Louis XVI, dont le curé d'Emberménil avait admiré
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(c'est le mot de l'abbé Jennat et des contemporains !) la bontés la justice^ l* esprit de progrès^ tenta de son propre mouvement toutes les améliorations réclamées plus tard; il avait donné le rare exemple d'un prince prévenant les besoins de ses sujets... il le disait avec raison à l'Assemblée le 4 février 1790 : « Vous savez qu'il y a plus de dix ans, et dans un temps où le vœu de la nation ne s'était pas encore expliqué sur les assemblées provinciales, j'avais commencé à substituer ce genre d'administration à celui qu'une longue et ancienne habitude avait consacré. » Le 19 octobre 1789, le président de l'Assemblée donne au roi un titre plus touchant que celui de restaurateur de la liberté^ c'est celui du meilleur ami de la nation, (Visite au roi et à la reine, Monit. 1789, n^ 74, p. 308.)
37. Voir entre autres les trois brochures deMory d'Elvange, notre confrère, lauréat de l'Académie en 1780, martyr de la Révolution en 1794; États, droits, usages en Lorraine; Fragments historiques ; Serments, pouvoirs, instructions (n«* 7 1 6, 7 1 7, 71 9, 734, cat. Noël). 11 était l'ami des libertés pubUques, il démontre que la Lorraine jouissait autrefois des droits que le roi de France accordait au peuple français, par arrêt du Conseil d'État concernant la convocation des états généraux du royaume (5 juillet 1788); il avait rassemblé les documents les plus précieux pour une histoire complète du droit pubUc en Lorraine, deux gros recueils in-folio, dont Tinventaire fort incomplet commence au n® 323 du catalogue raisonné de M. Noël. « Nos privilèges, dit-il au prince, peuvent vous paraître des chaînes, c'est la loi constitutive de notre province, où le prince avait le pouvoir de faire le bien, mais était dans l'heureuse nécessité de ne point être despote. »
38. Consulter aux archives de la Meurthe les six registres de documents analysés et collationnéspar notre infatigable et savant confrère, M. H. Lepage. On y trouve, outre les délibérations de l'assemblée provinciale de 1787 à 1789, un ensemble très-curieux de requêtes, de mémoires, de lettres et les noms les plus autorisés de la province : Mory d'Elvange , le marquis de Clermont-Tonnerre, lebarondeCustines, le prince de Beauvau, M. Coster, lesévêques de Nancy etdeSaint-Dié... Tout y est traité : corvées, chemins, agriculture, tarifs, impôts
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directs et indirects, commerce, navigation de la Sarre, bois, forêts, bibliothèques, postes, ponts, hospices, etc., etc.. Le ton des délibérations, des discussions, des discours, est fort digne. — Le procès-verbal du 10 août f787 est signé par l'évêque de Nancy, président, par M. de la Porte, intendant de la province (l'intendant est l'homme du roi, l'homme de la loi, l'homme du peuple), par M. Gossin, lieutenant-général du bailliage de Bar. Le 17 juin 1788, requête du curé de Nomexy, au sujet d'une contestation avec M. Gaudel, qui a pris dans l'assemblée municipale la qualité de seigneur^ qui n'est due qu'au roi. Le 30 octobre 1788, on réclame le rétablissement des états généraux; — correspondance, trèscurieuse avec MM. Necker, le comte de Brienne, le comte de Custines; deux circulaires à MM. les curés de la province {A août et 21 décembre 1789). On refusait de payer les tailles, on s'insurgeait dans les cantons de Fénétrange et de Sarrebourg.
Il n'existe aucune collection complète des célèbres cahiers, ainsi que le prouve cette lettre de la Commission intermédiaire, que j'ai trouvée aux archives ; elle est adressée de Nancy, le 18 avril 1789, à M. Dailly, conseiller d'État, qui demandait communication de ces cahiers: « Vu le petit nombre des bailliages de notre province ayant fait imprimer leurs cahiers et les autres ne jugeant pas à propos de les communiquer^ nous ne pouvons répondre complètement d votre désir. Pour vous montrer notre bon vouloir^ nous avons prié M. Duquenoy^ l'un de nous^ député aux états ^ de vous présenter de notre part tous les exemplaires qu'il nous sera possible de réunir avant notre départ, »
39. A l'aurore de la Révolution, je crus sourire à la Uberté, je me livrai à cet élan avec la loyauté et le dévouement sans bornes qui animaient un cœur brûlant du désir de concourir au bien de ses semblables, de ramener la vertu, le bonheur sur la terre... C'est ainsi que Grégoire s'exprime dans ses mémoires, en 1808, lorsque des déceptions amères ont remplacé ses illusions... « Dans les dix-neuf siècles révolus depuis 19 ans, « on a fait sur le cœur humain un cours expérimental le plus « complet, le plus désolant... »> (p. 456). Écoutons-le, lorsque, le
20 janvier 1 789, il parlait m^ nom de tousses con/rère5, en l'assemblée des Trois-Ordres, tenue à Nancy (14 p. in-8®).
