de M. Grégoire; sur la motion de Danton, elle proclame la République française une et indivisible.

iO octobre. — Grégoire soumet à l'Assemblée le tableau des documents déposés aux archives : 811 liasses de procès-verbaux des assemblées électorales pour l'élection des députés de la Constituante ; 47 volumes in-folio contenant la collection des procès-verbaux de cette Assemblée, qui a rendu 5,077 décrets; la déclaration des droits de l'homme renfermée dans une boîte en fer, enfin une copie des décrets de la Législative, au nombre de i ,262.

3i octobre. — Au nom du comité diplomatique, il fait un rapport sur l'affaire des trois officiers suisses détenus à Soleure, « pour leur attachement aux principes

de la Révolution française... On trame à Soleure et à Fribourg contre la France... On a fait défense au régiment de Vigier de fréquenter les Sociétés populaires ... La République ne veut pas s'immiscer dans le gouvernement intérieur de Soleure, mais le mépris pour ses principes et la persécution contre ceux qui les professent sont une véritable atteinte au droit des gens et la haine de notre Révolution est une véritable infraction au traité d'alliance... >

iO novembre. — On lit une adresse des Amis du peuple de la Grande-Bretagne, de la ville de Neuwingten, à la Convention, Grégoire demande que le président écrive à cette Société pour lui exprimer sa reconnaissance...

i5 novembre. — L'Assemblée a commencé le 13 les tristes débats sur le procès de Louis XVI, Grégoire a la parole : « La postérité s'étonnera peut-être que Ton ait pu mettre en question si une nation entière peut juger son premier commis, mais il y a seize mois, à cette tribune, j'ai prouvé que Louis XVI pouvait être mis en jugement. J'avais l'honneur de figurer dans la classe peu nombreuse des patriotes qui luttaient avec désavantage contre la masse des brigands de la Constituante, des huées furent le prix de mon courage. Citoyens, je viens plaider la même cause, je parle à des hommes justes, ils m'écouteront avec l'indulgence et le calme de la raison... > Il rappelle les exemples cités par le rapporteur du comité, il insulte ses collègues de la Constituante... «Tous ces êtres vils qui, prostituant le caractère auguste du législateur, lui avaient substitué celui de valets de cour..., ils voulaient, sous un autre nom, devenir maires du palais.

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à Tombre tutélaire de rinviolabilité... Leurs hérésies politiques étaient des dogmes pour un peuple toujours enclin à l'idolâtrie de la royauté... Un parjure, une trahison, un meurtre sont à la vérité des actions royales quant au fait, mais quant au droit, ces crimes rentrent dans la classe des délits privés... L'inviolabilité absolue serait une monstruosité... » Après avoir discuté les principes, il passe à leur application : a. La royauté fut toujours pour moi un objet d'horreur, mais Louis XVI n'en est plus revêtu, je me dépouille de tout animadversion contre lui pour le juger d'une manière impartiale ; d'ailleurs, il a tant fait pour obtenir le mépris, qu'il n'y a plus place à la haine... Jamais il ne fut un roi constitutionnel, non pas, comme l'a dit un des préopinants, qu'il n'y eût pas de Constitution..., nous en avions une détestable... Quand désertant son poste, le roi s'enfuit, il nous laissa une protestation... qui est une véritable abdication...,il a réduit l'art de la contre-révolution en système..., il fut toujours le chef des conspirateurs... Quel homme s'est joué avec plus d'effronterie de la foi des serments? C'est dans cette enceinte que je disais aux législateurs : il jurera tout, il ne tiendra rien... Ce digne représentant de Louis XI venait, sans y être invité, dire à l'Assemblée que les plus dangereux ennemis de l'État étaient ceux qui répandaient des doutes sur sa loyauté et, rentrant dans son tripot monarchique, dans ce château, la tanière de tous les crimes, il allait, avec Jésabel, avec la cour,, combiner et mûrir tous les genres de perfidie... Il ourdissait les complots de la guerre étrangère, il invoquait contre la Révolution toute la meute des rois... Comme parjure, comme contre-révolutionnaire, il aurait encouru

