‹ La vie et les œuvres de l'abbé GrégoireChapitre 49 sur 52 · LA VIE ET LES ŒOVRES · texte numérisé non relu

LA VIE ET LES ŒOVRES

rcnlranl dans le sein de l'Église calholique... Les ànries les plus ferventes prient pour obtenir pour vous celte grande miséricorde... Vous ne pouvez avoir seul raison contre le chef de l'Église et l'épiscopat tout entier... Priez donc avec nous, en toute humilité, mon cher frère, et vous verrez se dissiper les nuages qui jusqu'à cette dernière heure vous dérobent la vérité. »

6 mai — Le malade réclame avec instances le Saint- Viatique. Voici le procès-verbal de la cérémonie signé I)ar Baradère et approuvé par Grégoire. « L'auguste malade avait mis la mozelte, le rochet, l'étole et la croix l)astorale quelques moments avant de recevoir le Viati(juc... Après avoir humblement demandé à M. Baradère s'il avait quelque chose à lui prescrire, il dit qu'il était prêt à recevoir le bon Dieu... Après avoir récité avec nous les prières du rituel de Paris, M. l'évêque, sans y être invité, a fait, à haute et intelligible voix, sa profession de foi, en voici les traits les plus remarquables : Ministres des autels et vous chers assistants, je renouvelle les vœux de mon baptême... Je crois tout ce (pie l'Église cathohque, apostoUque et romaine croit et enseigne... Je me soumets d'avance de cœur et d'âme au jugement de l'Église sur mes écrits et mes actes... J'ai toujours agi d'après les inspirations de ma conscience, comme vicaire, comme curé, comme évêque... .ravoue néanmoins que les jugemens de Dieu m'effraient, mais ma confiance est entière quand je songe à sa mi* séricorde et aux mérites infinis de Jésus-Christ... Ici, M. Baradère a arrêté le malade épuisé; après un repos de ijuelqucs instants, il a récité le Confiteor et a reçu le Saint-Viatique avec tous les signes d'une parfaite com-

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ponclion; les assistants se sont mis à genoux el onl demandé la bénédiction du mourant. »

7 mai, — Malgré les vives douleurs qu'il éprouve, le vieil athlète dicte une longue réponse à la lettre de l'archevêque; il discute, il réfute, il y a de l'ironie, de l'amerlume, mais je me garde d'apprécier, je cite : « Me tendre la main, quand vous me croyez sur le penchant de l'éternel abîme est un acte de charité qui mérite toute ma reconnaissante... Je regrette infiniment que la nature des conditions que le respectable curé de l'Abbaye était chargé de me proposer ait rendu stérile une démarche que je m'étais empressé de solliciter... J'ai reçu le Saint- Via tique et j'ai l'heureuse certitude qu'en cas de besoin je recevrai aussi l'Extréme-Onction... Je vois qu'il est impossible de nous entendre sur ces prétendues erreurs,... que vous me reprochez de soutenir avec une désolante assurance... Gomme vous, je suis convaincu que, dans le sein de l'Église,... exclusivement, se trouvent les moyens d'obtenir cette couronne immortelle, objet de tous mes vœux... Ma vie tout entière et mes ouvrages déposent assez de l'intégrité de ma foi pour que je me croie dispensé de l'injurieuse condition de proclamer de nouveau... les vérités d'une religion que je n'ai cessé de professer et de défendre et où j'ai la ferme conviction que Dieu me fera la grâce de mourir... Le pape et l'épiscopat n'ont pas condamné la constitution civile,... le bref de juillet 1796 est plus politique que religieux... Un grand nombre de pieux et savants prélats m'ont donné la qualité d'évêque, que vous avez cru devoir supprimer dans vos lettres,... j'ai le droit et le devoir de soutenir la légitimité et la

