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Non, e'est Malherbe

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de somme n'en voulaient pas... Je suis très attaché à la religion, très attaché au chef de l'Église, mais je n'aspire pas à la barette, dont je laisse à d'autres tout l'honneur, si c'en est un. — Aujourd'hui, 23 avril, je termine ici mes Mémoires... En les relisant, je les trouve très imparfaits, très incomplets... Mais je suis bien aise d'avoir au moins cette rédaction informe... Elle sera dépositaire de mes sentimens; si Dieu prolonge mes jours, je retravaillerai cet ouvrage, en y joignant mon testament moral. Que Dieu répande ses bénédictions sur moi, sur mes amis et sur mes ennemis, .pour lesquels je donnerais mon sang et ma vie. »

30 mai, — Il achète, au prix de 85,000 fr., en l'étude de M® Boulard, notaire à Paris, le domaine de Grange- Neuve, arrondissement de Sens. Par bail authentique, ce domaine, qui comprend 251 •'H* 89° est affermé pour 5,000 fr.

d808. 6 juin. — Membre de l'Académie étrusque de Cortona, il reçoit un diplôme qui, gravé dans un cartouche emblématique, est aussi remarquable par le dessin du célèbre antiquaire N. Marcello Venuti que par l'exécution de l'artiste Teodoro Vercinèse.

2 juillet. — La Société d'agriculture de Rostock lui décerne un diplôme de membre honoraire.

25 juillet. — Par lettres patentes datées de Bayonne, Napoléon confère le titre de comte à son cher et amé Grégoire. Il ne proteste pas, mais il ne veut pas de livrée ; il jette au fond d'une armoire le galon que M""^ Dubois lui présente ; il ne consent à le lui rendre que lorsqu'elle promet de s'en servir pour border les

meubles du salon ; la scène est curieuse. Cependant, il prend fort au sérieux les dignités qu'on lui confère, il refuse une invitation du cardinal Caprera, parce qu'elle est adressée au sénateur et non à Tévêque; il aime qu'on rappelle monseigneur. Il trouve fort mauvais que les voitures des sénateurs ne soient plus admises dans la cour d'honneur aux Tuileries et à Saint-Cloud. La bibliothèque de Nancy a remis au Musée lorrain ses lettres patentes et son écusson. Il est d'argent, à la croix palée (le gueules, franc quartier des comtes sénateurs, d'azur à un miroir d'or en pal, après lequel se tortille un serpent d'argent brochant sur le tout.

2 octobre. — M. Coster, professeur de législation à l'ancienne École centrale, prie le sénateur Grégoire de lui faire obtenir la place de recteur, dans le cas où Nancy deviendrait le siège d'une académie universitaire. « Retiré dans sa belle campagne de Gentilly, avec une pension de 3,000 fr., il est octogénaire, mais il veut fuir l'ennui et les dégoûts de l'inutilité. »

1809. 20 janvier. — M. Haldat demande au grandmaître de l'Université la place de professeur de physique et de chimie à l'Académie de Nancy; il écrit à M. le sénateur : « Oserai-je vous prier de me recommander. »

i8 février. — Il est nommé membre honoraire du musée de Francfort-sur-le-Mein.

16 avril. — La Société académique désire l'établissement, à Nancy, d'une Université; elle exprime, à M. le sénateur, ses inquiétudes; elle réclame son puissant concours. Grégoire répond, le 2i avril : « Messieurs, hier, j'ai reçu votre lettre, sur-le-champ j'ai écrit au

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chancelier de TUniversilé pour savoir quel crédit mérite la nouvelle fâcheuse qu'on vous a donnée. Je lui ai exposé rapidement les raisons qui militent pour rétablissement d'une académie dans une ville qui possédait une Université et qui, à travers les orages de la révolution, conser\^ant des savants distingués et sa réputation littéraire, perpétue les bonnes études avec autant de zèle que de succès. Je reçois la réponse et je me hâte de vous l'envoyer. Le départ très prochain du courrier ne me permet pas de vous écrire plus longuement. Soyez persuadés, Messieurs, que dans toutes les circonstances possibles, je me ferai un devoir et un plaisir de prouver à mes compatriotes, à la Société académique et à Vous en particulier mes sentimens d'estime et d'attachement, f L'ancien évêque de Blois, sénateur, Grégoire. »

27 avril, — Le curé et le maire de Vého le prient de recommander au préfet une pétition relative à la réparation de l'église ; la lettre est adressée à monseigneur l'évêque de Blois, l'un des premiers membres du Sénat conservateur de France et membre de la Légion d'honneur. » Le maire, Bister, son ancien camarade, « le bon voisin de ses braves père et mère », lui donne des nouvelles du pays ; il finit par ces mots : Je vous salue avec amitié.

