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étaient encore couverts des cicatrices de la persécution et des lambeaux de l'indigence , mais animés de Tesprit de Dieu, ils apportaient ici piété, courage, lumières et patriotisme. » Ce serait une grave erreur, écrit-il dans ses Mémoires, de croire que le décret sur la liberté des cultes nous eût rendu la liberté d'exercer le nôtre... Desbos, évêque d'Amiens, sortait des cachots, où, pour l'humilier davantage, on l'avait confondu avec des prostituées. — Ce concile par ses acclamations et ses canons déclare que l'Église gallicane reste invariablement attachée à la doctrine évangélique, à l'enseignement de l'Église Univarselle... Il adopte le règlement et le plan de travail proposés par Grégoire, qui présente un traité sur la liturgie en langue vulgaire, des rapports sur l'érection de nouveaux sièges aux colonies, un résumé de ce que les évêques ont fait en faveur de la religion, et une proposition pour rendre commune à toute l'Église de France la fête du rétablissement du culte, qu'il a instituée dans son diocèse. Les non-conformistes convoqués refusent de se présenter; on ferme le concile par cette acclamation : « Que Dieu les pénètre de l'esprit de paix I »
Les fruits de ce concile furent amers pour l'évêque de Blois; il y eut contre lui un redoublement de haine; les philosophes le détestaient à cause de son dévouement à la superstition; les catholiques comme régicide et schismatique... C'était un ambitieux, il aspirait à devenir patriarche de l'Eglise de France ; — la proposition en avait été faite, Grégoire l'avait combattue, il redoutait un nouveau schisme; on se borna à rendre à l'évêque de Lyon le titre de primat des Gaules. — L'année suivante, il publia un recueil des canons et décrets de ce concile
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et un compte rendu des travaux des évêques réunis (in-8**, 84 pages). La situation était déplorable, il est forcé de Tavouer : « Harcelés, outragés, calomniés sans cesse par les dissidens, les royalistes, les impies, les libertins, tous ligués contre nous, nous eûmes encore à lutter contre les préventions d'hommes bien intentionnés, mais à vues étroites, à conceptions timides et fausses. » Tous ses collègues ne partageaient pas ses opinions : « Avons-nous le droit, lui écrit Tévêque de TArdèche, d'exclure les prêtres mariés? Nous nous sommes affranchis d'une grande partie de l'ancienne discipline respectée par nos pères, pouvons-nous exiger impérieusement le maintien d'une autre partie ? » Son ami, un ancien carme, Sermet, métropolitain de Toulouse, déclare que sur cent catholiques, soixante ont tourné le dos à l'Église constitutionnelle, et ceux-là ont tenu bon dans la foi ; sur les quarante autres, il faut compter au moins vingt- cinq apostats..., les anti-constitutionnels seuls font foule..., ils ont de l'argent en abondance..., les abjurations vont grand train, à la ville, à la campagne surtout...; plus on s'aigrira contre le pape, plus il gagnera de terrain ; piano, piano, Rome ne meurt jamais ! » Rien cependant ne saurait arrêter l'évêque de Blois; il réunit, à Bourges, un concile provincial ; il faut rétablir le culte clans ce diocèse et dans ceux de Guéret et de Moulins. On y proclame un hommage solennel à la révélation, on y prononce anathème à la théophilantropie. — En 1803, Grégoire écrivait: «Théophilantropie, décadis, fêtes décadaires et toutes ces pantalonades inventées par la haine, soutenues par les lois, lô Gouvernement et la persécution; tout cela n'existe plus que dans l'histoire, à laquelle
j'adresse le récit de ces folies scandaleuses... » En 1697, on avait érigé le diocèse de Blois, pour combattre l'hérésie sur les bords de la Loire; Grégoire institua une fête séculaire de cette fondation, afin de retracer des souvenirs chrétiens et de stimuler la ferveur des fidèles. « La fête fut célébrée, dit-il, d'une manière attendrissante » ; je n'ai rien trouvé à l'appui de cette assertion, mais sa dissertation est fort remarquable (în-8**, 36 p.). Il a compulsé « les auteurs du pays et du voisinage, il y a trouvé une foule de témoignages propres à fixer les idées sur les contestations qui divisent les deux clergés ». 11 y accuse son prédécesseur de l'avoir, dans ses lettres pastorales, dépeint sous les couleurs les plus noires , tandis que lui-même, en chaire et dans ses écrits, il a pris sa défense « en tous les points où il pouvait le faire et préconisé en lui des vertus et des talens ».
