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tend que cela pour lui faire part de ses bontés. On rend justice à ses bonnes qualités, à son attachement à la religion, qu'il défend avec énergie, contre les incrédules et les libertins. »
5 prairial. — Il reçoit un diplôme de membre de la Société d'agriculture, sciences, commerce et arts de la Haute-Saône, avec une lettre très respectueuse du secrétaire. « M""* Dubois jouit-elle présentement d'une bonne santé ? Présentez-lui mon respectueux hommage. »
7 frtid. — Diplôme de la Société départementale des sciences et des arts de Mayence, avec un extrait très flatteur du procès-verbal de son admission.
Le citoyen Fauriel s'excuse, dans les termes les plus respectueux, de n'avoir pas rendu assez vite le livre que M. le sénateur a eu la complaisance de lui prêter ; il exprime ses remerciements et son vif regret.
An XIV. iO nivôse. — Diplôme de membre correspondant de la Société d'émulation de la ville de Cambrai.
Août et septembre. — Voyage en Allemagne. Il visite successivement Francfort-sur-le-Mein, Berlin, Dessau, Seezen, où il constate, dans une école ou plutôt un lycée exclusivement réservé aux juifs, les talents des maitrès et les progrès des élèves. A Goettingen, le 30 août, il assiste à une séance de la Société royale des sciences ; on lui décerne le titre de membre associé ; le diplôme, que j'ai copié à la bibliothèque de Nancy, contient cette phrase: a Sodaliumex suffragiis... virum doctissimum Henricum Grégoire illustrissimumimperii GalliarurnsenatoreMy instituti,.. socium... quem nominis, doctrinœ, virtutisque ne priidentice civilis fama coluimus prœsen-
tem admiramur ac veneramur. » Au retour, il publie, sous le titre d'Observations nouvelles, divers opuscules, qui furent traduits en hollandais, en allemand, en italien. 11 critique un règlement du Prince-Primat, qui soumet les rabbins à l'examen du consistoire luthérien : a pour être juste, il fallait soumettre celui-ci à l'examen des rabbins... cette ordonnance dictée par rintolérance luthérienne est digne de la stupidité du moyen âge, sous un prince qui est en avant de son siècle. »
7 oct. — Diplôme de membre honoraire de la Société ducale minéralogique d'Iéna.
i6 décembre. — Une lettre de part: « M. Geoffroy Saint-IIilaire a l'honneur de vous annoncer que M"*' Geoffroy Saint-Hilaire est heureusement accouchée ce matin d'un garçon ; la mère et l'enfant se portent bien. > Dans le même dossier, je lis de semblables communications de la part du maréchal Lannes, de Portails, des invitations à dîner, des billets d'enterrement: « Vous êtes prié d'assister au service qui se fera, lundi prochain, à 10 heures du matin, en l'église Saint-Séverin, pour le repos de l'âme de discrète et scientifique persomie Messire Nicolas Leroy. De profundis. »
26 décembre. — Grégoire assiste à une séance de l'Institut, convoqué extraordinairement pour entendre la lecture d'une lettre de l'Empereur au ministre de Tintérieui", avec injonction de la communiquer à la docte assemblée ; il nous en a conservé le texte : « Si M. Lalande continue à professer l'athéisme, je serai obligé de me rappeler que mon premier devoir est d'empêcher que l'on n'empoisonne la morale de mon peuple. > M. de Lalande présent à la séance, écrit Grégoire, pria Tlnsti-
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tut de recevoir sa déclaration, qu'il se confonnerait aux intentions de TEmpereur.
i807. — n publie un ouvrage intitulé : De la Littérature des nègres, ou recherches stir leurs facultés intellectudles, leurs qualités morales et leur littérature.
2 avril. — Diplôme de membre associé étranger de la Société académique de Besançon, délivré à M. le sénateur Grégoire, évêque démissionnaire, membre de rinstitut. Le secrétaire, un de ses anciens amis, lui écrit: a N'allez pas nous refuser, je vous excommunierais, j'attends même que vous me ferez une petite lettre ostensible portant votre acceptation... Malgré un carême à feu et à sang, je me porte assez bien... Conservez précieusement votre santé et donnez le même avis à M""® Dubois, que je prie d'accepter mes hommages, ainsi que vous et M. Dubois ; je vous embrasse tendrement. »
d808. i2 mars. — Seul, il refuse de voter l'adresse de félicitations à l'Empereur au sujet du rétablissement des majorats, d'une noblesse héréditaire et des titres héraldiques. On le dénonce, il écrit : a Je suis persuadé que l'Empereur a un profond mépris pour les délateurs et de l'estime pour l'homme courageux, qui se montre aussi intrépide dans l'énoncé de ses opinions que fidèle à ses serments envers lui,.. Ma fidéhté n'est pas un calcul d'intérêt, mais le dictamen de ma conscience, qui sans approuver se soumet et qui a promis non d* aimer, mais d'obéir. » Il faut lire dans ses Mémoires, surtout dans les notes privées, ses boutades sur le Sénat, sur la noblesse ; il y a des phrases mêlées de latin, inachevées. « Le Sénat a septembrisé les principes... Armoiries, ego une croix... Nova noblesse, insolence... Noblesse, fruit
d'adultère... Sénat conservateur, oui conservateur de ses traitements... »
2 avril. — Diplôme de membre de l'Académie royale de Munich.