la déchéance..., ne pas le juger ce serait aller contre le texte et Tesprit de la Constitution... J'évoque ici tous les martyrs de la liberté..., est-il un parent, un ami de nos frères immolés sur la frontière ou dans la journée du 10 août, qui n'ait eu le droit de traîner son cadavre aux pieds de Louis, en lui disant : Voilà ton ouvrage ! Et moi aussi je réprouve la peine de mort..., un reste de barbarie destiné à disparaître des codes européens... Il suffit à la société que le coupable ne puisse plus nuire. Assimilé en tout aux autres criminels, Louis Capet partagera le bienfait de la loi, si vous abolissez la peine de mort; vous le condamnerez alors à Texistence, afin que rhorreur de ses forfaits l'assiège sans cesse et le poursuive dans la solitude; mais le repentir est-il fait pour les rois? L'histoire, qui burinera ses crimes, pourra le peindre d'un seul mot: aux Tuileries, des milliers d'hommes étaient égorgés, le bruit du canon annonçait un carnage effroyable et ici, dans cette salle, il mangeait! Ses trahisons ont amené notre délivrance..., l'impulsion est donnée à l'Europe entière, la lassitude des peuples est à son comble, tous s'élancent vers la liberté, le volcan va faire explosion... Qu'arriverait-il si, au moment où les peuples vont briser leurs fers, vous assuriez l'impunité de Louis XVI, ce serait un outrage à lajustice, un attentat contre la liberté universelle ! Par tous ses actes, il est soumis à la loi ; il ne peut se parer du bouclier de l'inviolabilité... Ouvrez la loi, voyez ce qu'elle prononce contre ses innombrables crimes... Il ne fut jamais que le bourreau du peuple... Il est un prisonnier de guerre, il doit être traité comme un ennemi!... Je conclus donc à ce qu'il soit mis en jugement, d

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d6 novembre. — Grégoire est élu président de la Convention par 246 suffrages sur 352 votants.

20 novembre, — Le jour même où Grégoire lisait une lettre du ministre de la guerre, qui est, disait-il, un supplément à la confession générale des fripons, le citoyen Doppet, colonel de la légion allobroge, apporte une adresse de l'Assemblée nationale de Chambéry, qui demande à être unie à la République française et à en faire partie intégrante. Grégoire lui répond : ^ Ce fut un grand jour pour l'univers et une ère nouvelle, que celui où la Convention nationale prononça ces mots : la royauté est abolie ! Depuis l'origine des sociétés, les rois sont en révolte contre les peuples... La raison... déroule la grande Charte des droits de rhomme,répouvantail des despotes... Semblable à la poudre, plus la liberté a été comprimée, plus son explosion sera terrible... L'orgueil stupide des tyrans sera humilié, les négriers et les rois feront l'horreur de l'Europe purifiée. Leur perfidie héréditaire n'existera plus que dans les archives du crime... Ne craignez pas les menaces des despotes... Les statues de Capet ont roulé dans la poussière, elles se changent en canons... Si quelqu'un tentait de nous imposer de nouveaux fers, nous les briserions sur sa tête... La liberté ne périra chez nous que quand il n'y aura plus de Français ! Généreux Savoisiens, vous désirez vous incorporer à la République, la Convention pèsera, discutera solennellement une demande de cette importance, quelle que soit sa décision, dans les Français vous trouverez toujours des amis... Développons, vivifions cette justice universelle, qui trace aux nations l'étendue de leurs droits, le cercle de leurs devoirs... Que nos bras

s'étendent vers les tyrans pour les combattre, vers les hommes pour les embrasser, vers le ciel pour le bénir... Formons un concert d'allégresse qui augmentera le désespoir farouche des tyrans et Tespoir des peuples opprimés... Un siècle nouveau va s'ouvrir, la liberté planera sur toute l'Europe, il n'y aura plus ni forteresses, ni frontières, ni peuples étrangers! > L'Assemblée entière se lève au cri de : « Vivent les nations.]» Le président donne aux députés le baiser fraternel, Barère, «l'Anacréon de la guillotine», demande que la réponse de Grégoire soit traduite dans toutes les langues, car a c'est le manifeste de tous les peuples contre tous les rois » . On applaudit.

28 novembre. — Au nom des comités de Constitution et de diplomatique, Grégoire'présente un long rapport sur l'incorporation de la Savoie à la France. (7 colonnes du Moniteur.) Après quelques phrases obligatoires sur le fanatisme, la tyrannie, la RépubUque universelle, le droit des peuples, le système fédératif, « qui serait l'arrêt de mort de la République » , il traite la question c dans l'ordre du réel et de l'utile » ; il décrit la situation -topographique des sept provinces de la Savoie, il constate l'unanimité des voix, les pouvoirs des députés, le courage de ces populations ce qui ont démoli un trône, aboli la royauté, la noblesse, la gabelle et la torture». L'intérêt politique de la France lui permet-il de s'agrandir? C'est un problème dont il tente la solution...? Il appelle le passé au conseil du temps présent... Les grands États de l'Asie, Rome exténuée par sa grandeur, les empires de Charlemagne, de Tamerlan ont disparu... «Tous ont trouvé dans leur trop grande étendue une des causes