2 may, — Au nom de l'Académie, M. Haldat le remercie : (( Nous avons toute confiance en un patron aussi excellent et aussi capable de défendre nos intérêts. »

i^^ juillet, — Voyage en Lorraine. — Dans une série de lettres conservées à la bibliothèque de Nancy (1. 534), Grégoire rend compte à M™® Dubois des incidents de son voyage. La première est datée de Nancy : «Je débute

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par le journal de mon voyage: à Clayes, près Meaux, j*ai visité une manufacture de poules blanches, elles étaient par ccnlaines dans une basse-cour... Leur plume est préférée à celle des poules colorées, deux ou trois fois Tan, on la leur enlève; à Clayes, on dépouille les poules, à Paris, on dépouille tous les animaux et on pille les pauvres humains. » A dix heures du soir, il est arrivé, à Épernay, « chez ces braves gens qui vous logèrent, il y a six ans, ainsi que votre aumônier; on s'est hâté de me parler de vous,... de votre santé. » Le mardi, il est arrivé de bonne heure à Ghâlons, il y a passé la journée avec des personnes qu'il a connues, il y a vingt ans ctplus... « Voilà ce que c'est que d'être vieux... » Plus tard, il parle de son séjour à Lunéville, à Vého, à Emberménil... M. et M"* Germain, à Réchicdurt, lui ont donné à dîner, les curés des environs, l'abbé Jennat. M"" Marchai étaient au nombre des invités... On voulait le retenir plus longtemps... ; à son passage à Laneuveville-aux-Bois , à Marainviller, on a sonné les cloches, il a été l'objet de démonstrations publiques les l)lus bienveillantes... Il a visité des tombeaux chéris, il a satisfait à la tendresse amicale et filiale... 11 a été tellement attendri que son âme ne suffisait plus à tant d'émotions, il a craint d'être malade. Son voyage fut moins long qu'il ne l'avait pensé, il voulait aller se concentrer dans une solitude des Vosges, au milieu des lacs et des sapins, mais « ma bourse me le défend... J'ajourne ce voyage à une autre année, si je suis au monde ».

P^ août. — Il publie des Observations sur le poème « the Colombiadde Barlowi>é (Paris, in-8°, 46 p*)

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Psaume, de Commercy, le remercie d'avoir plaidé sa cause auprès du préfet de la Moselle. Fachot, son correspondant de Nancy, lui envoie des nouvelles et des livres.

26 août. — Sermet, ancien métropolitain de Toulouse, meurt à Paris. Grégoire prononce son oraison funèbre : il rappelle aux pieux laïques, aux vénérables prêtres, aux révérendissimes évêques rassemblés dans le temple, les vertus du défunt, ses études dans Tordre des Carmes déchaussés, son ferme et vaillant caractère comme catholique et comme évêque, durant celte persécution la plus atroce qui ait désolé P Église de France; la fureur de Dioctétien jointe à V astuce de Julien. . . profana, renversa nos autels, remplit les cachots de victimes, fit ruisseler le sang et poursuivit les chrétiens jusque dans l'asile de la pensée...; elle frappa les pasteurs pour disperser les fidèles.

i5 décembre. — Le mariage de l'Empereur est annulé, par défaut de formes, devant l'ofBciahté diocésaine, en première instance et devant l'autorité métropoHtaine, en seconde instance. « On a procédé, dit M. Thiers, avec la décence convenable et la pleine observance du droit canonique », on n'a pas eu recours à la forme du divorce. Inflexible dans ses opinions, Grégoire proteste ; on a violé l'indissolubilité du mariage ; il n'assistera pas à la cérémonie rehgieuse. Il tint parole : il n'était pas aux Tuileries, le 2 avril suivant.

