‹ La vie et les œuvres de l'abbé GrégoireChapitre 48 sur 52 · Ménii de V Académie · texte numérisé non relu

Ménii de V Académie

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(le mon âme. Que Ton fasse près de moi des prières, à voix haute, afin que mon cœur s'y associe... Qu'on me recite... l'hymne Urbs Jérusalem beata, i{w'on me lise la passion de Notre-Seigneur... Qu'on place le crucifix enlre mes mains... Quand on présumera que je suis près d'expirer que l'on me récite les prières des agonisans, que l'on m'étende, si ma situation le permet, sur la paille ou sur la cendre, pour y rendre l'âme, en pénitent. Je veux que ce soit un homme qui m'ensevelisse... On trouvera dans mon testament mes dispositions concernant mon inhumation, mais, au moment où j'écris, les journaux retentissent du refus de sacremens de la part d'évêques ignorans et fanatiques.... Le clergé insermenté, émigré, accorda les funérailles chrétiennes à Lalande, qui professa l'athéisme le plus révoltant, à Volney, mort décidément incrédule... Qui sait si la haine du clergé, qui actuellement domine la France, ne les refusera pas à l'évêque qui, dans la Convention, au milieu des hurlemens de l'impiété, se déclara catholique etévêque... Si, après tant de calomnies, d'outrages, de persécutions, un dernier outrage est réservé à ma dépouille mortelle, que Dieu pardonne à ceux qui en seront les auteurs et les approbateurs ! J'espère en la miséricorde de Dieu, par les mérites de Jésus-Christ, mon Sauveur. »

SO novembre, — Je Us, dans les papiers de Grégoire (cart. 535), une note sur M. Noël, notaire à Nancy: (( M. Noël vient de publier des documens curieux sur les domaines et sur l'état constitutionnel de la Lorraine, ils éclairent des faits et fixent l'opinion... La Lorraine était un pays d'États composés des trois ordres auxquels

le pouvoir du prince était subordonné ; à chaque vacance, le duc devait se faire reconnaître par les États, ce qui n'avait lieu qu'après avoir prêté serment de maintenir les droits et franchises du pays. Le prince ne pouvait sans leur consentement, ni étabhr, ni lever des impôts. En 1561, les États assemblés à Nancy refusent de payer les aides, c'était le budget du pays, ils étaient mécontcns de quelques ordonnances... La conduite du fougueux, fourbe, libertin Charles IV ayant attiré les troupes étrangères, ce beau pays* fut en proie aux calamités de tout genre... Les Etats furent assemblés pour la dernière fois, en 1629... En France, la dernière assemblée est de 4614... Depuis cette époque la Cour des comptes, la Cour souveraine, le Parlement de Nancy, qui avaient la prétention de remplacer les États, reifusèrent plusieurs fois d'enregistrer les édits... Il est à désirer que des citoyens éclairés comme lui s'occupent de recherches analogues à celles qu'il a faites ; sûrement leur zèle y découvrirait des titres enfouis par le despotisme, qui serviraient à constater par des faits les droits imprescriptibles des peuples à la Uberté. » M. Noël, à l'occasion d'un Résumé de l'histoire de Lorraine publié par Henri Etienne, rappelait « que M. l'évêque Grégoire s'était fort intéressé à la publication de cet ouvrage i, et qu'il lui avait demandé des renseignements, entre autres sur le supplice du curé de Ludres.

4826, — Deux publications: l"" De la Noblesse de la peau, ou du préjugé des blancs contre la couleur des Afrir

t. Le chanoine de Toul, E. Machon, témoin des misères de notre pays, exprime dans les mêmes termes son mépris pour Charles IV.

