‹ La vie et les œuvres de l'abbé GrégoireChapitre 6 sur 52 · Discours de Legros, aux Jacobins · texte numérisé non relu

Discours de Legros, aux Jacobins

dait le renvoi à un comité, où les opposants espéraient inhumer la question. Les Jacobins s'en emparaient; sur leur invitation-circulaire ou d'après leur journal, elle était discutée dans trois ou quatre cents sociétés affiliées et trois semaines après pleuvaient à l'Assemblée des adresses pour demander un décret, dont elle avait d Sabord rejeté le projet. »

23 juin, — Le roi termine la lecture de sa déclaration par ces mots: « Je vous ordonne. Messieurs, de vous séparer tout de suite et de vous rendre, demain matin, dans les chambres affectées à votre ordre, pour y reprendre vos séances. » Le roi parti, le Tiers reste immobile, Mirabeau proteste, Grégoire appuie la protestation : « Il importe de maintenir la résolution prise par l'Assemblée. 3> On constitue le bureau, il est nommé secrétaire à la presque unanimité.

8 juillet. — Mirabeau réclame l'éloignement des troupes, Grégoire veut de plus que « l'on dévoile les auteurs de ces détestables manœuvres, qui menacent la sécurité de l'Assemblée, qu'on les dénonce comme coupables de lèse-nation, afin que l'exécration contemporaine devance l'exécration de la postérité ».

10 juillet. — Paris est en insurrection, l'archevêque de Vienne préside l'Assemblée, Grégoire propose la création d'un comité pour « dénoncer tous les ministres coupables, les machinations de la cour, tous les conseillers perfides du roi.., le roi est bon, mais on le trompe ». Ce discours, dit le Moniteur, fut prononcé avec une force etune énergie peu communes; le président exprima son étonncment de ce qu'un ecclésiastique s'exprimât avec autant de véhémence sur une semblable matière :

« Surpris de l'apostrophe, je demandai la parole pour m'expliquer; je le fis avec les égards que mon cœur m'inspirait, mais avec la fermeté que j'y devais mettre comme homme public... Les applaudissements de l'Assemblée et des tribunes se prolongèrent à tel point que j'en fus humilié pour ce digne prélat, que j'aimais et qui m'aimait. »

12 juillet. Dimanche. — 11 n'y a pas de séance ; on parle de mouvements de troupes, de dispersion, d'enlèvement des députés ; Grégoire, en qualité de secrétaire, s'empare des procès-verbaux, des papiers, des correspondances, il les enveloppe sous un double sceau, celui de l'Assemblée et le sien; il les confie (( à M"® Émery, épouse du député de ce nom, qui durant trois jours eut sous sa direction ce dépôt, dont elle appréciait l'importance ». Le même soir, cinq ou six cents députés, qui ne sont pas allés à Paris, se réunissent dans la salle des séances; le président est absent, on invite Grégoire à occuper le fauteuil, il accepte avec empressement: v( Il faut relever le courage de ceux qui tremblent » ; il improvise un discours sur les tentatives de la tyrannie: « Apprenons à ce peuple qui nous entoure, que la terreur n'est pas faite pour nous.... Oui, nous sauverons la liberté naissante..., fallût-il pour cela nous ensevelir sous les débris fumants de cette salle... » et il termine par ces mots du poète : « Si fractus illabatur orbis, impavidum ferient ruinœ. » Des applaudissements unanimes accueillent ces paroles, on décide que la séance sera permanente ; c'est la première de ce genre, elle dura soixante-douze heures. c( Cette citation répétée et commentée par les journaux fit beaucoup d'honneur au curé d'Emberménil. »

i2 LA VIE ET LES ŒUVRES

23 juillet. — L'agitation des esprits est chaque jour plus grande, les pillages, les meurtres désolent les pro* vinces, l'Assemblée délibère sur les remèdes à employer ; Grégoire demande que Ton invite les pasteurs à tranquilliser les peuples: « Qui de vous, dit-il à ses confrères, ne voudrait être au milieu de ses paroissiens, pour faire entendre des paroles de paix et de confiance dans les travaux de l'Assemblée. » Il a reçu des lettres anonymes, on le menace de le dénoncer au Palais-Royal s'il n'en donne pas lecture; le président consulte TAssemblée. Un non général fait retentir la salle, on lui crie de tous côtés de les jeter au feu.

f^' aoiiL — Conformément aux vœux de son bailliage, Grégoiie fait le tableau dès cruautés inouïes exercées contre les juifs d'Alsace; il réclame l'intervention de l'Assemblée. Le 44 du même mois, les députés de la nation juive-portugaise de Svanry lui adressent l'expression de leur reconnaissance, « il a d'abord plaidé leur cause au tribunal de l'opinion, il a ensuite invoqué le secours de l'Assemblée ^ ».

4 août. — Dans la mémorable discussion des droits de l'homme et du ciloyen, Grégoire établit la corrélation nécessaire des droits et des devoirs : « Les droits, on est toujours prêt à les étendre, les devoirs on les néglige,, on les méconnaît, on les oublie. » L'amendement est repoussé par 570 voix contre 433.

5 et 9 août, — La dime sera supprimée à partir de 1790; Grégoire, avec Sieyès et Lanjuinais, veut que l'on

t. V. Ire partie, ï Analyse du mémoire, 62 à G6, et brochure de 47 pages in-8'. Paris, 1789.

stipule une ftidemnilé dont le capital, solidement placé, formerait la dotation du clergé. « Âtlachés à leurs propriétés, instruits de l'agriculture, les curés trouveront des moyens plus aisés d'économie, plus de facilités pour aider leurs paroissiens. » Plus tard, lorsque le comité des dîmes propose de payer en argent le traitement des ecclésiastiques, il demande une exception pour les curés: « L'intérêt des pauvres, des ministres, de la patrie, exige leur dotation en fonds territoriaux.... Si vous pensionnez les curés, le peuple regardera la religion comme onéreuse...., les pauvres ne demandent pas d'argent, mais du pain.... On prétend qu'il ne faut pas distraire les curés, moi, je dis qu'il leur faut des distractions et que celles de ^agriculture sont celles qui leur conviennent le mieux.... C'est chez les curés que s'essaient les découvertes rurales repoussées par l'habitude et la routine... La société d'agriculture, à laquelle j'ai communiqué un mémoire sur cette question, a reconnu qu'il était au moins nécessaire de donner aux curés la moitié de leur traitement en fonds de terre *. » A la même époque, il publie à Nancy, deux mémoires, l'un : Sur la Dolation des curés en fonds territoriaux (in-8% 32 p.), l'autre : Sur les Droits de tiers denier des biens communaux et de troupeau à part usités en Lorraine (in-8", 56 p.).

iO août. — Le cardinal de Uohan adresse au vMvk d'Emberménil une lettre dans laquelle il lui ex()riine h<îH sentiments d'attachement et de haute estime \Hmv %i'M ouvrages et ses qualités personnelle».

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