A l'occasion de l'année séculaire de la destruction de Port-Royal, il publie une seconde édition des Ruines de ce monastère, il y retrace, avec émotion^ l'influence de l'école de messieurs de Port-Royal sur la pureté du

goût, l'amour des fortes études, la marche de Tesprit humain vers le beau, l'honnête et le vrai. J'ai analysé ce travail dans la première partie (38-39) '.

iSiO. ii janvier. — Il avait publié dans un recueil intitulé : Cérémonies et coutumes religieuses, de nombreux fragments d'une Histoire des sectes religieuses au xviii* siècle. Mécontent des inexactitudes de cette publication, il fait imprimer, en deux volumes in-8%une première édition de ce hvre. Le chapitre sur la basUéolatrie éveille l'attention du ministre de la police, Fouché, qui fait saisir tous les exemplaires chez l'imprimeur et chez les libraires; il écrit à son ancien collègue une lettre sèche , laconique , impérative : « Votre ouvrage renferme sans doute quelques vues utiles, mais aussi des opinions et des détails que je ne puis approuver... Je prends encore plus d'intérêt à votre repos qu'à votre gloire littéraire. J'ai l'honneur de vous saluer, le duc d'Otrante. »

27 septembre. — L'abbé Jennat, le mandataire de ses libéralités, lui adresse une longue lettre ou plutôt un décompte de ce qu'il a dépensé en dons et en aumônes. « P. S. Présentés par vous, M. et M"* Dubois voudront bien me faire l'honneur d'agréer mes respectueux hommages. »

i5 novembre, — M. Noël , maire de Sommerviller, remercie M. le sénateur d'avoir accueilli sa requête, il a remis à son protégé « six napoléons et un paquet ».

i8i2. 22 janvier. — Marchai, maire d'Emberménil, a

1 . Sainte-Beuve, dans son Histoire de Port-Royal est injuste pour cette brochure « intéressante en somme, mais pleine de faits entassés pôle-mèle ».

représenté Tévêque comme parrain de l'une des cloches, il le remercie de ses largesses: « je souhaite que cette filleule puisse encore nous annoncer plusieurs fois votre arrivée » ; il lui exprime la reconnaissance des habitants et la sienne, il lui annonce la mort de sa tante, qu'il recommande à ses prières.

3 février. — Le président de TAcadémie ionienne de Corfou envoie à Tancien évêque de Blois, sénateur Grégoire, un diplôme de membre correspondant. « Je regrette, lui écrit Grégoire, de ne pouvoir vous adresser mon Histoire des sectes religieuses, dans laquelle j'ai inséré un très grand article sur Tétat actuel de TËglise grecque. J'ignore quand sera levé l'embargo sur ce livre. »

i5 juin. — Il envoie à Bégin, de Metz, un grand nombre d'articles biographiques et de notices sur les martyrs de la foi, prêtres de Lorraine, morts à Rochefort, et aussi une note sur Lalande, de l'Oratoire, qui après * trois refus finit par accepter sa nomination d'évêque de la Meurthe. (Cart. 345.)

L'Empereur a quitté la Russie, on s'agite à l'intérieur; Grégoire prépare un projet de déchéance. Ce projet, dit M. Carnot, est une diatribe singulièrement passionnée contre Napoléon, un acte d'accusation ab irato. Je n'analyse pas ce triste document, où il insulle tous les corps constitués, le Tribunat, le Corps législatif, les administrations, les tribunaux, le clergé, l'Université, organisée de manière à jeter toutes les têtes dans le moule pétri par le despotisme, pour étouffer toutes les idées de liberté; je me borne à reproduire textuellement deux phrases: « En égorgeant les peuples..., il voulait ne voir

dans leurs chefs que des esclaves, il eut même llnsolente prétention de l'apprendre à la postérité. Des artistes, profanant le marbre et Tairain, ont multiplié les monuments de son orgueil, monument que la vengeance étrangère et nationale doit réduire en poudre, et aussi cet article 9 de la déclaration : Le Sénat, au nom de la nation, vote des remerciements solennels aux puissances alliées, dont le courage victorieux Va soustrait au joug de la ttjrannie. »

iSiS. iO janvier, — Grégoire propose à TAcadémie de Nancy de continuer V Histoire de Lorraine de Dom Calmet ; il a recueilli des documents, il est en relation avec les hommes les plus compétents; sa correspondance à ce sujet est très instructive; il y a surtout entre Fachot et lui, un échange de notes sur les mœurs, les lois, les coutumes de Lorraine ; le laborieux bibliothécaire a rédigé pour le sénateur une notice sur les manuscrits et les livres qui ont rapport à notre histoire.

20 janvier. — L'institutrice de Laneuveville-devant- Foug remercie Grégoire du secours de cent francs qu'il lui a envoyé.