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cains et celle de leurs descendants noirs et sang-mêlés. Le manuscrit in-8° est à la bibliothèque de l'Arsenal ; 2** Histoire du mariage des prêtres en France, particulièrement depuis d789\ La préface mérite d'être signalée : a La partie souterraine de la Révolution n'est pas entièrement découverte... Des personnages qui, dans ce drame étonnant, furent toujours acteurs ou spectateurs, avouent que bien des choses ont échappé à leurs investigations , comment donc des hommes qui n'étaient pas nés pourraient-ils se flatter d'en montrer tous les ressorts? Les vétérans de la Révolution remarquent l'ignorance et les préjugés de la génération nouvelle sur les événemens accumulés depuis 1789. Les affaires ecclésiastiques et politiques sont mal jugées : La génération présente n'a pas même l'idée de ce que l'établissement d'un nouveau calendrier, les fêtes sacrilèges de la Raison, les fêtes décadaires ont coûté de sang, de larmes et d'argent. » Il raconte les persécutions des proconsuls envoyés par la Convention, des tribunaux et des sociétés populaires pour forcer les prêtres à se marier. Charles Lacroix, en mission dans la Meuse (21 fruct. an II), arrête que tout prêtre non marié sera mis en surveillance et chassé de la paroisse ou il aura exercé. Il rappelle les services rendus par les filles de la Charité et par les curés, en faveur de qui tous les cahiers de la noblesse et du Tiers réclamaient en 1789. « C'est le clergé qui avait couvert la France d'établissemens destinés à l'instruction et au soulagement des malades, collèges, écoles, hôpitaux, secours de bienfaisance...

1. 1 vol. in-8°, 192 p., 3 fr. Traduit en espagnol, m-12, 6 fr.

liAGGIOLO 8

Tout cela a élé détruit,... et par qui? » Il n'oublie pas les anathèmes des conciles contre les prêtres mariés, il analyse les causes et les résultats de ces unions scandaleuses, il en donne le nombre et il blâme, avec aigreur, les évêques de Nancy ert de Meaux qui ont réintégré dans leurs fonctions des prêtres mariés... 11 déplore l'étal actuel de la France inondée par le jésuitisme, et il termine cette douloureuse histoire par cette phrase qui montre bien les tristesses et les amertumes de son âme: « Pauvre Eglise de France, qui du temps de Bossuet était la plus illustre de la catholicité par les vertus et les talens, à quel état déplorable elle est réduite ! »

Grégoire publie des observations critiques sur l'ouvrage de M. de Maistre intitulé : De l'Église gallicane dans ses rapports avec le souverain pontife. Le mémoire est violent, il ne discute pas, il insulte ses adversaires. .. « Ce sont d'aveugles et coupables pharisiens qui calomnient rÉvangile. Ils se sont faits chevaliers du trône et de l'autel... Qui pourrait ne pas sourire de pitié, quand de Maistre adresse ses condoléances au clergé concordaliste d'avoir été, sous Napoléon, exposé aux antichambres... Son ouvrage sur VÉglise gallicane est un tissu de déclamations, de contradictions y de paradoxes, de paralogismes... Les exposer c'est les réfuter. »

i828. — Il fait imprimer, en 5 volumes in-8% une troisième édition de YHistoire des sectes religieuses qui sont mes, se sont modifiées, se sont éteintes dans les différentes contrées du globe, depuis le commencement du siècle dernier jusqu'à l'époque actuelle *. Ce livre,

1; Kn 184G, M. Carnot publia le VI® volume.

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fruit de longues et intelligentes recherches, est certainement l'œuvre de prédilection, l'œuvre maîtresse del'évêque. Durant plus de 30 années, il a étudié, avec cette énergie, cette passion, qu'il apporte à tout ce qu'il fait, la naissance, le développement, les caractères, la ruine des diverses sectes ; son immense érudition a réuni, dans un ordre plus ou moins logique, une foule de documents inédits, d'anecdotes, de citations du plus haut intérêt ; il y a des pages éloquentes, des scènes dramatiques, des pensées élevées et chrétiennes; c'est l'histoire la plus complète, la plus originale des erreurs et des superstitions qui ont affligé l'humanité ; c'est le travail de ses dernières années. Je me borne à citer, avec le titre des 10 livres, qui comprennent 163 chapitres, quelques fragments relatifs aux contrées de l'Est et à l'évêchéde Blois : 1" livre, 12 chapitres : Athéisme. Fêtes de la Raison. De l'Être suprême. Nouveau calendrier. Institution et chute des fêtes nationales et décadaires. « On tracera d'abord l'histoire de la subversion du culte catholique, en 1793, l'athéisme érigé en système, puis le culte prétendu de la raison remplacé par les fêtes de l'Être suprême et les orgies décadaires... » Que de révélations épouvantables sur les choses et les personnes! « Chaque commune était en proie à la tyrannie d'une poignée de pervers, qui composait rarement le centième de la population,... qui punissait par les cachots ou la mort les soupirs des opprimés... Partout les persécuteurs s'emparent des églises, les dévastent, inscrivent au frontispice : « Temple delà Raison », parce qu'on y boit ,ony danse, on y chante des couplets immondes... Barbier, agent national à Dieuze, invite les communes du district à remplacer les idoles