« En ces jours si désirés et si longtemps attendus, jours que « l'on peut appeler l'aurore du bonheur de l'empire français « et auxquels notre auguste monarque, écartant pour jamais de « son trône l'odieux despotisme, y a fait asseoir la vérité, la tt justice, la bonté, et nous annonçant qu'il ne veut régner que « par les lois, se propose de leur donner bientôt une sanction « vraiment constitutionnelle, en assemblant la nation, pour, au « milieu d'elle, comme un père au sein de sa famille, régler « la dépense, la combiner avec la recette, réformer les abus, « voir le mieux et le faire.... Oui, sans doute, les curés vont se « permettre d'élever la voix, avec la franchise qui convient à « leur caractère, avec la loyauté de ces temps auxquels tout « citoyen pouvait sans craindre réclamer ses droits, exposer « ses griefs, les faire juger par ses pairs, les proposer à la nam tion assemblée, les mettre même sous les yeux de son « prince, sûr d'être écouté et jugé sans acception de personne. « Le clergé n'est qu'un en lui-même, mais il est juste et môme « nécessaire d'en classer les différents ordres pour leurs repré- « sentants aux états :
« 1* Celui de MM. les évoques, le premier de tous incontes- « tablement ; — 2° les chapitres de cathédrales, auxquels il faut « joindre les collégiales; 3° les abbés réguliers et sécuûers, « avec les autres prélats inférieurs, titrés, réguliers ou en « commande; 4Mes curés, vicaires et autres ecclésiastiques « séculiers; 5° les maisons religieuses des deux sexes.
« Citoyens comme eux, nous avons un droit incontestable « d'avoir des représentants de notre ordre et choisis par nous. « Nosseigneurs les évoques, que nous respectons et que nous « honorons comme nos supérieurs ecclésiastiques, rendent « souvent les services les plus essentiels aux provinces par a leurs vertus patriotiques, leurs lumières et leur crédit. Dans « les temps calamiteux, ils peuvent en être la ressource, comme « vient de nous en convaincre le digne Prélat de ce diocèse, « qui, par son active charité, ses aumônes abondantes, ses
« sages précautions Nous considérons les prélats du se-
« cond ordre, les membres des chapitres ; nous estimons les
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« religieux, persuadés qu'il est avantageux non-seulement à
« rÉglise, mais encore à l'État d'en avoir Nous serons ap-
« puyés par NN. SS. les évoques auxquels on a souvent ouï dire « que plus leurs curés seront honorés, plus ils le seront eux- « mêmes.... par les religieux, ils nous sont attachés, nous som- « mes souvent leur appui, plusieurs partagent nos peines et nos
« travaux Nous demandons donc qti'aux états provinciaux
« les curés de la province et autres ecclésiastiques classés avec « eux aient des représentants pris dans leur ordre et choisis par « eux, eu égard à leur nombre et à la masse des revenus qu'ils « portent à la contribution, proportionnellement aux autres « ordres du clergé. »>
L'assemblée était trop nombreuse pour délibérer; elle nomme 48 commissaires, Grégoire est du nombre, ainsi que le brave et infortuné Custines, traîné plus tard à l'échafaud... 11 écrit aux curés : « Nancy, le 22 janvier 1789. Nous avons assisté à l'assemblée des Trois-Ordres fixée à Nancy, à laquelle vous étiez tous invités. Elle a formé une commission chargée de s'occuper d'un plan d'organisation des états provinciaux, pour être présenté et soumis à l'Assemblée nationale de Lorraine. On vous adresse des exemplaires du discours prononcé le 20 à Nancy. Comme le cri général doit se former des réclamations individuelles, il est intéressant que vous manifestiez vos
sentiments, dans la circonstance présente Comme curés,
nous avons des droits. Depuis douze siècles peut-être ne s'est-il jamais présenté une occasion si favorable de faire valoir ces droits, de développer des sentiments de patriotisme, d'honorer le ministère sacré dont nous sommes essentiellement une partie constitutive. Nous vous prions d'envoyer des lettres d'adhésion par lesquelles vous déclarerez, comme nous l'avons fait avec l'ordre de la noblesse, que vous consentez volontiers à être compris, avec le tiers, dans une forme commune de toutes les impositions pécuniaires, à raison de vos facultés ; vous demanderez ensuite que l'ordre des curés et en général le clergé sécuUer de seqond ordre soit admis par ses députés aux états provinciaux et généraux. Vous adresserez vos lettres franches, autant qu'il se pourra, soit à M. Guilbert, curé de Saint-Sébastien, soit à M. Grégoire, curé d'Emberménil, à l'hô-
tel des Trois-Maures, àNancy....Daignez,Messieurs,préparerdes observations et des mémoires sur tous les objets à traiter dans ces états, qui doivent fixer notre bonheur et l'assurer sur une base solide. »