2i janv. — Le curé de Gérardmer rappelle à Monseigneur le bonheur qu'il a eu à le recevoir durant l'un de ses voyages ; il réclame un service : il prépare quelques élèves pauvres pour le sacerdoce. « J'ai été dénoncé au recteur qui m'a fait écrire par le procureur impérial ; j'espère, grâce à votre puissante infervenlion, n'être plus troublé dans l'exercice d'une œuvre si charitable, i

i*"" juillet, — La santé de M"® Dubois est mauvaise, Grégoire la conduit en Lorraine; il nous a laissé le récit de leur séjour a Vého, à Emberménil, à Nancy, où sa vé-

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nérable amie reçoit i'hospilalilé à la maison du Refuge. L'évêque en garde une vive gratitude. Le 12 septembre, de Paris, il écrit à la sœur Clotilde : a Madame, j'avais quelque envie de vous écrire en latin, c'est la langue de votre diurnal, vous auriez compris ce que je vous aurais dit, comme ce que vous dites à Dieu... j'acquitte ma promesse en vous envoyant quelques livres, dont la liste est ci-jointe,... ils doivent vous arriver franc déport... Vous y trouverez entre autres... un Nouveau Testament et une Imitation en allemand... Votre maison ayant des salles où sont enfermées des personnes qui ont vécu dans le désordre, il importe de placer sous leurs yeux des exemples de quelques convertis... Ces livres ne sont pas neufs,... il ne faut pas juger les livres par la couverture, pas plus que les hommes par l'habit... Je me hâte d'arriver à ma mère adoptive. M™® Dubois, à qui je lis ma lettre et qui s'impatiente de ce que je ne vous ai pas encore parlé d'elle, de sa reconnaissance pour les témoignages multipliés de bonté que vous lui avez donnés... En passant à Saint-Dizier, j'allai visiter la colonie de votre congrégation, et la sœur Caroline, avec la doyenne, s'empressèrent de venir à l'hôtel, voir notre chère malade... La bonté de cœur est une heureuse épidémie pour les sœurs de Saint-Charles... La santé de M"® Dubois ne s'est pas empirée, sans être bonne... Vous savez qu'elle est extrêmement grasse, nous aspirons à ce qu'elle devienne aussi maigre que la sœur Euphémie... Certes, Madame, si sa santé ne se rétablit pas et si la mienne ne se fortifie pas, croyez-le bien, ce ne sera pas votre faute, car vous nous avez munis de moyens curatifs et conservateurs pour l'estomac et pour la poitrine. .♦ Les

souvenirs de M"® Dubois et les miens se reportent souvent sur votre maison, où j'ai été édifié de runion qui y règne et de cette piété douce et franche, qui sanctifie toutes les actions... Vous avez notre amitié, Madame et chère sœur ; partagez-en l'assurance avec la sœur Euphémie et avec toute votre communauté ; si de quelque manière nous pouvons vous en donner des preuves, disposez de nous par réciprocité de sentiment,... ne nous oubliez pas dans vos prières. »

i9 sept. — La réponse ne se fit pas attendre : « Monseigneur, j'ai eu l'honneur de recevoir votre lettre et les livres... je ne puis vous exprimer ma reconnaissance,... nous ne pouvons nous venger qu'en priant le Seigneur de vous accorder des jours longs et heureux pour le bonheur de ceux qui vous connaissent et qui, comme nous, profitent de l'exemple de vos vertus... La communauté a appris avec joie votre heureux retour et celui de la respectable M""® Dubois, qui nous avait donné beaucoup d'inquiétudes,... nousne l'avons pas oubliée devant Dieu... Vous vous êtes rappelé. Monseigneur, que j'aimais de prier en latin... Sij'allais à Paris, ma plus grande jouissance serait de voir non la capitale, mais vous, Monseigneur, et M™® Dubois... Il suffit de l'avoir vue une fois, pour apprécier ses aimables quaUtés ; je la prie d'agréer mon profond respect... Vous nous comblez de joie en nous annonçant que nous aurons l'honneur de vous voir dans le pays et surtout dans notre chaumière... Permettez que mes compagnes et moi nous ayons l'honneur de vous assurer de nos sentiments du plus profond respect. Sœur Glotilde Pothier. >

i2 octobre. — M. Gley, principal du collège de Saint-

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Dié, écrit à Monseigneur : « J'ai remis vos lettres au bibliothécaire Fachot et à l'évêque de Nancy, qui désire un petit séminaire à Saint-Dié. Il craint les lycées, où les jeunes ecclésiastiques ont à entendre des propos les plus indécents, souvent les plus obscènes. ï>

i8i4. 30 mars. — Le canon tonne sous Paris ; dans un conciliabule politique chez Lambrecht, Grégoire propose que Ton se borne à déclarer que a la nation française choisit pour chef un membre de Tanciemie dynastie, qui aura préalablement accepté les bases d'une Constitution libérale, qu'on lui soumettra ».