des prêtres par les bustes de Marat et de Robespierre... A Sarregucmines, l'agent écrit : « Autrefois on s'engouait pour les calotins et leurs orviettes, aujourd'hui Taimable Raison, réquerrc à la main, dirige les citoyens... » Vomis par les comités de salut public et de sûreté générale, la plupart des députés en mission, si justement appelés proconsuls, parcourent les départements, précédés par la Terreur, escortés par la hache des supplices... A Nancy, le 30 brum. an II, à la fête civique, au temple de la Raison, Rrisse, maire de la ville, fitTéloge d'apostats connus... Le député Faure prit le calice de Tévêque, le fit remplir de vin et but à la République, les corps constitués en firent de même\.. A Ghâlons-sur-Marne, le char de la féodalité, rempli de vêtements sacerdotaux, est traîné par des ânes mitres,... on y voit le pape et deux cardinaux ; des hommes armés de haches enlèvent le pape, ils rattachent au char de la liberté, ils jettent au feu les ornements du culte, en présence du proconsul ordonnateur de la fête... Je n'ai pu m'assurer si, à Blois, on a fait fouler l'Évangile aux pieds de la fille, qui joua le rôle de déesse de la raison... A Lunéville (14 brum. an II), Benoît, l'aîné, dresse le plan d'une fête civique, il y rappelle l'existence de Dieu... Un garçon de 12 ans, le casque en tête, le sabre en baudrier, avec un drapeau surmonté d'une hache et d'un coq, représentera la France; sur un char attelé de quatre chevaux, deux jeunes filles, grandes et bien faites, couronnées de roses et de feuilles de chêne.., représenteront la liberté et l'éga-

1 . J'ai lu à la bibliothèque de Nancy un procôs-verbal de cette fête. (In-4° de 14 p.) V. aux archives de la ville de nombreux documents sur ces orgies.

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lité... Quatre desservants porteront deux cassolettes de parfums à Thonneur de rÉterliel,... douze autres, tous en lévites, un bramine ayant sur sa poitrine une prière philanthropique, fera, à chaque station, une prière à voix haute, après qu'on aura chanté en chœur l'hymne national. — Chaque jour voyait éclore un décalogue républicain, un credo répubUcain tissu de blasphèmes ; l'administration de la Haute- Saône envoyait à ses administrés le Pater de Félix Nogaret. — Grandidier, de Moyen-Vie, publiait la messe nationale des Français dédiée à Pie VI; dans la pièce finale qui correspond à l'Évangile saint Jean, Voltaire est l'envoyé de Dieu*... — Le journal républicain de la Meurthe publie (29 flor. an II) une prière patriotique à l'Être suprême : « toi, à qui nous parlons debout pour ne point avilir ton ouvrage et nous approcher de ces globes célestes que tu fais rouler sur nos têtes... y> — A la fête de Commercy (20 prair. an II), le maire Arnould déclare que l'Être suprême ne prit jamais intérêt aux gestes, aux génuflexions, aux habits des prêtres... A l'issue de la fête, un exercice eut lieu à l'institution littéraire ; un élève fit un discours dans lequel il dit qu'en lisant Robespierre, Saint-Just, Collot d'Herbois, on croit entendre des oracles; la Grèce les aurait pris

1. Grandidier avait envoyé ce pamphlet à Grégoire qui a écrit en marge : « Pièce impie. »> Voici des extraits du premier et du dernier évangile : « En ce temps-là, la stupidité des peuples engendra les rois, la mollesse des rois engendra le luxe. . . le luxe engendra le déficit, le déficit engendra TAssemblée nationale, l'Assemblée engendra la prise de la Bastille, la prise de la Bastille engendra l'abolition de la royauté, Tabolition de la royauté engendra la Bépublique, de laquelle nattra la félicité du peuple français. ïl a été un homme envoyé par le Seigneur, cet homme s'appelait Voltaire; il n était pas la liberté, mais il en était le précurseur et Tapôtre. . . »