A la suite du concile, il fait rouler une circulaire sous le titre d'Observations sur les calomniateurs et les persécuteurs en fruitière religieuse (in-8% Paris, chez Dubois, rue Saint-Jacques, et tous les marchands de nouveauté). C'est un acte d'accusation contre les dévastateurs des églises, une histoire de la persécution, une réponse aux attaques de Real, dans le Journal des Patriotes. De concert avec les évêques restés à Paris, il publie deux encycliques pour exclure du ministère les prêtres apostats, mariés, traditeurs. des livres saints, de leurs titres de prêtrise. — « La misère de la plupart des évêques les empêchant de faire imprimer des lettres pastorales, ils adoptaient les nôtres, toutes rédigées par moi et publiées a frais communs. >
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d5 décembre (25 frimaire). — Les administrateurs de la Sarthe écrivent à Rebwel : « Les prêtres recommencent à distribuer leurs poignards et leurs poisons, avec l'audace du crime et Timpudence du succès; leur chef est Grégoire qui, avec d'autres évêques, désigne aux poignards des fanatiques les autorités et les fonctionnaires... » — « Les misérables qui mentaient sciemment, répond Grégoire, ne se doutaient pas que je révélerais leurs turpitudes,... en leur pardonnant de tout mon coeur ;îe veux cependant que justice se fasse et^imprime la flétrissure sur le front de MM. les commissaires du directoire exécutif... Noms illustres, je vous adresse à l'histoire où est votre poteau. »
18 fructidor. — A la séance du soir, le Conseil arrête définitivement la liste de déportation; 800 prêtres sont déportés à la Guyane, 1,200 internés à Oléron; on les traque, on les fusille à Lyon, à Marseille, à Nancy;... Grégoire cherche vainement à faire rayer de la liste des proscrits le nom de Siméon, successivement professeur de droit à Aix, membre du Tribunat, comte de l'Empire et ministre de la justice, sous la Restauration.
1797 {an VI.) 4 vend. — Le Conseil adopte le projet de Grégoire sur le costume des représentants.
27 vend. — Il pubhe une notice sur son voyage des Vosges (in -8°, 12 p.). « Je vais vous promener seulement sur quelques points... > Il a vu à Moyen-Moutier (( un manuscrit original des Mémoires du cardinal de Retz, qui avait plus de talent pour bien écrire que pour écrire lisiblement... Si quelques faits incohérens, quelques réflexions superficielles ont pu vous nmuser un moment ot vous inspirer le désir de voir les Vosges,
mon but est rempli ; une autre fois, je vous promènerai sur un plus grand théâtre... Les montagnes appellent la méditation, elles invitent l'homme à se replier sur luimême... »
7 nivôse. — L'administration de TAllier accuse Grégoire d'avoir « relevé les espérances du fanatisme et rallumé ses torches ». L'évêque déclare qu'il n'a fait que léchmer l'exécution de la loi, il invoque la liberté; il attaque aussi l'administration de Cambray, qui a prescrit des mesures vexatoires. Une discussion s'élève dans l'assemblée : Baraillon rend hommage au patriotisme de Grégoire, mais il s'étonne « qu'il corresponde d'un bout de la République à l'autre, comme évoque, tandis qu'il ne devrait être que législateur ».
i798. i5 et iO mal, — A la suite de deux rapports de Grégoire, une résolution du Conseil des Cinq-Cenls décide que le Conservatoire des arts et métiers sera installé dans l'ancien prieuré de Saint-Martin-des-Champs. On y réunit les machines, oulils, dessins et instruments disséminés dans trois dépôts, au Louvre, à la rue de Charonne, à la rue de l'Université.
il therm. — Une loi ordonne aux autorités constituées et aux écoles de chômer seulement les décadis et les jours de fête; Grégoire proteste inutilement: (( ces pauvres cnfans furent condamnés à dévorer l'ennui pendant des heures entières que durait la lecture des lois. »
i5 août. — Le secrétaire de la Société libre d'agriculture, arts et commerce des Ardennes lui adresse, avec une lettre très flatteuse, un diplôme de membre exlerne.