6 avril, — La déchéance est proclamée par le Sénat, Grégoire signe l'acte constitutionnel; il a vainement réclamé qu'il fût d'abord imprimé, distribué et soumis à l'acceptation du peuple. Il publie sous ce titre : Constitution française de iSi4, une brochure anonyme de 34 pages, trois fois réimprimée en quelques semaines : « La France est sans doute le seul pays civiUsé ou, dans trois jours, on rédige, on discute, on adopte, une charte constitutionnelle... Puisse le nouveau Gouvernement se pénétrer de l'idée qu'il importe à son existence de ne pas concentrer ses affections dans un cercle tracé par l'esprit de parti,... mais d'identifier son intérêt avec celui de la grande famille ! L'âme est profondément attristée à la vue des fourbes couverts d'or et de crimes, qui par leur fortune, leur audace et leurs places exercent un funeste ascendant... Louis XIV disait tout haut: L'État, c'est moi», eux disent tout bas: ((Lapatrie,c'estmoi...»Lemoi est le thermomètre secret de leurs actions... Plusieurs, après avoir encensé Marat et Robespierre, entassèrent toutes les malédictions sur la tombe de ceux dont ils

avaient été les complices... Les panégyristes de l'homme qui vient de tomber déroulent actuellement le tableau des forfaits de celui qu'ils déifiaient... Tenez pour certain que les Séjan, les séides, les sicaires d'un despotisme sont toujours portés à s'enrôler sous de nouvelles bannières. »

La Chambre des Pairs remplace le Sénat, l'ancien évoque d'Autun, ministre du roi, y admet en grand nombre les sénateurs qui ont adhéré à la Charte; il en exclut son collègue à la Constituante, l'évêque de Blois. Grégoire fort irrité écrit cette note : « Toutes les éditions de la Charte attestent qu'elle a été mise sous les yeux du Sénat; on demande que, dans une édition nouvelle, on indique le jour... ; on offre cent mille francs de récompense à celui qui pourra le faire connaître. »

i5 avril. — Il fait hommage à l'Académie de Nancy de la nouvelle édition de son Histoire des sectes religieuses (2 vol. in- 8° avec figures). Le Gouvernement lui avait rendu les exemplaires de l'édition saisie, en exigeant cependant des cartons.

Son livre sur la Domesticité chez les peuples anciens et modernes eut un grand succès ; il en avait lu des extraits à rinstitut. Il y expose, avec méthode, l'état des esclavos, des serfs, des domestiques dans les diverses contrées : la dépravation des maîtres est trop souvent la cause de la dépravation des domestiques; il propose la création d'une société pour former de bons serviteurs ; il a un système complet, il a tout prévu: le recrutement, les encouragements, les récompenses, les pensions de retraite ; il a étudié, à Londres, l'organisation et les statuts d'une société de ce genre fondée en 1792.

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Dans rintérêt de sa chère Église constitutionnelle, il fait imprimer une traduction de la célèbre homélie démocratique que le cardinal Chiaramonte, Pie VII, avant d'être élevé à la papauté, avait prononcée dans sa cathédrale dlmola.

i4 mai. — Les Bourbons sont rentrés, Grégoire n'a pas quitté la France ; il écrit à Louis XVIII pour qu'il prête son concours à un projet de fusion des Églises chrétiennes, grecque et latine, au sujet duquel il a adressé un mémoire a l'empereur Alexandre. Depuis 1810, il est en correspondance suivie avec l'archevêque métropolitain de Moscou. Ce mémoire est inséré dans V Histoire des sectes religieuses,

i8 août. — Grégoire a exprimé à l'Académie de Nancy le regret de ce que Ton n'a pas rendu hommage à la mémoire de Durival, homme de bien, ancien chef de division au ministère des affaires extérieures, qui a écrit sur l'histoire de son pays. Lamoureux aîné lait l'éloge de notre laborieux confrère. « Le vaste et précieux dépôt qu'il a recueilli, sauvé, démêlé, classé, est soigneusement conservé. »

i8d5, i" avril. — Malgré les instances de Carnot, l'Empereur refuse d'admettre Grégoire dans la Chambre des Cent-Jours. 11 n'a oublié ni sa protestation adressée au Sénat contre l'établissement de l'Empire, ni son projet de déchéance, à la date de 1812. A l'Institut, Grégoire proteste contre l'acte additionnel aux constitutions de l'Empire.