pour des dieux. Le ministre de la police, Duval, avait écrit au commissaire central de Loir-et-Cher pour s'informer s'il était vrai que Tévêque Grégoire défendait de transférer le dimanche... J'en fus informé confidentiellement, je fis répondre qu'il circulait contre la translation non pas un écrit, mais deux et qu'au besoin ils seraient suivis d'un troisième... — L'empereur Julien n'eût été qu'un novice sous la Convention et sous le Directoire^ qui a raffiné en astuces et en perfidies... Quels moyens ont été employés pour étabhr leurs fêtes? Les promesses, les flatteries, les menaces, la fourberie, l'imposture, le pillage, les amendes, la confiscation, les cachots, l'exil, la déportation, Téchafaud... Le message du Directoire au Corps législatif dans la guerre contre le dimanche accéléra leur chute... Le 7 thermidor an VIII, un arrêté des consuls déclare que les décadis sont les seuls jours fériés reconnus par l'autorité,... mais que les simples citoyens ont le droit de vaquer à leurs affaires et de choisir leurs jours de repos... Dès ce moment, les décadis tombèrent en désuétude, ils furent un objet de risée... Les cerbères décadistes, qui grinçaient les dents, firent encore insérer quelques diatribes à ce sujet dans les gazettes, mais l'indignation générale les réduisit au silence et, grâce au gouvernement consulaire, le décadi, après avoir végété pendant sept ans, expira au mois d'août 1800... Destiné à nous rappeler la résurrection de Jésus-

1. Il attaque surtout François de Neufcbâteau qui, ministre, envoie aux fonctionnaires la Contagion sacrée du baron d'Holbacli. « L'impiété, descendue aux excès les plus immondes, inonda les départemeos de productions athées. On distribuait le B(m sens du curé Meslier, mrmie aux femmes de chambre et aux valets. . . »

Christ, sorti victorieux du tombeau, le dimanche est sorti victorieux d'une persécution auparavant inouïe dans les fastes du christianisme. »

Livre IL 6 chap. — Histoire de la philanthropie depuis sa naissance jusqu'à son extinction : « Ad nihilum devenient tanquam aqua decttrrens... Chap. P'. Exposé de doctrines : les incrédules ont voulu édifier et réduire à des formes hturgiques ce qui n'avait été qu'une vague théorie, on va lire les détails de cette entreprise... Ch. II. Tentatives pour étabhr le déisme sous la forme de culte public a Londres, à BerUn, à Rotterdam, en Amérique... Ch. III. Le déisme à Paris. On fixe communément à l'an V la naissance de la théophilanthropie, quoique, sous un autre nom, elle eût été introduite auparavant,... n'était-ce pas la même chose que la fête du 20 prairial i 794, où Robespierre pérora ? Les théophilanthropes veulent partager avec les cathohques l'usage de Notre-Dame, un prêtre apostat exhibe un arrêté de l'administration du département (26 pluv. an VI). Le comité des administrations catholiques de Notre-Dame refuse, pénétré de ce principe qu'il n'y a rien de commun entre Jésus- Christ et Déliai, il abandonne le chœur et se retire dans la nef... Ch. IV. Schisme parmi les théophilanthropes; ils ont des écoles des deux sexes, des feuilles périodiques... L' ex-directeur Lareveillère-Lépeaux était le patriarche de la secte, c'est à quoi Boulay faisait allusion dans un discours aux Cinq-Cents : « Il n'y îivait pas de liberté religieuse, quand un fanatisme nouveau aussi intolérant que le premier cherchait à élever sur les ruines des idées reçues, une religion nouvelle, dont le burlesque pontificat était dans le Directoire même* » Ch. V. Le