Le bailliage de Nancy nomma deux députés ecclésiastiques, Mgr de La Fare et Grégoire. Le mandement de Mgr Anne- Louis-Henri de La Fare (19 décembre 1789) et sa belle et patriotique allocution, comme président de l'ordre du clergé pour le bailliage de Nancy, aux membres réunis pour l'élection des représentants aux états généraux (30 mars), justifient bien l'éloge que le curé d'Emberménil faisait de son évoque dont le discours, à l'église Notre-Dame (4 mai 1789), plein de sentiments généreux, fut applaudi avec enthousiasme, malgré la sainteté du lieu et la présence du Roi.» (Thiers, HisL de la rév., t. L)
M. Thiers n'a pas été juste dans ses appréciations sur Grégoire, il en parle peu dB,nsV Histoire de la révolution^ il en parle mal au 3® volume de l'Histoire du Consulat et de l'Empire. La protestation émue de M. le député Marchai, publiée, le 8 juin 1845, par le Courrier /ranpais, est conservée à la Bibliothèque de Nancy, ainsi que des lettres fort curieuses au sujet de cette polémique. La science de Grégoire, son dévouement aux fonctions pastorales étaient fort appréciés par ses confrères ; ses contemporains n'avaient pas oublié l'effet de ses sermons à Réchicourt-le-Château (1779), au sujet de l'institution d'une rosière, dont la médaille est conservée pieusement dans la paroisse. (Voyez la notice de M. Arthur Benoit, 1872.)
Quelques extraits feront bien comprendre la fidélité avec laquelle il conserva la foi, les souvenirs de sa jeunesse et le genre de ses prédications. « Le christianisme, dans ses fêtes, s'empare de l'esprit et du cœur pour éclairer l'un et purifier l'autre; au bruit de l'airain, qui ébranle les airs, chacun se rend au temple sous un costume plus soigné, image du respect.. .. Tout lui retrace sa misère et sa dignité, son origine et ses hautes destinées; les statues, les tableaux, les discours, les cantiques lui disent que les humains sortis d'une tige commune ne composent qu'une famille.... Pères et enfants, maîtres et serviteurs, magistrats et citoyens, là tout est placé sur la ligne
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de l'égalité; point de distinctions que celle du sacerdoce »
L'orateur chrétien rappelle à l'assemblée ce que chacun doit croire et pratiquer^ craindre ou espérer par de là les bornes de la vie;.,, au nom du ciel, il commande, il exhorte, il attendrit. Un concert de louanges et de supplications élève les âmes vers le ciel et dans ces prières communes on mentionne spécialement les affligés, les malades, les voyageurs, les amis, les ennemis et la patrie.... Les fôtes votives, les processions, les pèlerinages.... ont été sagement encouragés.... D'après mes observations, l'infortuné Roucher avouait s'être trompé en assurant que la Fête-Dieu est la seule de nos solennités qui inspire la joie.. Aux fôteg politiques s'associaient partout les cérémonies de la religion... La France applaudit au rétablissement de la fêle de Jeanne d'Arc, à Orléans... On peut féliciter Beauvais d'avoir renouvelé la procession en l'honneur de l'héroïne Jeanne Hachette, où les femmes précèdent les hommes Les fêtes
commandent le respect envers la majesté divine, un grand intérêt les inspire... Elles parlent à l'esprit et au cœur de ce qui mérite l'estime des hommes, de ce qui les unit, les instruit, les améliore : telles étaient, pour la plupart, celles dont Salency fut le modèle. La tradition en attribue l'origine à saint Médard, évêque de Noyon. En 1 772, un procès des habitants contre le seigneur, qui s'arrogeait le droit de choisir la rosière, lira de l'obscurité cette fête continuée modestement depuis quatorze siècles. Target, à cette occasion, fit un plaidoyer célèbre et obtint, en 1774, un arrêt du Parlement qui maintenait le droit de la commune. Bientôt ailleurs furent instituées des fêtes analogues;. . aucune ne fut jamais organisée avec tant de sagesse, ni célébrée avec tant de piété ; aucune, en si peu de temps, ne produisit des effets aussi consolants que celle de Réchicourtle-Château, fondée par un curé nommé Marquis, qui, luttant contre tous les obstacles avec un courage infatigable, dépensa une somme considérable pour y former cette institution... J'atteste, sans crainte d'être démenti, que, grâce à cette institution au succès de laquelle on avait su lier l'intérêt et l'honneur de toutes les familles, cette paroisse était devenue, en peu d'années, une des plus vertueuses qu'on pût citer.... a Sans la religion, toutes vos solennités laisseront dans l'âme un vide que rien ne pourra remplir ; puisque cette religion est fondée sur
les besoins de l'homme, sur les principes conservateurs de l'ordre social, la détruire, ce serait ébranler la société ... » (Hist. des sectes relig., 1. 1., chap. 1.)