23 avril. — Il termine ses Mémoires y qu'il conserva durant 23 ans; ils devaient être publiés après sa mort, « comme une confession et un testament ». Les deux manuscrits sont déposés à la bibliothèque de l'Arsenal. Je les y ai tous deux consultés : le premier (n** 259) comprend 333 pages in-4°. Grégoire a écrit sur le verso des lettres et des notes, qui m'ont fourni les plus utiles renseignements sur sa vie privée, ses relations. Le second (n° 5291) est une copie mise au net de cet important travail, auquel M. Carnot déclare avec raison « qu'il n'y a pas été changé une ligne ». L'épigraphe est de saint Jérôme : (( Hoc mihi prœsUterunt amici mei, ut si tacuero reus, si respondero inimicus judicer, dura utraque conditio, sed e duobus eligam quod levius est. Le bonheur a fui loin de moi, depuis mon entrée dans les affaires publiques... toujours moi et n'appartenant à aucun parti, j'ai été en proie à la rage de tous... L'homme probe doit repousser l'imposture des accusations, comme celle des éloges... J'écris sous les yeux de celui qui voit tout et dont la providence tutélaire m'a comblé de grâces... Je n'ai jamais compté que sur Dieu, je me confie à sa miséricorde et j'abandonne à l'injustice ou à la justice des hommes ces Mémoires, qui ne paraîtront qu'après ma mort. » J'ai publié dans la première partie de nombreux fragments sur le chapitre II, relatif à son enfance, à son adolescence, à ses premiers travaux. Voici quelques extraits des autres : « Ma vie littéraire. Lorsque la Conven-
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tion, livrée au brigandage, ne permit plus à la raison l'accès de la tribune, lorsque le blasphème, les déclarations furibondes et les paroxismes de la frénésie y remplacèrent le langage de Fhumanité et de la sagesse, le comité d'instruction publique me parut le seul où quelque bon sens s'était réfugié... Mais là aussi était l'ombre au tableau... J'ai mentionné ailleurs l'histoire de ce calendrier nouveau inventé par Romme pour détruire le dimanche... D'après ses calculs, il découvrit que, dans 3,600 ans, l'année ne devait pas être bissextile... Unous fit un rapport sur cet objet et il présenta au comité un projet de loi... Je demandai Tajoumement à 3,600 ans ; l'ajournement fut adopté et le rapport imprimé. Au comité, j'étais réduit sans cesse a lutter contre des projets dictés par la haine antireligieuse... Plus d'une fois... on fit admettre des propositions hideuses ou absurdes, lorsque j'étais forcément absent par maladie ou pour intercéder, au comité de sûreté générale, en faveur de malheureux persécutés... gens de lettres ou prêtres dissidents... Pour sauver les gens de lettres, je fis créer une commission des arts... Nous mettions ou faisions mettre en réquisition les gens de lettres cachés ou endoloris dans les divers coins de la France... J'en avais dressé des listes... A rinstitut, j'ai lu: 1" une réfutation de la théorie de Godwin sur la reconnaissance ; 2** un voyage dans les Vosges ; 3° des recherches sur la domesticité ; 4** un traité sur les facultés et la littérature des nègres ; 5** l'apologie de Barthélémy de Las-Casas ; 6* un mémoire sur Sierra-Leone ; 7° un essai sur le progrès des sciences politiques ; 8** une histoire de Tagriculture au xvi* siècle... Voué aux lettres dès mon enfance, j ai vécu avec
ceux qui les cultivent ; peu d'hommes, en Europe, ont eu avec eux des correspondances aussi étendues... Les gens de lettres ne sont guère que des meubles de décoration, de vanité, dont par là même on fait des meubles de garde-robe... En rédigeant celte philippique, autrefois j'eusse excepté du blâme les savants. Mais sous ma plume accourt le souvenir des adulateurs... La probité politique est très rare, il en est de même de la probité littéraire... Dans un ouvrage sur les progrès de Tart social, je place en première ligne les efforts concertés (Je tous les hommes qui cultivent leur raison ou communiquent au pubhc le fruit de leurs recherches... Muratori a jeté quelques vues sur une confédération des savants, il nomme des archontes... La République des lettres frappe d'anathèmc quiconque voudrait Tasservir... Les Français cultivent peu les langues ; semblables au gentilhomme qui, à défaut de mérite personnel, se targue de celui de ses ancêtres, ils sont d'une ignorance grossière sur les littératures étrangères... Mes correspondances en diverses contrées, mes réunions hebdomadaires de savants étrangers et nationaux sont pour moi une source intarissable de jouissances pour l'esprit et pour le cœur.
