‹ La vie et les œuvres de l'abbé GrégoireChapitre 39 sur 52 · Taine, ch. III · texte numérisé non relu

Taine, ch. III

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négociateurs se tiennent en garde contre l'astuce et les prétentions de Rome... Le pape ne fera rien sans les individus influents du Sacré-Collège... Le levier qui ébranle la France est à Rome ; les évêques émigrés dirigent le mouvement... La France est placée entre deux écueils: d'une part, les préventions de l'ambition aigrie, la cupidité irritée; de l'autre, la discorde religieuse, qui agite la République... On exagère la puissance du clergé dissident... Le Gouvernement doit encourager le clergé assermenté; le passé le prouve... Sous le gouvernement monarchique ^ nos libertés furent défendues d'une manière éclatante ; aurions-nous moins à espérer du gouveniement de la République ? » 11 résume en quelques articles les mesures préliminaires ou concomitantes des négociations; ce document a été imprimé in extenso au sixième volume de V Histoire des sectes religieuses, k la même époque et dans le même ordre d'idées, il rédige un « mémoire sur l'établissement d'une commission consultative pour les affaires de la religion ». Il appelle le passé au conseil de l'avenir ; « la persécution religieuse a été l'une des plaies les plus profondes qu'on ait faites à la société... Quand il y a collision entre la religion et l'Etat, celle-là y perd souvent, celm-ci y perd toujours.,, la religion est une enclume sur laquelle viendront éternellement frapper et se briser tous les marteaux,.. L'expérience de quarante siècles atteste que les points de contact entre la religion et l'État sont la partie d'administration la plus délicate,... de là la nécessité de créer une commission qui s'occuperait de l'examen des rapports permanens et journaliers de la religion avec l'État... Depuis Constantin jusqu'à nos jours, on en trouve

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Tanalogue chez presque toutes les nations chrétiennes... Dans le siècle demielr, un conseil de conscience existait même sous le régent. Cette mesure ne produira que du bien, elle n'occasionnera pas de dépenses, les frais de bureau seront presque nuls; un local, un secrétaire, quelques Uvres faciles à trouver dans les dépôts. La commission devra en outre s'occuper de l'instruction de la jeunesse, une lacune de dix ans est un des dangers les plus imminens qui puissent menacer la société. Elle se composerait de dix membres choisis parmi les hommes de loi, les magistrats, les ecclésiastiques... L'auteur de ce mémoire invariablement attaché à la République n'a pas le désir de se donner une importance politique, à laquelle il n'aspire pas, ni la prétention de tracer des règles à l'autorité gouvernante... faire le bien et le bien faire, telle est sa devise et quand même le premier Consul n'adopterait pas le projet, le motif qui l'a dicté obtiendrait encore son approbation. » Dans un dîner chez Joseph Bonaparte, a l'aménité du maître de la maison me mit à portée de converser longtemps avec Spina, un des agents de la Cour romaine venus à Paris... Il désirait une entrevue avec moi..., des intermédiaires furent chargés d'en provoquer une, entre autre, Savoye, de Gérando (de l'Institut) et même Lalande, qui dans ses ineptes et abominables brochures, distribue des brevets d'athéisme. Si M. Spina désire me voir, répondit Grégoire, il peut venir... L'entrevue eut lieu... Spina sortit, je pense, plus pénétré d'estime que d'amitié. Lesgazettes m'envoyaient en ambassade à Rome, une foule de gens sollicitaient des places dans ma légation, elles me décoraient du cardinalat, qui n'est qu'une superfétation étran-

gère à la hiérarchie et surtout inconnue de la primitive Église*. »

iSOi (an IX). 28 vend. — Le ministre de Tintérieur nomme le citoyen Grégoire membre du Conseil du Conservatoire des arts et métiers.

25 frim. — Il reçoit un diplôme de membre associé correspondant du lycée des sciences et arts de Marseille.

27 niv. — On lui adresse le diplôme d'associé correspondant de la Société libre d'agriculture des Pyrénées- Orientales.

Si mars. — La situation de son diocèse est déplorable; les vicaires généraux de Tévêque de Thémines ont pubUé un mandement ; son vicaire Boucher est mort, Dupont s'est rétracté, il y a plus de soixante prêtres insermentés dans la seule ville de Blois, il ne reste pas quatre-vingts prêtres constitutionnels.

29 juin{iO mess.). — Au jour de la fête de Saint-Pierre, en l'égUse métropolitaine de Paris, l'évêque de Blois prononce le discours d'ouverture du deuxième concile national : il signale les efforts tentés depuis le premier concile pour rétablir le culte; il voudrait inscrire sur le frontispice du siècle qui vient de s'ouvrir : accroissement de la foi, régénération des mœurs, union des cœurs; il insiste sur l'utiUté, la nécessité des conciles et des synodes, il fait une revue rétrospective des concordats, il flétrit les tentatives impies pour substituer le décadi au dimanche, il déplore, avec amer tune, la lâcheté, la mauvaise foi des dissidents, qui refusent de prendre

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