‹ La vie et les œuvres de l'abbé GrégoireChapitre 27 sur 52 · Monif., 1794, n*^ 2JS · texte numérisé non relu

Monif., 1794, n*^ 2JS

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les citoyens de connaître les lois, d'aimer la république... Il faut favoriser la propagation de la langue et du patriotisme. » Mais s'il est urgent d'établir sans délai l'unité d'idiome, qui est une partie intégrante de la révolution, il ne faut pas oublier que la connaissance des dialectes peut jeter du jour sur quelques monuments du moyen âge; (( l'histoire et les langues se prêtent un mutuel secours pour juger les habitudes et le génie d'un peuple... Il importe d'étudier les dialectes et dans ce moment favorable pour révolutionner notre langue, de leur dérober des expressions et des termes qui nous manquent... Presque tous ces idiomes ont des ouvrages qui jouissent d'une certaine réputation, la commission des arts recommande de recueillir ces monuments imprimés ou manuscrits, il faut chercher des perles dans le fumier d'Ennius... » Il propose ensuite quelques moyens pour faire disparaître graduellement les patois et exécuter une nouvelle grammaire et un vocabulaire nouveau... a Si la Convention adopte les vues du comité, nous ferons une invitation aux citoyens, qui ont approfondi la théorie des langues pour concourir à universaliser la nôtre... » On décrète l'impression du rapport et l'envoi aux communes, mais on ajourne le projet.

Dans le même ordre d'idées, il publie une adresse au peuple français ; c'est une déclamation emphatique, violente, dont la réforme de la langue est le prétexte. « Cette race de brigands qu'on nomme rois et princes rend hommage à notre langue ; citoyens, vous détestez le fédéralisme politique, abjurez celui des langues ; la langue doit être une comme la république ! la Déclaration des droits que vous avez jetée sur les trônes est

a LA VIK ET LES (EUVUES

aussi redoutable aux despotes que nos boulets... Le style grossier était celui de Capet et d' Hébert ; le langage d'un tyran et d'un contre-révolutionnaire doit-il souiller les bouches républicaines?... Les sociétés populaires furent de tout temps les sentinelles vigilantes de l'esprit public, le bien qu'elles ont fait garantit qu'elles vont en opérer encore et s'assurer de nouveaux titres à la reconnaissance de la patrie \ »

28 juillet {iO thermidor). — La sainte guillotine, comme l'appellent ses fidèles de la place de la Révolution, a fait justice de « l'homme divin >, Robespierre a expié ses crimes... L'Assemblée est divisée : les montagnards de la crête, les thermidoriens, les modérés, se comptent et se groupent, on se prépare à la lutte. Grégoire garde son indépendance ; il a refusé d'assister aux fêtes de la Raison, il n'a pas paru à celles de l'Être suprême et cependant il a échappé à la proscription. J'ai cherché dans le dossier des papiers de Robespierre publiés par le député Courtois, l'opinion du dictateur sur révêque de Blois : il n'en parle jamais; il ne craignait pas en lui un rival ou peut-être il lui savait gré de sa haine féroce contre la royauté.

i*'' fructidor, — Grégoire lit un premier rapport sur la dégradation des monuments des arts et fait adopter un décret sur les moyens de les réprimer. Le comité n'avait consenti qu'avec peine à cette lecture : « On me gratifia de l'épithète de fanatique, on prétendit que je voulais sauver les trophées de la superstition*... Il fallait

1* Monit, 1794, n'> 260.

2. Méni., t. 1, 315. « On faisait main basse de toutes parts sar les livres, les tableaux, les monuments...'; tels furent les excès qu'enfin il

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ménager des dépotés proTOCdleors ou eiéculeurs de déyastatioDS... Om m^mrrmi jeié à t€ts de la trihtme,. si /avais révélé tauies lewrs imrpihêdes,.. > Le décret^ en quatre articles, fat imprimé au BuUetm des Uns. Oq lit au Moniteur: c Koos (kNon^rons le rapport dans un prochain numm>. > Je l'ai Yamemeot efaerclié ; il fut ^ en 1 8^, imprimé dans le BuUeHn dm bibliographe. — Aujourd'hui, on critique sa haine du vandalisme, M. Camot lui-même Faccuse de s'être laissé entramer par la passion, € d'ayoir exagéré les faits et attribué aux désordres révolationnaires des ruines antérieures ».

