Hisf. des sectes rel,, t. I, chai
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a empêché tout rassemblement fanatique, il a emprisonné ou envoyé à Téchafaud * ceux qui, sous prétexte de liberté, voulaient ressusciter l'imbécile liturgie du sacerdoce. Le plus fidèle des vicaires épiscopaux écrivait à révêquc : « La lutte est impossible, le silence est forcé... 32 ecclésiastiques seulement sur 300 gardent leurs principes religieux et républicains, malgré les persécuteurs. . , 32 se sont mariés, les autres ont remis leurs lettres de prêtrise. » Les vrais sans-culoltes veulent supprimer tous les prêtres ; ceux qui ont prêté le serment ne valent pas mieux que les autres; ils ont entravé la marche de la révolution... L'hypocrisie comme le crime est un besoin chez eux, il faut extirper le fanatisme. — La situation est déplorable, Grégoire la connaît, mais il ne renonce pas à la lutte; le 12 mars, il adresse aux fidèles de son diocèse une lettre pastorale de 17 pages in-4v c'est l'histoire de la persécution dans le Blésois : « Mes frères, il y a longtemps que vous n'avez ouï la voix de votre évêque. La tyrannie étouffait nos pensées... Écrire, c'était compromettre inutilement sa liberté et sa vie dans cette année effroyable, où le sang, même celui des justes, ruisselait de toutes parts, où la France était couverte de victimes... A Blois, un homme, revêtu d'un grand pouvoir, trouvait étrange... qu'il y restât des prêtres... On se rappelle avec horreur que cinq furent égorgés.., l'un d'eux était muni d'un certificat de civisme... La
1. A Paris avant le 9 theraiidor, 200 prêtres accusés de propos fanatiques, sont guillotinés, 100 avaient prêté le serment. Grégoire a écrit de sa main un catalogue des curés et ecclésiastiques lorrains déportés ou guillotinés; il a classé ces martyrs de la foi, par lettre alphabétique; il en compte 2621 (Bibl. cart. 533.)
terreur ét«3it si grande que Ton n'osait leur donner la sépulture... Leurs corps sanglants, roulant dans les flots de la Loire épouvantée, allaient se réunir à ceux cpie l'on noyait à Nantes... Une troupe de brigands, composée, en partie, de prêtres apostats, se précipitait avec fureur dans les églises, pour détruire les chefs-d'œuvre des arts... et vomir des blasphèmes... ï> Ce qui redouble sa tristesse, ce qui excite son indignation, c'est que le peuple repousse les prêtres jureurs, il réclame des insermentés, et cependant, dans ses visites des paroisses, il n'a rien négligé pour développer les vertus républicaines et inculquer la haine du despotisme... « Ce sont les royalistes qui fomentent les troubles ; il faut les repousser... Ne souffrez pas, dans vos assemblées religieuses, V alliage impur dliommes qui voudraient faire regretter le régime exécrable de la royauté... Qui n'aime pas la République, est un mauvais citoyen et conséquemment un mauvais chrétien. » Michelet, qui admire le ferme caractère de cet évêquc, « resté seul libre à la Convention, pendant la Terreur, dans sa robe violette, personne n'osant s'asseoir près de lui », se trompe, lorsqu'il dit qu'il partageait, avec les insermentés, ses ornements et ses églises ; il était dur pour eux comme pour les prêtres mariés. — Le 24 germinal, il écrivait à son conseil épisi copal: « J'apprends que des apostats, des prêtres mariés veulent rentrer dans le ministère ; j'espère que vous ne les souffrirez pas... » Il écrit au curé de Chedemy: « Comment vont vos Pâques ?» Le curé répond : c Cent paroissiens sur mille ont rempli leur devoir... » L'église constitutionnelle est menacée dans son existence, Grégoire le sait ; il faut lutter à la fois contre les indifférents,
les décadaires, les insermentés ; il fonde la société de philosophie chrétienne.
