LU VIE ET LES ŒUVRES
bre (les membres; ils seront rem)uvelés par moitié, de mois en mois. Il déploie une merveilleuse activité pour dépouiller les dossiers et pour suivre les discussions de TAssemblée.
23 mars, — Il réclame un relevé détaillé des appointements qui existentsous le nom d'état-major des places; il signale « un gouverneur de la Mallebranche, c'est-àdire une maison de campagne, qui reçoit 12,000 fr. ».
28 mars. — On délibère sur Téligibilité des gens de couleur, la majorité est hostile ; Grégoire renoncera à la parole sur l'article 4, « à condition que les députés des colonies renoncent à l'aristocratie de la couleur ». L'Assemblée refuse de discuter la question.
i*' avril. — Il fait adopter un décret qui enlève aux salines de Dieuze, Moyenvic et Château-Salins, rexploilation des bois appartenant aux communes, aux propriétaires ou aux détenteurs de bénéfices. La ferme fit publier, à 3,000 exemplaires, le mémoire rédigé à cet effet par le curé d'Emberménil, qui désirait la conservation de ces importantes usines menacées par les paysans.
d2 avril, — On discute un projet de décret présenté par le comité des dîmes ; Rœderer accuse Tévêque de Nancy de ne s'occuper des pauvres qu'à la tribune; Grégoire défend son évêque en termes énergiques.
15 avril. — Au nom du comité des rapports, il réclame contre le décret du 6 mars, qui concerne les procédures prévôtales : « Les galériens se révoltent, il iraporte de rétablir l'autorité des prévôts. »
i*" mai. — Il propose la création d'une caisse de i ,200,000 fr. pour avances aux entrepreneurs de dessèchement de marais et aux agriculteurs... On ne pourra
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prêter que pour cinq ans et jusqu'à concurrence de 40,000 fr. «C'est de l'argent que vous placerez à gros intérêt, caria terre compense avec usure les travaux et les peines de ceux qui la cultivent. »
20 mai. — Il provoque un décret qui interdit de recevoir sur nos galères aucune personne condamnée par des juges étrangers.
2 juin. — Le clergé a perdu ses dîmes, son casuel, ses bénéfices, Mirabeau a triomphé de l'éloquence de Maury; dans sa réaction contre le passé, l'Assemblée abolit le concordat de • Léon X et de François !•% elle veut remonter à la pragmatique de Charles VII, plus d'une fois réclamée par les parlements. Le comité ecclésiastique propose une réforme qui, sous le nom de constitution civile du clergé, fait entrer le schisme dans l'Église de France. « La discussion^ dit Michelet, ne fut ni forte ni profonde..., nul changement ne pouvait se faire sans la convocation d'un concile... » Michelet a raison en ce qui concerne ledroitdu concile, il se trompe sur le caractère et la nature des débats ; la discussion fut longue, sérieuse, approfondie, elle dura tout le mois de juin. Les évêques en grand nombre nient la compétence de TAssemblée ; un concile national peut seul régler les difficultés de discipline et de droit public ecclésiastique. Les philosophes veulent détruire la religion, Grégoire, qui fait campagne avec eux, ne veut que la réformer; il montre d'abord une certaine mesure, il craint le schisme : « Il ne faut pas porter atteinte à l'autorité papale. » — Le 7, il demande que l'évèque ne soit pas curé de la cathédrale, sa motion est repoussée. — Le 8, il vote l'élection par tous les prêtres, de quatre curés,
qui formeront le conseil épiscopal ; le plus âgé, avec le concours des trois autres, gouvernera le diocèse, en cas d'absence ou d'empêchement de Tévêque. Son ami, Lanjuinais, avait proposé de faire choisir par le synode, au scrutin de liste simple, les membres de ce conseil. — Le 9, on discute le mode de l'élection de l'évêque; il soutient un amendement qui enlève aux non-catholiques le droit de choisir les ministres du culte ; il est battu par la majorité. — Le 14, il se joint à Moreau, à Dumouchel, à Prieur, pour faire décider que les ecclésiastiques voués à l'enseignement, principaux, régents, professeurs de théologie, auront le droit d'être choisis pour évêques. — Le 15, il remontre « que l'intervalle entre la mort d'un curé et la nomination de son successeur est funeste aux mœurs et à la piété, aussi le procureur-syndic devrat-il convoquer les électeurs sous quinzaine. » — Le 17, il se joint à l'abbé Gouttes pour fixer à 1,500 fr. le traitement des curés de campagne : a Ils auront la vie et le vêtement, non la fortune. » — Le 21, il demande que la pension de retraite d'un curé, après 25 ans d'exercice, soit égale au traitement de la place qu'il occupe ; la motion est écartée parla question préalable. — Le 28, il appuie une proposition de Robespierre « qui invoque la justice de l'Assemblée en faveur des ecclésiastiques vieillis dans le ministère ». Il faut améliorer proportionnellement à leur âge le sort de ceux dont le traitement sera inférieur à 3,000 fr.