culte philanthropique dans les départements. A Metz, à Fontainebleau, dans presque toutes les villes, on propose d'établir la théophilanthropie ; le procureur-syndic, à Nancy, adresse aux citoyens une circulaire où il déploie son éloquence contre le fanatisme qui, depuis tant de siècles, a été la plate-forme et la cuirasse d'un clergé despote, tyrannique, scandaleux, hypocrite, charlatan, turbulent, le foyer de toutes les atrocités, et il espère que, le peuple n'hésitera pas à accepter la religion nationale, que lui offrent la raison et nos lois nouvelles... Malheureusement pour M. Jeandel, le peuple de Nancy et des environs a voulu et il veut rester catholique... Lorsque la secte cessa d'être appuyée par l'autorité civile, son crédit s'éteignit comme un éclair et l'opinion publique en fit une justice prompte et méritée... Le Mercure français (20 niv. an VI) prétend que, malgré les prédictions de Grégoire, la théophilanthropie aura une longue durée... Le 29 vend, an X, un arrêté des consuls défend aux théophilanthropes de se réunir dans les édifices nationaux... Ainsi s'éteignit, à Paris, sans trouble et sans bruit, après cinq ans d'existence, ce culte qui, dans les départements, n'eut qu'une consistance momentanée... Pauvre raison humaine ! boussole qui décline sans cesse! à quelles aberrations n'est-elle pas en proie, quand l'orgueil veut secouer le joug de la Révélation ! »

Livre IlL 29 chap. — Il y en a de très curieux. Ch. IV. Sectes cta])nes ou fomentées par les femmes. Ch. X. Les fanatiques des Gcvenncs. Il est très sévère « pour les extravagances sanguinaires des prétendus prophètes, Vivens, Brousson, Cavalier, qui successivement gardeur de porcs, puis garçon boucher, devint le chef le plus redoutable

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du parti. » Ch. XL Les cordicoles. Le Sacré-Cœur < pour lui, « remblème d'un parti, dont les coryphées audacieux, dénaturant la religion, qui les désavoue et. les condamne, veulent en faire un instrument politique, pour consacrer le despotisme et asservir les nations. »Gh. XX. Francs-maçons. « Les sociétés secrètes ont causé de l'ombrage à la religion et à la politique.,. C'est peut-être ce qui porta Frédéric II et d'autres princes à se faire initier. Les francs-maçons, républicains en 1793^ impérialistes sous Bonaparte, sont royalistes depuis 1814. » (Ch. XXI- XXIX). Anti-concordatistes ou blanchardistes, clémentins, purs, puristes, parfaits, petite Église, louisistes.

Livre IV. i2 chap. — C'est un essai sur l'idolâtrie politique ou basiléolâtrie. Il s'élève avec indignation contre la déification des princes, le prétendu sacerdoce des rois, les privilèges qu'on leur accorde au sujet des mariages, des divorces, des baptêmes, des bâtards; il déplore le caractère adulateur du clergé , des savants , des artistes et gens de lettres envers Napoléon, puis à l'égard des Bourbons.

Liv. V. iS chap. — C'est une histoire complète des sectes judaïques ; il y développe les idées de la thèse qu'il a soutenue en 1779, il y expose l'état actuel du judaïsme et il constate un grand nombre de conversions, soit au protestantisme, soit au catholicisme.

Liv. VI. 26 chap. — État des églises grecque et russe; sectes qui en sont issues; considérations sur les sectes chrétiennes de l'Orient... Sévère pour les missions protestantes, il exalte les services que la congrégation catholique de la Propagande a rendus non seulement à la religion, mais encore aux sciences et aux

lettres ; il fait un hel éloge des hommes apostoliques, qui dévouent leur vie à répandre TÉvangile chez les peuples barbares... Il expose l'organisation hiérarchique du clergé grec non uni,... il raconte ses tentatives pour réunir les Églises grecque et latine et les causes qui ont fait échouer un projet d'une si haute importance. Un sentiment de douleur profonde contriste son cœur lorsqu'il cite la dernière phrase de la lettre que lui adresse le métropolitain de Moscou : « Parvenu au terme de ma carrière, il ne me reste qu'à former des vœux pour la paix de l'Église et le salut des fidèles. »

Liv. XIL i5 chap. — Il retrace l'histoire de l'Église anglicane, fille de Henri VIII, création politique plus que religieuse ; il signale les préventions, la haine, les calomnies anglaises contre les catholiques en général et contre ceux des trois royaumes.

Liv. VIIL 45 chap. — Il passe en revue les doctrines des dissidents ou séparatistes d'Angleterre, d'Ecosse, des États-Unis d'Amérique, les puritains, les presbytériens, les quakers, les trembleurs ; il flétrit surtout la corruption des vrais imitateurs du Christ, dont « le titre ne peut être qu'une usurpation sacrilège d.