principales de leur dissolution. . . On peut prédire qu'avant la fin du siècle prochain, la Russie sera démembrée... La domination universelle était le projet de Louis XIV, dès lors il ne peut être le nôtre ; quoi de commun entre les rêves ambitieux d'un roi et la loyauté d'un peuple libre? (On applaudit.) La France est un tout qui se suflSt à luimême... Nos armées victorieuses se contentent d'avoir brisé les fers des peuples opprimés, elles leur laissent la faculté de délibérer sur le choix de leur gouvernement... à moins qu'ils ne veulent remplacer le tyran par des tyrans, car si mon voisin nourrit des serpents, fai le droit de les étouffer,.. (On applaudit.) Il conclut : Nous devons accepter l'offre... Conformité de mœurs, d'idiomes, rapports habituels, considérationè stratégiques... « La contrée où sont situés les Thermopyles de la République est aussi la patrie des Spartiates. > Il fait valoir les avantages financiers : il évalue à vingt millions les biens du clergé et des émigrés; les mines d'antimoine, de cuivre, de fer, le chanvre, le miel, le suif, le cuir sont des sources de revenus... La Savoie, elle aussi, trouvera de sérieux avantages dans l'annexion... Ilotes du Piémont, les Savoisiens sont menacés de l'invasion des despotes concertés... «La générosité commande de leur ouvrir notre sein..., le sort en est jeté... Tous les gouvernements sont nos ennemis, tous les peuples sont nos amis, nous serons détruits ou ils seront libres... Ils le seront et la hache de la hberté, après avoir brisé les trônes, s'abaissera sur la tête de quiconque voudrait en rassembler les débris ! » (Nouveaux applaudissements.) L'Assemblée adopte le projet de décret d'incorporation ; Grégoire termine un discours aux députés par ces mots :

c Dans la chute prochaine et nécessaire de tous les rois, le seul Irône sera celui de la hberlé ; assise sur le mont Blanc..., elle étendra ses mains triomphales sur tout l'univers. »

23 novembre., — Une députation de citoyens anglais et irlandais se présente à la barre, le président répond à ses féUcitations : « Oui, vous êtes ici au miUeu de vos frères, la nature et les principes vous rapprochent de nous, la royauté est en Europe ou détruite ou agon^ santé... La déclaration des droits va dévorer les trônes..., le moment est proche où les Français iront féliciter la Convention nationale de la Grande-Bretagne... S'il y a eu des luttes séculaires, c'est que l'ambition des rois voulait faire oublier que la nature ne fait que des frères. î

29 novembre. — Les députés Simon, Grégoire , Hérault de Séchelles et Fagot sont nommés à la suite d'un scrutin, commissaires pour l'installation du département du Mont-Blanc et pour l'organisation du département des Alpes-Maritimes. Grégoire publie, en italien, deux adresses aux citoyens des Alpes-Maritimes et du Valais : a Indirizzo ai ciiladini del dipariimento deUe Alpi Maritime, del ciitadino Gregorio, depuiato e commissario délia Convenzione in questo dipariimento. In Nizza, presso Conguet padre e figlio^ stampatori dei commissari délia Conventions (in-8°, 32 pO-U commence ainsi : No, non è vero, che le leggi francese abbian cangionato il minimo cambiamenio alla religione caltolica, apostolica, romana... L'adresse est divisée en chapitres: Soppressione dei canonici, monaci, frati. — Nuovo distretio délie diocesi. — Elezione di Vescovi. — Vnione col papa,,. Il explique, il réfute, il cherche à calmer les

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consciences alarmées. -^ Indirizzo agli abitanii del Valese (1793, in-8°).

i793. 20 janvier. — Au moment du jugement du roi, Grégoire est à Chambéry, ses trois collègues rédigent une lettre qui contient leur vote pour la condamnation à mort... a Absent, libre de se taire », il refuse de la signer et il fait adopter la rédaction suivante, « qui respire des sentiments peu conformes à Thumanité et à la religion^ ». « Nous apprenons par les papiers publics que la Convention doit prononcer demain sur Louis Capet. Privés de prendre part à vos délibérations, mais instruits, par une lecture réfléchie des pièces imprimées et par la connaissance que chacun de nous avait acquise depuis longtemps des trahisons non interrompues de ce roi parjure..., nous déclarons que notre vœu est pour la condamnation de Louis Capet... sans appel au peuple. — Nous proférons ce vœu dans la plus intime conviction, à cette distance des agitations où la vérité se montre sans mélange et dans le voisinage du tyran piémontais. » L'original de cette lettre, signée par les quatre commissaires, est conservé aux Archives nationales. — On a beaucoup discuté la question de savoir si Grégoire fut régicide : en fait, l'omission du mot décisif mort et Tabsence de son nom sur la liste de ceux qui votèrent la peine capitale, lui permirent de protester contre ce qu'il appelait une calomnie, mais les termes de sa lettre, les nombreux discours et les écrits, dont j'ai reproduit les expressions de haine, lui donnèrent, durant la Terreur, le bénéfice et la sécurité du régicide; on a remarqué

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