i5 avril. — Il en indique clairement le but : c Combattre Terreur par la science, publier des livres, des brochures, des dissertations pour éclairer les fidèles, les prémunir contre les assauts de Fimpiété, pour exalter les bienfaits de la Révolution et resserrer les nœuds qui unissent l'amour de la rehgion à l'amour de la patrie. » Il fut l'àme de cette société, qui compta parmi ses membres résidents ou associés des hommes de valeur, jurisconsultes, ingénieurs, militaires et surtout des prêtres constitutionnels, c Un journal religieux était un levier puissant pour soulever l'opinion... Nous commençâmes la publication des Annales de la religion... Ce journal, dont je fus l'un des premiers et principaux rédacteurs, parut le samedi 1®' mai 1795..., écrit pour les contemporains ; il fournira à l'histoire la connaissance exacte de TEglise gallicane... Nous peindrons l'état de misère et d'avilissement dans lequel, contre la foi des engagemens les plus solennels, on a précipité des hommes qui n'ont jamais cessé d'être utiles... » Imprimé d'abord chez Leclère, puis, à partir du 1®' août, à la Librairie chrétienne, fondée par Grégoire et ses amis, ce journal hebdomadaire comprend 400 numéros réunis en 18 volumes. C'est là qu'il faut étudier l'histoire de cette Église constitutionnelle, dont un historien de la Révolution caractérise, en ces termes, le rôle aveugle : c Les innocents de l'Eglise constitutionnelle, dit M. Quinet, tels que Grégoire, ne travaillent jour et nuit que pour leurs ennemis, acharnés, implacables, les insermentés et les réfractaires, et ils ne s'en aperçoivent pas...; ils rédigent des ency-
cliques..., ils en appellent au Pape, qui les tient au bout de sa ciiaîne... A un signe du Pape tombent et s'évanouissent pour jamais ces fantasmagories d'Église constilulionnelle, libérale, républicaine, révolutionnaire..., faux évêques, faux synodes, faux conciles, fausses encycliques... Le peuple ne les connaît plus... L'abbé Grégoire ouvre la porte à M. de Maislre; il dépose, comme témoin, dans son vandalisme, contre une révolution à laquelle il s'est voué. »
i5 avril. — Il reçoit une adresse de félicitation des citoyens de la Réole; H6 républicains ont signé; entre autres, Jean Jaubert, bon Çanculotte {sic).
23 avril. — Grégoire a la parole pour une motion d'ordre : il propose à l'Assemblée de faire une déclaration du droit des gens et il lit un projet en 21 articles. On décrète l'impression; mais le lendemain, Merlin de Douai, au nom du comité de salut public, démontre les conséquences d'une pareille déclaration répandue en Europe. Il rend liommage, d'ailleurs, aux intentions qui ont dicté le projet; c elles sont pures, comme l'àme de leur auteur ». Satisfait de cet éloge, Grégoire retire sa motion ; « il n'usera pas de la liberté de la presse pour la publier». L'année précédente, il avait proposé de placer en tôle du titre des rapports de la République avec les nations étrangères, une série d'articles formant une sorte de déclaration du droit des gens. Ce beau rêve, comme il l'appelait, fut classé, avec raison, parmi les utopies philantliropiques.
30 avril. — Dans une nouvelle lettre à son conseil épiscopal, il insiste sur la nécessité d'exclure les pasteurs dont les crimes ou les impiétés publiques ont scandalisé
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les fidèles ; il faut une pénitence publique, conforme à Tesprit et aux règles de la primitive Église... c Plutôt laisser une paroisse sans curé que lui en donner un mauvais.»
Si avril. — Sous la présidence du citoyen Lalande, la Société libre des sciences, lettres et arts de Paris admet Henry Grégoire au nombre de ses membres résidents (section des lettres).
4 prairial. — Les révolutions des 9 thermidor et 12 germinal ont reçu, aujourd'hui, leur complément, dit Fréron, qui voudrait détruire THôtelde ville, c ce Louvre du tyran Robespierre ». Grégoire réclame une répression énergique contre les assassins, les voleurs, qui, après avoir égorgé la Convention, voulaient le pillage des sections de Paris. «En révolution, frapper vite etfi-apper fort est un moyen de salut... Rappelez-vous le moment, où les poignards étaient levés sur vous... A cette tribune, je vois encore le sang de notre collègue..., des émigrés, des membres des commissions populaires... se sont mêlés aux factieux ; je demande qu'à Tinstant on exécute le décret. » On applaudit.
25 juin (7 messidor). — Au nom des comités de marine, des finances, de Tinstruction, il propose l'établissement d'un bureau des longitudes. Il en fait parfaitement ressortir Futilité pour la marine ; le passé lui fournit des considérations du plus haut intérêt. Il y a beaucoup d'érudition ; la passion poUtique en diminue la valeur. « La royauté avait tout souillé, la République purifiera tout. » Le projet est adopté, il comprend 16 articles. (( Dans une Histoire de l'astronomie, Lalande imprima que Lakanal avait établi le bureau des longitudes ; j'en ai ri et le nom de Lalande dispense de toutes réflexions. »
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4 juillet {i6 messidor), — La constitution de 1 793 tombe avec la Terreur ; Grégoire prend une part active à la discussion du nouveau pacte constitutionnel, qui la remplace,.le 22 août 1795. Il veut que la liberté de la presse soit illimitée; les abus seront réprimés par les lois. «N'oubliez jamais, citoyens, que c'est la liberté de la presse qui nous a acquis la liberté. » La Montagne proteste, elle veut enchaîner la presse renaissante ; Pastoret, comme Grégoire, ne conçoit pas « qu'un pays soit libre, quand la pensée ou la parole ne le sont pas; quand il y a des pensées sujettes et une pensée souveraine ». Au Conseil des Cinq-Cents, Portails, dans un rapport remarquable (26 gcrm. an V), établira les notions fondamentales que la loi doit consacrer sur la liberté et sur les délits de la presse.