40. « Nommé aux états généraux, j'arrive à Versailles... Là, pendant deux mois, s'établit une lutte enire les évéques et les curés... ceux-là combattaient : contre et ceux-ci pour le vote par tête et la réunion des ordres. J'accélérai cette réunion par une brochure de 40 pages, sous ce titre : Nouvelle lettre aux cures^ écrite avec une sorte d'impétuosité et dans laquelle je dévoilais sans ménagement les intrigues du haut clergé et de la noblesse ; j'y prédis que si le bonheur luisait sur l'horizon de la France, il sortirait du sein des orages. Les orages ont éclaté, quand arrivera le bonheur? Cet écrit, réimprimé dans les provinces, y fut répandu avec profusion. » (Mém., 1808.) Je dirai plus tard le rôle de Grégoire au club breton^ à la société des Jacobins^ ses relations avec le parti extrême de la constituante, ses méfiances contre le haut clergé et le roi luimême, qui l'aurait attaqué dans des lettres confidentielles, l'offre d'un évêché, qu'il considérait comme une insulte, puisque les cahiers « défendaient expressément aux députés d'accepter aucune grâce ou faveur de la cour pendant la durée de leurs pouvoirs et les trois années qui suivront. » Etcepeadant, si son langage est passionné, s'il attaque les abus avec une sorte de violence, il respecte le vieil édifice, il n'est pas un ennemi convaincu de la monarchie, ainsi qu'il le crut plus tard, sur la foi de ses amis politiques. — Je n'analyse pas cette lettre, j'en cite textuellement ce qui est de nature à convaincre les plus incrédules,
« Cinq années se sont écoulées depuis l'ouverture des États. Des discussions multipliées ont dévoré ce temps précieux et qui coûte si cher à la nation. Les évêques paraissent se confédérer avec la majeure partie de la Noblesse contre le Tiers- État ; nous touchons au moment d une scission aussi éclatante que funeste... Dans cette conjoncture désastreuse, que doivent faire cent quatre-vingts curés qui agissent au nom de quarante mille ?... J'ai cru qu'il serait utile de dévoiler les pièges qu'on nous tend et de soumettre à l'examen les sophismes par lesquels on veut nous séduire... Voilà l'épouvantail qu'on
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agite sans cesse devant vos yeux... Le Tiers veut que la loi règne sur tous et qu'elle ne soit plus pour les grands une toile d'araignée que détruit le souffle de leur puissance ; mais il ne prétendit jamais anéantir un corps réputé nécessaire à la monarchie, comme un intermédiaire qui tempère l'activité du Gouvernement, qui oppose de grandes places, de grands emplois, de grands noms au despotisme... Ouvrez les cahiers du Tiers, leur vœu unanime est que la Noblesse, accessible au mérite, en devienne le prix... Détruit-on la Noblesse lorsqu'au contraire on veut en rehausser l'éclat en la ramenant à son institution primitive ? Dès que l'ordre de la Noblesse est conservé, celui du Clergé est assuré ; l'intérêt du Tiers est de conserver un ordre classé avant la noblesse et dans lequel il peut introduire ses membres... Mais le Tiers attentera aux propriétés... Quelques écrivains ont voulu contester à l'Église le droit de propriété, sous prétexte qu'elle ne peut aliéner. En partant de ce principe, on va nous prouver que le Roi ne possède pas ses domaines, ni les mineurs leurs biens ... — Presque tous les cahiers exigent l'amélioration du sort des curés et ides vicaires... Mais, dit-on, il faut contenir le peuple, et si vous ne réprimez les efforts des communes, le gouvernement monarchique est détruit et nous tombons