Liv. IX. 29 chap. — Il décrit, avec les détails les plus curieux, les sectes des baptistes, des anabaptistes, dos arméniens, des labadistes. « Gomme prêtre catholique, comme ministre protestant, Labadie avait montré toujours beaucoup de propension à diriger les dévotes... Une foule d'anecdotes scandaleuses prouvent qu'il commençait par l'esprit et finissait parla chair... Il réunit une petite église à Middelbourg... Anne-Marie Schurman, suivit partout ce prêtre apostat, qui mourut entre ses

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bras, à Altona, en 1674. L'histoire des mammillaires et celle des consistoriaux terminent la longue série de tant de sectes, « qu'on accuse d'avoir caché sous un voile religieux les abominations de la lubricité ». Il traite la question complète de tolérance religieuse et de tolérance civile. — Ce livre comprend des controverses sur les matières religieuses du xviii® siècle , sur l'importance et la durée du christianisme, sur la secte des incrédules. « Quelle garantie cet homme sans rehgion aura-t-il de la fidélité de son épouse, de l'obéissance de ses enfants, de la fidélité de ses domestiques?... A la fin du siècle dernier, la France a fait une terrible et lugubre expérience : les suicides multipliés, les tribunaux révolutionnaires établis, les cachots remplis d'innocents, la guillotine en permanence, l'invitation légale aux prêtres de se parjurer, l'autorité paternelle avilie, le libertinage encouragé, 5,996 divorces dans la seule ville de Paris, pendant les 29 premiers mois de la loi qui les autorisait, en un mot, ce que le vice a de plus obscène et la férocité de plus épouvantable, tout cela coïncide avec l'époque où le culte pubUc fut aboH. »

Liv. X. 8 chap. — Il affirme en terminant la perpétuité de la foi chrétienne : Jésus-Christ était hier, il est aujourd'hui, il sera de même dans tous les temps. Enfants dociles de l'Église catholique, nous savons qu'il a promis d'être toujours avec elle, jusqu'à la consommation des siècles... « Le ciel et la terre passeront, mais ses paroles ne passeront pas. » A la page 350, on lit : (( // n'y a qu*un Seigneur, une foi, un baptême, il ne peut exister qu'une religion véritable, puisque la vérité est une comme l'a dit Celui qui est la vérité

même,... il n'y a qu'un bercail, dès lors qu'une voie pour arriver au ciel,... l'unité religieuse repoussera toujours cette tolérance religieuse ou plutôt irreligieuse qui serait un amalgame incohérent et coupable de Terreur et de la vérité, de la sagesse et de la folie, de la lumière et des ténèbres... La conscience est une forteresse où le magistrat ne peut pénétrer, l'orthodoxie et l'hérésie sont hors de sa compétence, tout ce qu'il peut, tout ce qu'il doit concernant le culte extérieur, c'est d'empêcher qu'on ne le trouble et qu'il ne trouble... Principe irréfragable que je proclamais au sein de la Convention, où je fus assailli par une tempête d'imprécations et d'outrages, le 1®' novembre an III. >

i829. 5 janvier. — Le curé Simonin, l'un de ses correspondants les plus intelligents, le tient au courant des nouvelles ecclésiastiques; il se plaint de l'évéque doForbin-Janson... « On fait de lui un janséniste, un jacobin... La retraite, au séminaire, est prêchée par un jésuite. » 11 le remercie de ses Hbéralités, de sa bienveillance; il l'appelle « le protecteur de la veuve, l'appui des infortunés, il s'excuse d'abuser de sa bonté pour en faire un homme d'affaires ». Le curé d'Eulmont le prie de tenir sa lettre sécrète : « Oh ! si l'on savait que j'ai l'honneur de vous écrire ! »

9 avril. — L'abbé Jennat , dans une lettre que je voudrais citer en entier, lui rend compte de l'emploi des sommes qu'il a reçues pour être consacrées à des bonnes œuvres. 11 entre dans les plus petits détails, c'est un décompte en règle ; il lui reste 745 fr., il y a 50 fr. pour un pauvre séminariste... 11 parle de l'asile des vieillards du Lunéville, auquel lui-même destine la ma-

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jeurc partie de son avoir. J'ai dit, dans la première partie, mes relations avec ce vénérable abbé, qui terminait ses lettres à Tévéque par cette phrase : « Toujoui-s et toujours, très respectable ami, votre humble et bien dévoué serviteur. >

4830. 9 janvie7\ — Il publie, dans la Gazette des Cultes, un article fort curieux sur la légitimité du serment civique, sous ce titre : a Appel à la raison par un proscrit. »

7 février. — M. Quérard lui écrit qu'il a trouvé des publications que « le respectable prélat ne lui a pas signalées, dans l'article bibliographique qu'il a bien voulu lui adresser » .