ii juillet. — On discute le titre II, V état politique des citoyens, Grégoire demande que les jeunes hommes de 16 à 18 ans soient, comme en quelques cantons delà Suisse, admis dans les assemblées primaires, c A 16 ans, un homme est en état de défendre la patrie, pourquoi lui refuser le droit de vote ? A 21 ans, il peut être- père de famille..., c'est une garantie de sa moralité et de sa conduite. »
dS juillet {S5 messidor). — Au nom du comité d'instruction, Grégoire a la parole: « Citoyens, dit-il, demain est l'anniversaire du 14 juillet..., souvenir cher à vos cœurs..., bientôt, le 10 août, qui vit écrouler le trône; le 9 thermidor, qui renversa les 40,000 bastilles, dont un nouveau tyran avait couvert la France, et le 3 octobre, où nous rendions des honneurs funèbres à ces 22 représentants du peuple, à ces généreux patriotes assassinés
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par ceux qui organisaient les révoltes des 31 mai, 12 germinal et 4*" prairial. » Le plan qu'il propose est simple, peu coûteux: « le 26 messidor, anniversaire du 14 juillet, à 10 heures précises du matin, les représentants en costume se rendront au lieu ordinaire des séances, l'Institut national de musique exécutera une symphonie suivie d'un chant républicain et, de suite, la Convention continuera de discuter la Constitution. »
2i juiUet. — Le titre IV concerae les assemblées électorales ; Grégoire s'élève contre les fraudes, il veut c que le peuple soit mis en garde contre les corrupteurs ».
22juiUet{4 thermidor). — En réponse à une lettre de Tagent national de Dieuze, du 27 messidor, Grégoire, au nom du comité d'instruction, autorise le district à conserver les livres que le directoire de Sarreguemines lui réclame. La copie de cette lettre est au folio VIII du 1*' registre de la municipalité.
27 juillet (9 thermidor). — Courtois a fait le tableau de la France sous Robespierre ; on chante l'hymne de Chénier : « Salut, neuf thermidor, jour de délivrance ! » (Moniteur 1795, n** 315.) Grégoire annonce que le comité s'occupe d'un rapport sur la fête du 10 août ; « elle ne sera pas concentrée dans le lieu de vos séances, il faut qu'elle soit publique, afin d'en imposer aux royalistes, qui lèvent la tête... L'histoire des rois est le martyrologe de la nation, et les Français, après avoir écrasé leurs ennemis du dehors, prouveront qu'ils sont prêts à écraser ceux du dedans. » On applaudit.
2 septembre (i8 fructidor). — Un décret de l'an II a interdit le cumul. (( Pourquoi, dit Grégoire, un maximum de traitement?... d et il fait adopter le décret ci-après :
« Les savaus et gens de lettres et artistes qui rempliront plusieurs fonctions relatives à Tinstruction publique, pourront en cumuler les traitemens. » Ce décret autorisait les gens de lettres à cumuler des traitements jusqu'à concurrence de \ ,200 fr. « Le vénérable Pingre fut des premiers à jouir de cet acte de justice *. »
20 fructidor. — Au nom du comité d'instruction, il présente un rapport sur le costume des deux conseils législatifs et de tous les fonctionnaires publics. L'exposé des motifs est curieux; on y reconnaît le prêtre, qui n'a pas oublié la pompe des cérémonies sacrées, a Eu adoptant un costume..., vous rentrerez dans l'usage de presque tous les peuples civilisés... La suppression des ordres... entraîna la suppression des costumes, mais l'Assemblée eut tort de n'en pas substituer d'autres... Dès lors s'affaiblit la dignité de nos séances..., le mal empira jusqu'à l'époque où les tyrans qui opprimaient la Convention, mirent presque la propreté, la décence, au rang des crimes contre-révolutionnaires et se firent un mérite d'afficher jusque dans leur costume le mépris de la pudeur... Ils ont épuisé l'immense série des crimes, des vices, des sottises... Le costume commande au fonctionnaire le travail, l'humanité, l'intégrité...; il dit aux citoyens : Voilà l'homme de la loi!... L'adoption d'un costume préparera peut-être un heureux changement dans celui des citoyens... » On vote l'impression du rapport; le 25 octobre seulement, Boissier présente un projet : (f Veste et culotte blanches, habit gros bleu croisant sur la poitrine, manteau écarlate, descendant jusqu'au