dans la démocratie. h pose en fait qu'aucun cahier ne demande une constitution républicaine, qu'aucun député ne désire se soustraire à l'autorité royale... Interrogeons l'histoire... Est-ce le Tiers qui trama les guerres de la Ligue et de la Fronde ? Non ; il allait seulement verser son sang pour assouvir l'ambition des grands... Depuis quarante ans, les droits essentiels du corps lévitique ont éprouvé bien des échecs ; le droit ancien, plus ancien même que la monarchie, d'occuper le premier rang dans les assemblées des Trois-Ordres était acquis au clergé... Un ordre jaloux l'a déjà entamé... Louis XVI leur servira de modèle ; ils n'en trouveront pas de plus beau... Si le peuple se porte à des excès, n'en accusez que l'injustice des lois exclusives, les vexations tortionnaires qui provoquent sa fureur... Le peuple se débat dans les filets de la fiscalité et les entraves de la féodahté; en proie à ces deux sangsues, il défend avec peine contre elles sa malheureuse existence. Son sel
et son pain, la bure dont il se couvre, son industrie, son travail, tout est frappé du fléau des impôts... Il est livré aux vexations arbitraires des maîtrises, des intendants, des subdélégués, des receveurs des finances, des procureurs, des priseurs-jurés, des sbires de la ferme... Gomment ne s'aigrirait-il pas quand, au fardeau du travail joignant celui des tailles, il voit que l'impôt frappe légèrement sur ces célibataires luxurieux qui peuplent et dépeuplent nos villes... sur quelques gentilshommes dont la fortune s'est fondue en meutes, en chevaux, en cartes... sur quelques prélats fastueux... sur ces ecclésiastiques mondains... sur certaines classes de moines, sur tant de chanoines... qui se croient supérieurs à l'utile pasteur, l'ange tutélaire de son hameau... Cette tirade, je le prévois, va m'attirer la colère des intéressés et leur haine ; je ne les paierai pas de retour ; ma haine tombe, non sur des personnes, mais sur des vices qui outragent la majesté du sacerdoce et de la religion... Faut-il s'étonner qu'il devienne factieux cet infortuné campagnard... contraint la nuit d'aller disputer au gibier ce champ ensemencé... dévasté en un moment par des animaux que des lois barbaries conservent pour le plaisir d'un seul et le malheur de mille... quand ce pauvre esclave de la banalité... forcé de porter moudre sur ses épaules, à grande distance... le peu de grain d'une qualité inférieure... doit, pour obtenir de moudre, soudoyer l'avarice et l'ivrognerie, ou perdre un temps précieux jusqu'à ce qu'on ait fait passer les non-banniers, dont on veut s'assurer la pratique... quand les coupes de la forêt communale sont vendues pour les maîtrises... quand les satellites de la ferme empêchent ce triste villageois, sous peine d'être traduit à la chambre ardente, de puiser, dans une source salée, un peu d'eau pour préparer un mauvais potage... quand, épuisé d'inanition et de maladie, il ne peut recevoir, qu'en contrebande et à l'insu des suppôts de Vaccise^ le peu de vin que son curé lui envoie... quand sa femme éplorée, étouffant ses soupirs. . quand... lecteur sensible, arrêtez un moment pour confondre vos gémissements et vos sanglots avec les miens. Être éternel! si ta religion sainte ne disait au malheureux que son existence ici-bas n'est que le berceau de la vie,
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que dans une région plus heureuse tout cri cessera, Joute larme sera essuyée .. que la vertu aura son prix, que l'équilibre rétabli justifiera ta providence...