8 février. — M. Lerouge, un bibliophile de Gommercy, remercie l'évêque de lui avoir envoyé 100 fr. à partager entre un pauvre prêtre et une pauvre religieuse, dont il lui a signalé la misère.

29 juillet. — « A Passy, les balles de juillet faillirent le tuer», dit M. Carnot; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elles réveillèrent chez lui les passions révolutionnaires. Il ne fait pas partie de la Chambre des pairs, on le craint, comme les conventionnels proscrits, que l'on se borne à rappeler en France. Le 6 août, il écrit à Vestimable et savant Constancio, ancien ministre du Portugal, en Amérique. Il rappelle les mauvais jours de l'Empire, il insulte la Restauration... « Au despotisme de la gloire payée chèrement, succéda celui delà stupidité, et de l'hypocrisie... J'applaudis, comme vous, à cette jeunesse française radieuse de courage et de talens, mais peu soucieuse de ceux qui l'ont précédée dans la pohtique, elle les circonscrit dans ce qu'elle appelle la géronto-

cratie et leur imprime une teinte de ridicule contiguë au mépris... A quelques exceptions près, la France est gouvernée par l'émigration ecclésiastique et nobiliaire, par le jésuitisme et Tultramontanisme, par des hommes qui ont, sous toutes les bannières, arboré toutes les couleurs et professé toutes les doctrines. » Il n'est pas (( parmi les faiseurs » , il n'a pas foi dans les hommes qui vont s'occuper de notre avenir, il voit parmi eux une foule de gens qui, en 1819, ont abandonné lâchement la cause du député de l'Isère ou l'ont accablé d'outrages. «Vétéran d'âge et d'expérience, je suspens mon jugement... Commencée à Passy, celte lettre que j'achève à Paris, a été sept ou huit fois interrompue, griffonnée à la hâte, c'est une marqueterie de pièces incohérentes...» Je n'ose pas dire que cette appréciation est sévère.

P' octobre. — Il pubUe des « Considérations sur la liste civile». Le régime républicain est le plus économique,... «la liste civile doit, comme le budget, être votée annuellement... Réconcilier la liberté avec la royauté, cest une tentative au succès de laquelle fapjjlaitdlrais... Puisqu'on nous promet une monarchie démocratique, tâchons d'en effacer les anomalies et d'en rectifier les imperfections ; tel est le but de cet opuscule dicté par l'amour de la patrie et non par une intention hostile. » Rien cependant de plus hostile que cet opuscule, qui se vend au profit des blessés des 27, 28 et 29 juillet; c'est le style de 1793! Une seule citation: « Les décombres du Directoire, de l'Empire et de la Royauté sont un mobiUer qu'on peut acheter ou louer... pour ces Janus à trente faces, un gouvernement n'est

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qu'une ferme à exploiter, une cure à. partager... On a royalisé Thypocrisie, la déception, le parjure, à tel point que parole de roi et parole punique sont à peu près synonymes... »

6 décembre. — Lafayetie donne sa démission de commandant en chef de la garde nationale; Grégoire lui écrit : « Mon cher ancien collègue et ami, après avoir lu ce qui vous concerne dans la séance d'avant-hier, à la Chambre des députés , j'éprouve le besoin de vous exprimer mes sentimens d'estime et d'amitié... Dans toute organisation pohtique, autorité municipale et garde nationale sont des élémens essentiels. » Le vieux général vint visiter, à son lit de mort, l'ami qui ne Tavait pas défendu, le 20 juin 1792, lorsqu'il fut mis hors la loi pour avoir tenté de faire sortir le roi de Paris.

i83i. 2 mai. — Atteint d'une maladie cruelle, un sarcocèle carcinomateux, le vieillard ne se fait aucune illusion ; la mort est proche, il l'attend avec la sérénité et la résignation d'un chrétien. Ici, les dates ont une grande importance, je les suivrai exactement. On appelle Tabbé Euvrard : l'évèque se confesse, il exprime le désir de recevoir le Saint-Viatique et l'Extrème-Onction des mains de son propre pasteur.