catholicilé de mon serment jusqu'à ce que.rÉglise universelle ait prononcé,... jusque-là, je reste invariablement a Haché à ma croyance comme à mon amour pour la chaire de Saint-Pierre si étrangement défigurée par les fausses décrétâtes et par les prétentions ultramontaines... Soyez sûr qu'ainsi que vous, je suis loin d'obéir à des considérations humaines,... pas plus qu'au temps où je défendais à la tribune la religion attaquée avec fureur,... et où le premief je réclamais l'ouverture de ces mêmes temples, dont on repoussera peut-être ma dépouille mortelle... Je voudrais m'arrêler là, mais j'éprouve le besoin de vous dire un mot de mes opinions poHtiques... Une circonstance de ma vie a été odieusement dénaturée: je n'ai voté la mort de personne... j'ai toujours cru et publiquement professé que la religion de Jésus-Christ était l'amie de la Hberté... Ils sont bien coupables les ecclésiastiques qui mêlent la politique à la religion... C'est aux imprudences du clergé qu'il faut attribuer cette haine implacable, qui poursuit des prêtres d'ailleurs dignes de respect.... et ces destructions dont nous avons tant à gémir... L'introduction clandestine des jésuites, le fanatisme et l'ignorance du jeune clergé sont les véritables plaies de la religion... L'humilité que vous me recommandez me conduit à un rapprochement: deux criminels furent crucifiés aux côtés de Notre-Seigncur, votre modèle et le mien. L'un d'eux se tournant vers le Christ mourant,... vous connaissez le reste,... mais vous paraissez oublier que Jésus-Christ ne lui demanda ni amende honorable ni rétractation... Je réclame de l'un de ses disciples la même indulgence ; si elle m'était refusée, je n'en resterais pas moins plein de

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confiance dans l'infinie miséricorde de Dieu et j'en serais fâché pour moi et pour vous. » P. S. « Au milieu de mes souffrances, je n'ai pu donner à ces graves questions qu'un trop court développement..., je m'en réfère aux ouvrages où je les ai traitées à fond. » Il y a certainement, dans cette réponse, un désaveu de tout ce qui ne serait pas approuvé par TÉglise, mais y a-t-il ce repentir et cette humilité, qui en eussent fait un acte vraiment chrétien ?

A la réception de cette lettre, dont Grégoire a paraphé toutes les pages et écrit de sa main la formule d'usage, l'archevêque adresse immédiatement à M. Baradère la note suivante : « M. Grégoire allègue sans cesse qu'il a fait par conviction tout ce qu'il a fait... On lui répond que l'Église ne juge ni ses intentions ni sa bonne foi,... elle en laisse le jugement à Dieu;... elle lui demande de condamner des actes qu'elle a frappés de ses censures... Qu'il se soumette non pour l'avenir, mais pour le présent, à la conviction de l'Église, dont le souverain pontife et les évoques sont les interprètes et les organes... Il ne peut y avoir de péché dans cette soumission, qui est un acte de foi. M. Grégoire ne risque donc rien de reconnaître purement et simplement, d'esprit et de cœur, que, malgré ses intentions,... il a eu tort, puis- (juc l'Eglise le lui dit et qu'il se repent de lui avoir résisté... La règle tracée par le chef de l'Église doit être suivie à l'égard de M. Grégoire, sans âpreté,... mais sans faiblesse,... les conséquences nous les abandonnons à Dieu... Toutes les inventions de la charité doivent être employées, notre vie même doit être offerte, mais la sincérité, la franchise, doivent être aussi strictement

observées... Il faut non disputer une formule avec le malade, mais la rédiger sans détour; celte formule ne doit pas être vag-ue, mais précise,... explicite, qu'elle exprime \e repentir... Si Dieu, touché de nos prières et de nos larmes, a changé le cœur de M. Grégoire, il lui aura donné ces dispositions humbles et soumises qui prouvent sa conversion; si, au contraire, il n'y a dans tout ceci que des négociations pour sauver les apparences,... le ciel ne sera pas réjoui du retour d'un pécheur, la terre ne sera pas pacifiée par un tour d'adresse... et notre ministère en sera déshonoré... D'ailleurs, j'ai une trop certaine opinion du caractère de M. Grégoire pour penser qu'il se prête à une démarche équivoque... Ah! que ne peut-il Ure tout ce que mon cœur éprouve de sollicitude pour lui ! que ne puis-je aller lui donner le baiser de paix et lui porter les paroles de la reconciliation ! »