2 juillet. — « Après Waterloo, sous la remise, comme aujourd'hui, écrivait-il en 1830, je crus devoir adresser à la Chambre des députés une réclamation en faveur des

nègres. » Dans un nouveau mémoire, imprimé (De la Traite et de V esclavage des noirs et des blancs)^ il proteste contre Todieuse stipulation du traité de 1814, qui rétablit la traite, et il plaide, avec énergie, la cause des noirs et celle des catholiques dlrlande. Il fait hommage à l'Assemblée de la collection de ses ouvrages.

iSiô. 30 janv. — L'un de ses correspondants de la Meuse, le curé de Billy-ies-Mangiennes, le remercie du don gracieux qu'il lui a fait de son livre sur les ruines de Port-Royal ; il offre à son aimable protecteur Thommage de sa reconnaissance, il se met complètement à ses ordres pour des recherches ; il lui demande son portrait.

2i mars. — L'ordonnance Vaublanc l'éloigné de l'Institut... Je lis dans une note l'expression de sa colère (c. 534) : « L'ordonnance est illégale. Il y a plus d'un siècle, l'abbé de Saint-Pierre fut chassé de l'Académie française, Fontcnelle protesta... Dans les quatre classes de l'Institut, pas un n'a imité cet exemple... D'après l'ordonnance de Louis le Fourbe, tous ont accepté la flétrissure et consenti à n'être plus que des commis congédiablcs, comme ceux de la douane. » Ce qui ajoutait à son indignation, c'est que Vaublanc, son ancien collègue à la Convention, comme lui comte de l'Empire, et de plus préfet de la Moselle, se montrait, en 1816, le ministre le plus redouté pour ses épurations. Une mesure plus grave diminue ses moyens d'existence :,il est privé de sa pension d'ancien sénateur, fixée à 24,000 fr. par l'ordonnance du 14 juin 1814. Il se décide à quitter Paris, il se relire à Autcuil, il réduit les dépenses de sa maison et il vend une partie de sa bibliothèque. Forcé de se défendre contre les attaques les plus violentes, il le fait avec

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une colère mal coutenue, dans une brochure de 24 pages in-8°, publiée sous le titre de Réponse aux lihellisies. « 11 n'a jamais voté la mort de personne,... il a été dénoncé aux Jacobins pour n'avoir pas voté la mort du roi... On a imprimé contre lui le Philanthrope dévoilé, on Ta accusé d'avoir abandonné les prêtres, victimes de la Terreur,... il a plaidé leur cause, il a obtenu la liberté d'un grand nombre;... il s'étonne de n'avoir pas eu plusde détracteurs, car il s'est voué à la défense des persécutés, juifs, anabaptistes, serfs, nègres, mulâtres... Nourri dès l'enfance des lois de la piété, il est philanthrope ; ne pas l'être serait cesser d'être chrétien. > Il cite toutes les circonstances où il a aflBrmé ses convictions et bravé le péril; 47 brumaire an il, 4®*' nivôse an III, 48 brumaire an V... € L'artillerie des gazettes jouait un grand rôle dans le gouvernement de Bonaparte, on l'accusait de conspirer ! ! Tel de ses ouvrages qu'on attaque a été imprimé sans son aveu... ; des correcteurs infidèles ont inséré des phrases qui ne sont pas de lui... Persécuté toujours pour ses sentiments religieux et son aversion pour la tyrannie, il se coqsole des persécutions passées, présentes et futures, au sein de la religion, des lettres et de l'amitié. »

iSil, i'' avril. — Le Concordat de 4847 le blesse et l'irrite, il proteste : son Essai historique sur les libertés de VÉglise gallicane, fut inscrit à Rome sur Vlndex librorum prohibitorum. C'est tout à la fois un manuel du clergé gallican et une histoire des rapports de l'Église avec l'État depuis saint Louis. Cet jEs^ai, qui eut une certaine vogue, ne manquerait pas aujourd'hui d'opportunité. (Paris, in-8% au bureau du Censeur, 6 fr.) Dix ans

après, une nouvelle ùdilion coûte 6 fr. 50 c. ; une traduction en espagnol, 2 vol. m-12, 6 fr.