27 sept. — II est nommé membre de la Société libre d'agriculture de la Seine. Le réglementa 8 articles; la cotisation annuelle est de 72 fr., le jeton de présence vaut 3 fr.
1799 (an Vlli — H publie dans les Amuiles de la religion une lettre à Tarchevêque deBurgos, grand inquisiteur d'Espagne. « Cette lettre me valut trois ou quatre volumes de réfutations et de diatribes. » Privé depuis longtemps de son traitement d'évêque, il avait dû « vendre à vil prix sa bibliothèque composée de livres, dont plusieurs à peu près introuvables ». Il expose luimême les causes de sa pauvreté : il a fait de grands sacrifices pour distribuer des écrits religieux dans son diocèse, enFrance, à l'étranger. « Je soumis aux évêques réunis le total des dépenses, on me trouva créancier de quelques milliers de francs, dont j'ai fait avec plaisir le sacrifice. La friponnerie des remboursemens en papier fit une nouvelle brèche à ma très modique fortune, dont les débris s'ensevehrent sous une pile d'assignats, le naufrage fut complet... » 11 avait songé à cultiver un petit domaine affermé, mais il fallait des avances, et sa santé altérée par la lutte l'empêchait de se livrer au travail des champs... « Ce qui ajoutait à mon chagrin, c'est qu'il fallait, pour ne pas contrister la plus tendre des mères, lui dérober la connaissance de ma détresse et lui procurer le superflu, même en me privant du nécessaire...» L'épreuve fut cruelle, il eut à se défendre contre les persécuteurs, qui croyaient avoir trouvé l'occasion de l'écraser : « Hérode et Pilate se donnaient la main... » Le ministre de la justice, Duval, écrivait à Blois, pour s'informer de ce qu'il faisait comme évêque... « Ma
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correspondance avec mes coopérateurs ne fut jamais interrompue... Dans une clandestinité forcée, ils avaient toujours, comme leur évéque, exercé le culte. » On mettait les scellés sur les presses des Annales de la religion... « A cliaque instant de nouveaux actes arbitraires » ; le Directoire, qui n'eût jamais tenu les rênes sans le clergé constitutionnel, était un peu honteux de sa conduite envers révêque de Blois; il fut question de lui proposer une ambassade,... « mais, disait Tun des directeurs, peutêtre voudra-t-il dire la messe ou y assister ? Et moi, lui répondai-je, je ne te demande rien,... mes sentimens religieux sont invariables. » Son compatriote François de Neufchâteau, ministre de Tintérieur, créa tout exprès pour lui une place de conservateur à la bibliothèque de r Arsenal, avec un traitement de 4,000 fr. Une des vertus les plus chères à son cœur, disait-il, c'est la reconnaissance ; aussi, il légua à cette bibliothèque sa riche collection de livres et de documents relatifs à la traite et à Tesclavage des nègres, plusieurs manuscrits, sa correspondance avec Haïti (6309-6573), des suppléments au Bréviaire blésois (2165-2167), un mandement sur le jeûne et Tabstinence (2103) et surtout les deux manuscrits de ses Mémoires, que j'ai consultés avec le plus vif intérêt (5290-5291).
id nivôse. — Mort de la mère de Grégoire, à la cure d'Emberménil.
i5 therm. — L'évêque de Blois fait un second voyage dans les Vosges ; il y rétablit sa santé et rédige, jour par jour, un manuscrit qu'il intitule : Protnenade dans les Vosges. Ce manuscrit, conservé à la bibliothèque de Nancy (n° 532), comprend 8 feuilles de préliminaires et
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126 feuilles de relation. Rien de plus curieux que ses notices sur les chants populaires , les kyrioles , sur Plombières, sur Gérardmer, sur la coiffure des femmes,
leur respect du lien conjugal, leur fécondité, leur économie, le soin qu'elles apportent à la culture des fleurs et des jardins. Il fait un bel éloge du père Fourier, de Jameray Duval, de Dom Calmet, du pasteur Oberlin; il raconte des anecdotes sur le séjour de Voltaire à Senones, sur les Dames de Remiremont. 11 a recueilli des renseignements sur la façon de faire les fromages, le Kirswasser, la glu ; il y a des notes souvent illisibles ou abrégées..., par exemple : « Couvents..., Almanach des Vosges dit hermites venus, les uns par oisiveté, alii par suite de libertinage et débauches (p. 30)... Je demande preuves... Senones, Voltaire ibi, avec Calmet, hypocrite, dévot, à procession Fête-Dieu, a fait 4 vers pour bas de son portrait... hospitalité de moines, outragés par qui en profitait. » — A la suite de ce voyage, Grégoire reçut un grand nombre de lettres : 18 vend, an VlII. Simon, curé de FougeroUes, lui envoie une recette pour confectionner la glu... Un pharmacien de Remiremont lui adresse un traité sur les oiseaux du pays et sur la manière dont on leur fait la chasse ; le chapitre relatif à la pauvre petite mésange mérite d'être lu.