4 mai. — L'abbé Baradère, qui depuis quinze ans est le. familier de l'évèque, se rend au presbytère de l'Abbaye-aux-Bois : le curé, accompagné de son vicaire, M. Lacoste, accourt au chevet du malade ; il exige une rétractation du serment, un acte spécial d'obéissance à la discipline et à la doctrine de l'Église. Une discussion ihéologique s'engage, le vicaire disserte longuement et

avec vivacité. Le vieillard réplique : il signera la profession de foi de Pie VI, il répondra aux questions du rituel, mais ce serait pour lui un péché mortel de désavouer un acte accompli après mûr examen; il se plaint de Tatlilude peu convenable du jeune abbé : « Si la nécessité où vous me réduisez de recourir pour les sacremens à un prêtre étranger, cause du scandale, il retombera sur ceux qui y auront donné lieu. » Le curé se retire en exprimant le regret que ses conditions soient refusées. Une heure après, l'abbé Baradère, absent au moment de Tentrevue, est à la cure ; on le prie au nom de la religion, au nom de la paix publique, d'obtenir une rétractation écrite ou du moins une copie du testament, où Grégoire a affirmé sa soumission ; si Tune ou l'autre de ces conditions n'est pas remplie, il sera impossible de l'administrer et d'ouvrir l'église à sa dépouille mortelle. Baradère promet une copie du testament et il dépose un celebret, délivré en 1804. « Li" centia celebrandi missam. Joannes-Baptista du Belloy presbyter cardinalis,.. Archiepiscopus parisiensis concedimus magistro Hmrico Gregorio episcopo, licentiam celcbvayidi missam in nostro diocesi, de consensu rectorum... » Le vicaire va immédiatement soumettre la question à l'archevêque ; la réponse ne se fera pas attendre.

5 7nai. — La nuit a été mauvaise ; le jour à peine commencé, l'abbé Guillon, aumônier de la reine, est introduit; il a été appelé par le malade, qu'il ne connaissait pas; voici son récit: « Le vieillard, épuisé par Fâge, par les souffrances, par les plus pénibles émotions, mais toujours ferme dans son langage, fixa sur moi ses yeux

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baignés de larmes, me tendit la main, serra la mienne, je Tembrassai... Au récit détaillé fait en sa présence des démarches tentées à l'Abbaye et à Tarchevêché, luimême mêlait ses observations... Il protestait de sa ferme résolution de vivre et mourir au sein de la religion catholique, apostolique et romaine... Il parlait sans amertume du refus persévérant opposé à ses instances, avec attendrissement du bonheur qu'il aurait de voir son premier pasteur et de recevoir de ses mains le gage de la réconciUation... Je m'étais prononcé, dès cette première entrevue, avec la franchise de mes principes catholiques... Je bornai mes engagements à l'offre de mes services auprès de mes supérieurs ecclésiastiques et de Leurs Majestés. Ils furent agréés. »

Le même jour, le curé et son vicaire viennent apporter à M. Grégoire un pli cacheté aux armes de l'archevêque ; ils n'insistent pas pour entrer, Baradère se charge du message, afin d'éviter au malade de nouvelles émotions. Voici quelques extraits de la lettre de M^*" de Quélen : Instruit de la stérilité des démarches du curé, il voudrait sortir de sa retraite pour aller lui tendre la main sur le bord de l'éternel abîme ; il regrette, il déplore la désolante assurance avec laquelle il refuse d'abjurer des erreurs condamnées par l'Éghse universelle ; il ne rentrera[ pas dans une discussion plus d'une fois renouvelée et toujours inutile, il attend de la seule grâce de Dieu une conversion, qui, pour être tardive, n'en consolerait pas moins l'Église, qu'il a si longtemps contristée. « Je me transporte en esprit, auprès de votre lit de mort, je vous conjure à genoux, les mains jointes et les larmes aux yeux, d'avoir pitié de votre âme, en

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