iâ mai. — Le recteur de l'Université de Cassano lui adresse, avec une lettre en fort bon latin, un diplôme de membre honoraire.

i8i8. — 11 publie : 4** des Recherclies historiques sur les congrégations hospitalières des frères pontifes ou constructeurs de ponts (in-8*). Cette savante dissertation a une valeur réelle ; elle met en lumière les services rendus à T architecture en particulier par ces pieuses associations de maçons, d'ouvriers, de constructeurs; 2° une troisième édition (in-8°, 30 p.) de sa traduction de l'homélie du citoyen Chiaramonte, actuellement pon^ iife, adressée au peuple de son diocèse, dans la répubUque cisalpine, le jour de la naissance de Jésus-Christ, l'an il 97. L'avant-propos attira l'attention de la censure, on vit une ironie dans l'éloge du bon père qui s'efforce de verser dans le cœur des fidèles la piété aimable et la charité, dont le sien abonde... les sentiments de Pie VU sont, n'en doutons paSj ceux du cardinal; il les aura portés sur le premier siège de^a catholicité... On prétendit que l'homélie était apocryphe, on exigea l'exhibition du texte italien, quelques expressions furent rayées impitoyablement par les douaniers de la pensée. Le traducteur reproduisait avec une certaine malice quelques propositions du pontife : « La forme du gouvernement démocratique adoptée chez nous n'est point en opposition avec les maximes que je viens de vous exposer... Soyez tous chrétiens et vous serez démocrates,... les vertus chrétiennes font la gloire des républiques. » La censure interdit au Journal de la librairie d'annoncer cet ouvrage»

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18i9. i4juiUeL — Désigné pour candidat des patriotes, par les chefs de l'opposition dans Tlsère, Grégoire accepte, mais il n'adresse pas de profession de foi aux électeurs, il écrit à un ancien député une lettre, qui est un manifeste : « 11 ne veut faire aucune démarche pour appeler sur lui les suffrages,... il ne déviera pas de la route qu'il a suivie dans sa longue et pénible carrière,... dans les temps calmes comme dans les tempêtes... Il a toujours concouru à faire éUre des hommes désignés par l'estime publique,... récemment dans les élections de la Seine, il l'a bien prouvé... Le refus de servir encore sa patrie serait un crime,... le souvenir du jour où il écrit aggraverait sa culpabilité;... il a exposé ses sentiments avec la franchise innée de son caractère,... religion, vertu, liberté, science, amitié, voilà, digne citoyen, les objets, qui toujours occuperont mon esprit et mon cœur, tel je serai jusqu'au tombeau, qui doit bientôt me recevoir. Je vous embrasse avec estime et affection. »

iS septembre, — Il est nommé député à une très forte majoritâ; il y a eu coalition ; son élection est tout à la la fois un défi et une menace contre le trône et contre ce ministère libéral, qu'il faut renverser. La presse de toutes les nuances s'occupe du vieux conventionnel, on le porte aux nues, on le traîne dans la boue. Un modéré, M. de Staël, lui exprime, au nom de son parti, le désir qu'il refuse le mandat qu'on lui donne. La lettre est du 2 octobre : « Votre nomination. Monseigneur, effraie les honnêtes gens... On croit au retour des passions funestes d'une autre époque... Elle alarme, elle irrite les nations étrangères,... elle divise les libéraux... Vous ericz preuve. Monseigneur, d'un patriotisme éclairé en

refusant... Il y a incompatibilité entre le ministère calme d'un prédicateur de TÉvangile et les guerres de parti, dont une assemblée est le théâtre. » Ilinvoque le témoignage de sa mère, l'exemple de l'Angleterre et de l'Amérique. « J'ose espérer, Monseigneur, que vous verrez dans la franchise de cette lettre un hommage rendu à votre amour de la liberté... M. de Brogliese joint à lui pour vous adresser cette prière; il vous remercie de l'envoi que vous avez bien voulu lui faire.»

