‹ La vie et les œuvres de l'abbé GrégoireChapitre 18 sur 52 · Thieis · texte numérisé non relu

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aussi que jamais il n'a exprimé le plus léger blâme sur la conduite de ceux de ses collègues qui jugèrent utile, dit M. Carnot, a de donner à TEurope attentive un grand exemple de sévérité nationale » .

P^juin. — Le tocsin sonne dans plusieurs quartiers, la Convention n*est pas convoquée ; la droite est absente. . . € Les patriotes y sont, dit Legendre, nous y resterons, nous délibérerons. » La Montagne triomphe, la Gironde va expier sa participation aux crimes de la populace... Une députation du département et de la commune vient imposer à TAssemblée les dernières mesures arrêtées par le Comité de salut public. Elle exige un décret d'accusation contre trente-sept membres de la Convention... Lanjuinais proteste, il repousse avec indignation les insolentes injonctions d'une commune illégale... On l'arrache de la tribune... Grégoire occupe le fauteuil de la présidence ; il se couvre : « La scène qui vient de se passer est des plus affligeantes, la liberté périra si vous continuez... S'il y 91 des traîtres parmi nous, il faut qu'ils soient jugés et qu'ils tombent sous les coups de la loi... Avant de les punir, il faut prouver leur crime... La Convention examinera votre demande... Elle vous invite aux honneurs de la séance. » 11 se montre hostile aux Girondins, il les défend mal, ou plutôt il les accuse : «Ils ont répandu des soupçons injurieux..., estimables citoyens, l'absurdité des calomnies inventées contre Paris couvre de honte leurs inventeurs ! Non, elle ne disparaîtra pas, cette noble cité qui, dans les décombres de la Bastille, a retrouvé la charte de nos droits! Vainement, les aristocrates, les royalistes, les fédéralistes essaient de nous diviser... Les orages de la Révolution

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ne feront que resserrer les liens qui unissent les Parisiens et leurs frères des départements. » Après une discussion orageuse, on décrète d'arrestation les membres de la commission des douze elles vingt-cinq députés dénoncés. Aux termes du décret, ils ne sont pas immédiatement incarcérés, mais consignés chez eux, sous la garde d'un gendarme, qu'ils doivent nourrir. Le 26 juillet, on emprisonne les huit qui n'ont pas fui, on déclare traîtres à la patrie les vingt-neuf qui ont quitté Paris. — Aux Jacobins, un affidé de Robespierre vante l'impartialité de Grégoire dans la séance du l*'juin; M™* Rolland, plus juste, se montre indignée de la lâcheté du président.

4 juin. — Une femme noire, âgée de 114 ans, accompagne une députation d'hommes de couleur, qui vient féliciter et remercier l'Assemblée ; Grégoire fait inscrire au procès -verbal l'honneur rendu à la centenaire : «L'humanité et la philosophie de l'Assemblée feront disparaître l'aristocratie de la peau, que les décrets de la Constituante ont pour ainsi dire consacrée. »

18 juin. — Grégoire prend une large part aux discussions relatives à la nouvelle Constitution; il écoute, sans protester, un rapport du ministre de la justice sur l'état exact des députés mis en arrestation. Son fidèle ami Lanjuinais est en tête de la Hsle : il a réclamé pour Capet les garanties dues à tout accusé ; il a repoussé avec indignation l'abominable décret du 10 juin 1793, qui était l'effroi même des patriotes. — Couthon et Robespierre avaient préparé ce décret afin de rendre plus expéditive la procédure révolutionnaire.

i" juillet. — Au nom du comité des finances, Mallarmé propose la suppression d'une partie des vicaires généraux.

Févêque de Blois appuie la proposition : <iLeur suppression est commandée par le besoin où l'on est de pasteurs dans beaucoup de cures ; ils sont aussi inutiles que Tétaient les chanoines. » Il avait été malheureux dans ses choix, Chabot avait apostasie. Nusse, qui se rétracta en 1795, reprochait à Grégoire « sa vie burlesquement pontificale, ses fréquentes glorifications du régicide. Lorsque la morale des assassinats était en vogue, vous placiez la statue de Brutus à côté des saintes images et je vous ai vu célébrer la messe au pied de la statue de Mirabeau. »

27 juillet. — Le ministre de l'intérieur propose de supprimer les primes accordées pour la traite des nègres: « Jusques à quand, citoyens, s'écrie Grégoire, permettrez-vous ce commerce infâme ? Je demande que vous décrétiez à l'instant qu'il ne sera plus accordé de primes aux vaisseaux négriers. » La proposition est décrétée; cette prime annuelle était de 2,500,000 fr.

29 juillet. — Au nom des commissaires chargés d*organiser les départements du* Mont-Blanc et des Alpes- Maritimes, Grégoire présente un rapport en neuf chapitres ; c'est une page d'histoire qu'il faut méditer, en voici quelques extraits : « Durant une absence de six mois, ils ont consacré tous leurs moments à un travail immense; le fanatisme a excité quelques troubles au sujet de l'état civil du clergé, nous avons tâché de prévenir ses explosions par la voie douce de l'instruction et de la bienveillance, un journaliste appelle cela de la persécution... » Le journaliste avait raison, la persécution fut violente ; j'en cite un exemple entre cent : un jour, l'évêque constitutionnel célébrait la messe à la cathédrale, le marquis de Mnrinet se permit des insultes contre

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celui qu'il appelait un intrus; conduit aux prisons de Tarchevêché, il fut enfermé avec des malfaiteurs, maltraité par les geôliers. Délivré, à la mort de Robespierre, le marquis avait perdu la santé et la raison. Le fait m'a été affirmé par le marquis Costa de Beauregard, qui m'a donné de tristes détails sur la mission de Grégoire en 1793 *. Le rapport constate que l'on ne fréquente pas les assemblées prescrites par la loi, que de petits ambitieux réunissent « des milliers de citoyens pour signer une adresse souillée d'égoïsme et d'impostures... Nous avons dévoré toutes les amertumes, dont nous abreuvaient la perversité et l'ingratitude... Nice s'est purifiée par la sortie d'environ mille émigrés... Si les sociétés populaires de Nice, Menton et Monaco continuent à déployer le zèle uni à la sagesse, en provoquant la haine des rois et Famour de la République, elles s'assureront des droits à la reconnaissance... L'ignorance, la disparité, la rusticité des idiomes prolongent l'enfance de la raison et la vieillesse des préjugés.,, » Il a publié, en italien, une brochure sur la constitution civile du clergé, il a préconisé deux mesures : « faire l'office en langue vulgaire et créer des écoles nationales... » Il conseille la confection d'un journal national indépendamment du bulletin; il accuse la Convention... « Elle a glacé et attiédi le patriotisme dans ces contrées, elle a en quelque manière royalisé l'Europe par la longueur de ses discussions sur le compte d*un tyran qu'il fallait se hâter d'envoyer à Pécha faud '...

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