« Le Tiers sanctionnera sans balancer l'unité du culte catholique, la succession au trône dans la famille d'un roi qu'on aime... Au vrai, de quoi s'agit-il? Est-ce d'ébranler le trône et l'autel? Non, messieurs.. Pénétrés de vénération pour nos premiers pontifes, il est notoire qu'ayant toujours des raisons pour les honorer, nous désirons en avoir toujours pour les estimer et les aimer. La gloire de nos chefs n'est-elle pas la nôtre?... On calomniera sans doute l'auteur de cet écrit... on va répéter et répéter qu'il sonne le tocsin contre les évéques, tandis qu'au contraire il fait profession d'une vénération profonde pour la personne des uns et pour la dignité de tous ; mais la vérité, la justice, la patrie, la religion sont infiniment plus respectables... Notre résolution n'est point inconsidérée... nos idées ont mûri dans le calme... Toute la France crie, le peuple gémit, la patrie nous tend les bras... et c'est au nom de la religion qu'une partie du clergé, la minorité de la noblesse et les communes vont, autour de leur roi, se rallier sous le drapeau de la patrie... »
41. Le 3 frimaire an x, le citoyen Grégoire, orateur de la députation envoyée au gouvernement par le Corps législatif, rend un juste hommage aux citoyens Consuls; le tableau de la situation intérieure et extérieure lui inspire le plus vif intérêt et les plus douces espérances. « La paix est arrivée sur les ailes de la victoire... Échappée aux orages qui ont assiégé son berceau, aux malheurs qui ont tourmenté son enfance... tranquille au dedans, respectée au dehors... la République fait son entrée solennelle dans l'univers, et s'assied majestueusement aux rangs des premières puissances... Aux fureurs delà Ligue, aux délires de la Fronde, succéda un siècle illustré par les monuments du génie... Le caractère national, retrempé au milieu des tempêtes révolutionnaires, va développer son énergie et s'élancer vers tout ce qui est beau, tout ce qui est grand... »
Certes, ce langage est convenable et digne : le conventionnel a oublié sa haine contre la royauté, la violence de ses haran-
gues dans les clubs, les expressions cruelles de ses écrits révolutionnaires. 11 souhaite « que le Gouvernement, par des « lois sages, conduise la République au plus haut degré de « félicité », mais il déclare « qu'il s'inclinera toujours devant « la souveraineté nationale. » Dans une lettre du 18 floréal (an xii), aux membres de la commission des Dix, il promet « la soumission la plus sincère au vœu que la nation aura librement émis sur l'organisation de son gouvernement. Quand le peuple, devant la majesté duquel tout doit s'incliner, et de la souveraineté duquel dérivent tous les pouvoirs, aura parlé, chacim doit obéissance loyale et entière,.. J'ai prêté le serment et l'on peut compter sur ma fidélité, plus que sur celle des flagorneurs.,, f obéis à ma conscience,.. Revêtu de la robe sénatoriale, j'ai pensé comme Cicéron : Nemo aut in dicendo liberior, aut ad libertatem civium tuendam paralior esse débet senatore. »
Au Sénat, il vota contre l'impériahté héréditaire, contre l'usurpation des États romains, contre la création des droits réunis, des tribunaux exceptionnels, et surtout il protesta, au nom de la religion, contre le divorce, et, malgré cette opposition, l'Empereur, qui avait l'âme grande, apprécia la loyauté, le courage de l'ancien évoque de Blois; il le consulta plus d'une fois sur les matières ecclésiastiques; il lui rendit justice à Sainte-Hélène.
On conserve, à la Bibliothèque de Nancy, les lettres patentes du titre de comte, signées de Napoléon et scellées du grand sceau, délivrées de Bayonne, le 25 juillet 1808, à son cher et amé Grégoire. Son écusson est D'Argent à la croix pattée de gueules, franc quartier des comtes sénateurs (d'azur à un miroir d'or en pal, après lequel se tortille un serpent d'argent), brochant sur le tout.
En terminant les notes de cette première partie, je dois avouer que plus d'une fois, dans le cours de ces études, j'ai répété, avec une sorte d'effroi, le mot de Pascal. « Quelle chimère est-ce donc que l'homme? quelle nouveauté, quel monstre, quel cahos, quel sujet de contradictions?... Mais Bossuet, dans sa calme raison et dans sa foi, a expliqué l'énigme : « Ce qu'il y a de si grand dans l'homme, est un reste de sa première
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institution; ce qu'il y a de si bas... c'est le malheureux effet de sa chute... » ^
Je ne cherche pas à justifier l'abbé Grégoire, je me borne seulement à réunir les éléments d'une sentence équitable : Si judicas^ cognosce,,. a dit un Tragique, et d'ailleurs nos Livres saints le déclarent: Tout homme a péché... Non est homo justusin terraquifaciatboniimetnonpeccet. » (Eccl. 7.)
NANCY, IMPRIMBRIE BBROBR-LBVRAULT ET G*'', RUE JBAN-LAMOUR, 11.