(( Ma vie politique. — La calomnie, qui affirme toujours et qui ne prouve jamais, a répélé que nous avions reçu de l'argent des nègres... Je pardonne volontiers aux colons de m'avoir, au Gap, pendu en effigie... J'avoue que leur mauvaise foi et leur tyrannie m'ont attaché à la cause des nègres... Toussaint-Louverture me suppliait de faire moi-même le voyage de Saint-Domingue pour organiser l'administration spirituelle... Ma haine pour le despotisme m'a valu la haine de Galonné,
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de Bertrand de MoUeville... Louis XVI lui-même m'a accusé dans ses lettres. — Un jour, dans le cours de ma présidence, je portais, au roi, des décrets ; on me dit que le roi était au Conseil et que je ne pouvais le voir... J'exprimai mon indignation au grand-maître de la garderobe... Une heure après, je retournai chez le roi, l'appareil des honneurs rendus au président eut quelque chose de plus solennel qu'à l'ordinaire. Mirabeau me succéda... Je lui recommandai de ne pas se laisser manquer par le Président du pouvoir exécutif... Lorsqu'on eut la simplicité de ramener le transfuge, qu'il fallait pousser hors des frontières, en lui fermant à jamais les portes de la France, le peuple avait encore le sentiment de sa dignité... Partout où passait la voiture, défense était faite de se découvrir et des secrétaires de bureau accourus sans leurs chapeaux furent obligés d'y suppléer en nouant leurs mouchoirs autour du cou. — Je neconnais rien de plus fou, de plus impolitique que d'avoir voulu greffer le républicanisme sur Vimpiété, c'est-à-dire sur ce qui lui est le plus opposé, au Heu de montrer partout la sainte alliance du christianisme et de la démocratie. Imperturbable dans mes principes pohtiques et religieux, je suis détesté par ces individus, dont les variations sont aussi nombreuses que celles dont Bossuet a tracé le tableau... Se relèvera-t-elle jamais de son ignominie cette France si avilie et si vile?... Je vois de toutes paris le despotisme et le népotisme escortés de rignorance applaudir à la secte des obscurants... La plupart des hommes à talent qui nous restent, plus vils que les individus qui remplissent les bagnes et les repaires du libertinage, semblent confédérés pour étouffer
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môme la liberté de penser... Mais où me conduisent ces réflexions amères ? à l'aurore de la Révolution, je crus sourire à la liberté, je me livrais à cet élan, avec la loyauté et le dévouement sans bornes d'un cœur brûlant du désir de concourir au bien de ses semblables, de ramener la vertu et le bonheur sur la terre... Dans les dix-neuf siècles révolus depuis dix-neuf ans, on a fait sur le cœur humain un cours expérimental le plus complet, le plus désolant... N'est-ce pas Racan^ qui l'a dit:
Vouloir ce que Dieu veut Est la seule science Qui nous mette en repos.
C'est la traduction versifiée de ces mots : FicU voluntas tua.
« Ma vie ecclésiastique. — Une éducation chrétienne et raisonnée est un des plus grands bienfaits de la Providence; par là elle m'avait prémuni contre les dangers à courir dans la société des gens de lettres... Les incrédules ont attaqué la religion sur les abus que Tignorance et l'hypocrisie voudraient lui associer... Aujourd'hui les hypocrites attaquent la philosophie sur les égaremens de ceux qui se parent de sa livrée. Nous n'imiterons pas les pharisiens modernes en imputant à celle-ci les excès qu'elle désavoue ; mais nos ennemis auront-ils jamais la loyauté de nepas imputer au christianisme les forfaits qu'il abhorre .'. . . Le comte Rœderer avait soutenu que le décadi mangerait le dimanche , ignorait-il que la France abhorrait son décadi, que les chevaux même et les autres bêtes