J'ai vu à la Bibliothèque nationale (n» 11422, f. français) un manuscrit petit in-foHo de 343 millim. sur 220, intitulé : « Observations sur l'état actuel de l'instruction publique, des bibliothèques, des archives, des monumens dans les départements de la Haute -Marne, de la Saône, des Vosges, de la Meurthe », que Grégoire remit à rinstilut. (( J'arrive d'un voyage... J'ai porté un
œil observateur sur les mœurs, les usages, Tinfluence de la Révolution sur Tagriculture, les manufactures, les bibliothèques, les archives, les écoles... Il y a dix ans que ciiaiiue commune de ces départemens avait un maître, souvent aussi une maîtresse; la méthode était bonne, surtout dans les Vosges et la Meurthe... De toutes parts on stimulait le zèle des parens; l'émulation de tout cela n'est plus, la persécution a tout détruil, l'ignorance menace d'envahir la campagne, les villes mêmes... On a beaucoup raisonné et même déraisonné sur l'étabUssement des écoles et les écoles sont encore à naître... » D trace un tableau fort triste des écoles centrales : « Tignorance continue à détruire... Depuis trois ans, le Gouvernement a dépensé certainement des miUions pour persécuter les opinions, tourmenter les citoyens, faire haïr la République ; avec la moitié de ce qu'on a de cette sorte, volé au peuple pour lui faire du mal, on eût fait chérir la liberté, activé l'industrie nationale et donné l'impulsion aux sciences et aux arts. »
i799 (an VIII). i8brum. — Le Conseil des Cinq-Cents est brusquement dissous. Le journal rédigé par Grégoire (les Annales de la religion) voit, dans ce coup d'État, un espoir de salut pour la hberté religieuse.
iSOO {30 janvier), — Grégoire écrit aux professeurs de l'École centrale de Nancy : « Votre école est citée parmi celles dont la composition et le succès sont des plus éclatans. » Il sera heureux de les aider à obtenir tout ce qui leur manque.
Il lit à rinstitut une « Apologie de Barthélémy de Las- Casas. Le vénérable évêque de Chiappa n'a ni introduit ni favorisé la traite des nègres.
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2 sept. — Il préside à Blois un synode qu'il a convoqué, dès le 20 juillet, par une circulaire de 8 pages in-8°. « Il y invite les dissidens à se présenter, à quitter leurs oratoires clandestins... On ne parlera de politique que pour aflSrmer l'obéissance aux lois, V attachement au Gouvernement. » Cinquante ecclésiastiques à peine répondent à son appel; les champions de la nouvelle Église gallicane, les prêtres jureurs n'ont plus pour les soutenir les sociétés de chasse *, on les repousse partout, on accueille avec faveur les insermentés, aucun ne se présente au synode. — Grégoire irrité publie les actes du synode (1 vol. in-8° de 94 pages), avec une violente réfutation des pamphlets dirigés contre lui... a La fille qui, à Blois, joua le rôle de la déesse Raison, signala sa conversion, en recevant la bénédiction nuptiale de la main d'un prêtre dissident, plus traitable que ces constitutionnels, qui auraient certainement exigé une réparation publique du scandale. »
i5 sept, — Il assiste au concile métropolitain de Bourges ; au retour, il adresse au premier Consul, qui le lui avait demandé, un « mémoire sur la manière de négocier avec la Cour de Rome, pour faire cesser les troubles religieux de la France ». Il établit la situation, il oppose aux crimes de la Convention et du Directoire, « la conduite sage et mesurée du général Bonaparte, qui partout respectant le culte, veut, du sein même de la religion faire sortir cette force morale propre à consolider les républiques » ; il expose la politique de la Cour romaine : c( ses brefs séditieux sur les affaires de France,.. Que les