i794 (an 11). 14 frueiidor. — Grégoire veut parier encore sur les dévastations du vandalisme; l'Assemblée est peu disposée à lui accorder la parole. Je demande, dit Lakanal,que Grégoire soit entendu, vous apprendrez avec indignation qu'on est allé jusqu'à mettre les scellés sur des ménageries. On sait que le député de TAriège avait proposé de consacrer un jour de fête en l'honneur des animaux compagnons de l'homme. La Convention écouta la lecture de ce rapport, qui contient les plus effrayantes révélations... « Le mobiher de la nation a souffert d'immenses dilapidations... Les fripons ont dit: La nation, c'est nous... La seule nomenclature des objets enlevés, détruits ou dégradés, formerait piusieure volumes... Il n'est pas de jour où le récit de quelque destruction nouvelle ne vienne nous affliger.., La Convention fera retentir le cri de son indignation contre les auteurs et instigateurs contre-révolutionnaires de ces

me fat permis de parler, on consentit au comité à ce que je présentasse à la Convention un rapport contre le vandalisme, je créai le mot pour tuer la chose. »

délits pour les traîner sous le glaive de la loi... Il y a cinq ans que le pillage a commencé par les bibliothèques... Les libraires ont acheté à vil prix les livres volés... Les moines, à Senones, ont enlevé un manuscrit unique*... Malgré la loi de 1792, on a continué à vendre... Les administrations n'ont pas répondu à notre circulaire du 22 germinal dernier... Malgré les instructions les plus formelles, quelques corps administratifs ont encore la fureur de détruire et de livrer aux flammes... C'est plus expéditif que d'inventorier... Quelquesuns ont formé un tribunal révolutionnaire qui proscrit et condamne. Horace et Virgile passeraient pour avoir préconisé un tyran... Beaucoup de bibliothèques de moines mendians renferment des éditions du premier âge de l'imprimerie... Le Missel de la chapelle de Capet allait être livré pour des gargousses... La matière, le travail, les vignettes et les lettres historiées de ce livre sont des chefs-d'œuvre. Rien n'est respecté, rien n'échappe à la cupidité, ni les antiques, ni les émaux, ni les bijoux. » Il dresse un long inventaire des vols et des mutilations, il attaque « l'aristocratie, la contre-révolution, les brigands de la Vendée et aussi Manuel, Cbaumette, Chabot, Hanriot, qui voulait renouveler ici les exploits d'Omar, dans Alexandrie... Et surtout Robespierre, qui voulait ravir aux pères le droit sacré d'élever leurs enfants... Ce qui dans Lepelletier n'était qu'une grave erreur, était un crime chez le tyran... » Il retrace, avec une juste indignation, le tableau de la persécution dirigée contre les hommes de talent; il cite

1. Ce manuscrit de Uicher est à la Bibliothèque nationale. F. latin, 10016.

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le nom des victimes de Féchafaud et des prisons et il termine par mie énmnération des richesses de la nation avant 1789 : c 11 y a cinq mois, j'estimais à cinq millions le nombre des volumes, il est aujourd'hui de douze millions... Tirons enfin de la poussière ces miUiers de manuscrits... On y trouvera une foule d*anecdotes, qui attesteront les forfaits du despotisme... Législateurs, rintérèt national vous prescrit d'utiliser au plus tôt vos immenses et précieuses collections, en les faisant servir à l'instruction de tous... en organisant promptement l'éducation nationale, en formant surtout des écoles normales... Souvenez-vous, quand il s'agit d'éducation, que des vues mesquines sont des vues détestables. Il y a quinze mois que le comité de salut public vous disait que cette organisation était une mesure de sûreté générale et cependant rien n'a été fait, » 11 expose la situation désolante des écoles, de la science, des mœurs et il conclut : « frappons sans pitié tous les voleurs, tous les contre-révolutionnaires... Puisque les tyrans craignent les lumières, il en résulte qu'elles sont nécessaires aux républicains... La liberté est fille de la raison cultivée, rien n'est plus contre -révolutionnaire que l'ignorance, on doit la haïr à l'égal de la royauté. » A la suite de ce rapport imprime par ordre, la Convention adopte un projet de loi en six articles.

An III, 8 vendémiaire, — Au nom du comité de l'agriculture, des arts et de l'instruction, Grégoire lit un rapport sur l'organisation du Conservatoire des arts «et métiers \ a Dans tout pays où il y a une cour, les arts

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