Grégoire est mécontent, il ne répond pas; il écrit en marge sur cette lettre : « Erreur, il y a le banc des évêques au Parlement anglais. » Le ministère semble disposé à payer son désistement par des faveurs, les patriotes, d'autre part, le conjurent de ne pas les abandonner, d'être leur illustre guide; il répond à Lafayette: <( Monsieur et honorable collègue, ce début vous atteste que je n'ai pas donné ma démission. Assurément si je ne consultais que mon goût... et le désir d'achever quelques ouvrages, depuis longtemps sur le chantier, je préférerais ne pas rentrer dans la carrière pglitique, mais en ce moment donner ma démission serait un acte de lâcheté... une tache de cette nature n'a jamais flétri mon caractère... » Le même jour il adresse aux électeurs une lettre de remerciements.

6 décembre. — La rentrée de la Chambre a eu lieu, Grégoire n'a pas reçu de lettre de convocation; l'extrême droite le repousse pour cause d'indignité, la droite et le centre pour cause d'illégalité... On invoque l'article 42 de la Charte pour prouver la nullité de rélection. Ce jour-là, le député Becquez présente, au nom du cinquième bureau, un rapport sur les opérations du collège

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électoral de l'Isère : « le bureau a pensé que M. Grégoire n'ayant aucun droit pour être admis, nous étions dispensés de soumettre h votre examen une question bien plus grave, qui agite tous les esprits, depuis le jour où le bruit de cette nomination a retenti dans le royaume, question de morale publique , qui se rattache aux plus douloureux souvenirs, puisqu'elle rappelle l'horrible attentat que la nation en deuil va, chaque année, déplorer aux pieds des autels. » Une très vive agitation se manifeste, à droite et à gauche ; Laîné, qui est à la tribune, ne peut obtenir le silence : le Président invile l'Assemblée à rester calme, à conserver la dignité qui doit caractériser la délibération, en présence de la France et de l'Europe... Benjamin Constant, Manuel, de La Bourdonnaye, Villèle, demandent la parole, le bruit et l'agitation redoublent... Après le ministre Pasquier. Manuel se présente à la tribune... La droite et le centre se lèvent aux cris de : Non, non, descendez,,. En vain Laîné réclame le silence, le tumulte est effroyable, le Président se couvre, la séance est suspendue et la Chambre, aux termes du règlement, se retire, une heure, dans ses bureaux. A trois heures moins un quart, le Président, M. Angles, doyen d'âge, monte au fauteuil; il faut lire, au Moniteur, les discours de Pasquier, de Laîné, de Benjamin Constant surtout, qui supplie la Chambre d'écarter la question d'indignité et de délibérer sur la légalité... « C'est au nom de la Charte, c'est au nom du Roi, qu'il demande cet acte de justice. » M. Ravez établit que les deux propositions tendant au même but, celle de l'illégalité, comme, celle de l'indignité, la Chambre n'a pas besoin de motiver sa délibé-

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ration. Une très forte majorité se réunit à cet avis, la Chambre déclare la non-admissibilité de M. Grégoire. Les cris de Vive le Roi! ont retenti dans les tribunes et sur les bancs de la droite ^

Le même jour, Grégoire écrit à son ami Lambrechts, il repousse les motifs d'indignité et d'illégalité, il accuse la faiblesse, la lâcheté, la mauvaise foi de ses adversaires; ce qui surtout le blesse et l'irrite, c'est la conduite du ministre, président du Conseil, Decaze, pour lequel il a eu autrefois l'affection d'un père. M. Camot a trouvé dans ses papiers une note « dont le décousu atteste la sincérité : « Ego, lié avec lui et subito, brusquement rompu. Quare? Nescio; il a de belles qualités, sed,., 1

d820, 25 janvier. — Grégoire adresse une seconde lettre aux électeurs de l'Isère; il explique les motifs de sa conduite : « En refusant une démission qu'on sollicitait avec bassesse, j'ai montré de quel peu de valeur sont à mes yeux ma propre tranquiUité et mon bonheur au prix du salut de la patrie. » (In-8% 31 p.)

iO juin. — Il reçoit un diplôme de membre de la Société historique de New-York.

i" juillet. — En vertu de la loi du 28 mai, le comte Grégoire est inscrit sur la hste des pensions pour une somme de 24,000 fr., avec jouissance du 22 décembre 4819. Dans toutes ses quittances, il ajoutait : c Sans préjudice de ce qui m'est redu pour 2 ans el 3 mois, dont je n'ai rien perçu et pour la diminution arbitraire qui a eu lieu, pendant un autre laps de temps^ ce qui

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