8 mai. — Le dimanche matin, le malade est à toute extrémité, plusieurs journaux ont annoncé sa mort; on appelle en toute hâte l'abbé Guillon : « Chaque moment pouvait être le dernier de cette longue et douloureuse agonie, l'évéque demandait avec ardeur l'extrême-onclion ; pressé par ses ardentes sollicitations et par la déclaration explicite qu'il croit et approuve tout ce que croit rÉgiise, qu'il condamne tout ce qu'elle condamne, je ne vis plus dans le vieillard mourant que Thomme près du naufrage 5 qui toute sorte de mains jette la planche de salut, que le Samaritain tombé sur la route de Jéricho, qu'une âme à fortifier par un des plus puissants moyens de la religion. Je me rappelai et citai le texte précis du pastoral parisien, si conforme à la doctrine... de nos

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dix-huit siècles chrétiens: Si quis tamen infirmus.., M. Grégoire répondit à tout, renouvela publiquement sa confession, prit Dieu à témoin qu'il mourait soumis à l'Église, à son chef, plein de foi, d'espérance et de charité. Une pareille profession de foi en ce moment décisif... pouvait-elle laisser le moindre doute? Comment suspecter l'homme résigné, qui se compare au larron mourante côté du Sauveur... et demande avec larmes à être déposé sur la paille et sur la cendre?... » La cérémonie terminée, l'abbé Guillon en dresse un procès- verbal, dont les témoins, Baradère, Duples, Dutrône etMesnard, attestent et affirment la sincérité, sur l'honneur et sous la foi du serment. « La conduite de Tabbé Guillon leur a semblé en tout conforme à la doctrine de l'Église, aux intérêts actuels de Tordre public, du trône, du ministère ecclésiastique et de la religion. »

9 mai. — Par ordre de Grégoire, l'abbé Baradère informe l'archevêque que sa note du 7 mai n'a rien changé à sa conviction : « M' l'archevêque met en principe ce qui est en question... Il n'a jamais prétendu que la conviction et la bonne foi dispensent un catholique de se soumettre à l'instant au jugement de l'Église universelle... C'est par devoir et non pour sauver les apparences, qu'il a fait appeler le curé de la paroisse... Au terme d'une carrière de quatre-vingts ans, il ne joue pas l'éternité pour un vain sentiment d'amour-propre,... il a d'ailleurs reçu tous les sacremens spirituels que l'on s'obstine à lui refuser... Le salut du malade était le premier intérêt à consulter, si la discipline peut en souffrir, la charité, dit saint Augustin, devient alors la suprême loi. »

iO mai: — Par un dernier codicille, il institue M"® Dubois sa légataire universelle, MM. Raidot, Duples etBaradère, ses exécuteurs testamentaires : il lègue « au respectable Guillon tous ses livres suspects en diverses langues et son reliquaire ». Au sujet de ce codicille, il me semble nécessaire d'établir le chiffre réel de la fortune de Grégoire ; M. Dugast, l'un de ses biographes (1833), parle de ses dons aux pauvres, aux églises, il ne précise rien. M. Garnot, si bien informé d'ailleurs, n'est pas plus explicite ; M. de la Saussaye m'a répété ce qu'il a écrit dans son livre Blois et les environs, qu'il a laissé plus de quatre cent mille francs à l' Ho tel-Dieu de sa ville épiscopale *. En présence de ces données' contradictoires, j'ai dû recourir à des documents officiels et j'ai consulté les trois testaments de M"® Dubois. Le 11 juin 1831, « quelques jours après la perte douloureuse qu'elle a eu le malheur de faire,... son premier soin a été de disposer tant des biens qu'elle vient de recueillir, comme sa légataire universelle, que de ceux qui composent sa fortune personnelle. » L'acte est reçu par M" Defresnes et Chaudron, notaires à Paris. L'évêque de Blois a laissé un mobilier d'une importance minime; une somme de deux mille francs en argent, un prorata de fermage et de pension d'environ six mille francs ; un domaine affermé cinq mille francs et une rente cinq pour cent de deux cent quatre- vingt douze francs. Le 20 août 1831, M"® Dubois, en désaccord avec les exécuteurs testamentaires, (( croit devoir révoquer les dispositions qu'elle a prises, par un testament nouveau dicté à M® Vavin, notaire à

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