2 juillet. — « Après avoir conquis la liberté, dit Grégoire, nous ne devons pas souffrir qu'un seul gémisse dans la servitude : j'apprends qu'il y a des Français emprisonnés dans les forteresses étrangères, que le comité
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des lettres de cachet prenne des renseignements et qu'il rende compte à l'Assemblée, avant le 14 juillet. »
6 août. — Il fait insérer au Moniteur une adresse aux bons citoyens du département de la Meurthe : < On débite, à Paris, qu'un grand nombre de Lorrains vont servir dans l'armée impériale, il proteste contre cette calomnie : à peine échappés au fléau du despotisme, ils en deviendraieni ailleurs les détestables sujets ? Il est loin de tout approuver dans cette révolution à laquelle il croit n'avoir pas été inutile... Il lui sacrifie de bon cœur sa fortune et sa santé... Quiconque regrette l'état de dégradation où nous avait plongés la tyrannie, n'est fait que pour traîner les chaînes honteuses de la servitude... Quelles attaques peut redouter un peuple qui a du canon, du courage, de la liberté... Ceux qui, par ignorance, préjugés ou mauvaise foi ne veulent pas admettre ces vérités, 7e rirai d^ leurs injures, f attendrai leur réfutation... Je supprime le refrain servile qui termine ordinairement les lettres, pour me dire cordialement, Messieurs, votre bon et loyal compatriote. »
iS août. — 11 adresse aux municipaUtés, aux curés, aux clubs, une série de questions relatives aux patois et aux mœurs des gens de la campagne. « Ces questions ayant un but d'utilité pubhque, vous ne me refuserez pas vos lumières. » La circulaire comprend 43 questions posées avec une méthode parfaite, 5 ont rapport aux écoles ; , les réponses, dont plusieurs sont rédigées avec talent, ont un véritable intérêt pour l'histoire du passé ; je les ai analysées avec soin, surtout en ce qui concerne l'instruction primaire ; je voudrais citer celle du pasteur Oberlin qui, en 1788, avait reçu la visite du curé d'Em-
berménil. Il lui envoie sur les patois « un essai qu'il a fait antérieurement imprimera), et il le supplie de plaider la cause des ministres qui, « perdant les dîmes, seront réduits à mendier leur pain, si les districts et les départements ne sont obligés de les pourvoir d'un équivalent ».
29 août. — Le comité des finances propose un crédit de 27,217 fr. pour les académies; Mirabeau le repousse: « Ce sont des écoles de servilité et de mensonge, elles sont incompatibles avec le nouveau régime. » Grégoire les défend, il en démontre Futilité, il sait d'ailleurs « qu'elles s'occupent à se donner des statuts dignes de la liberté ». L'Assemblée vote provisoirement le crédit.
i9 septembre. — Il fait un rapport sur radmission des députés de Pondichéry : « A quatre mille lieues de nous, des citoyens français ont adopté, avec transport, notre nouvelle constitution et prêté le serment civique. »
12 octobre. — L'Assemblée lui refuse la parole sur les affaires de Saint-Domingue ; il fait aussitôt imprimer et déposer chez trois libraires, « une lettre aux philanthropes sur les malheurs, les droits, les réclamations des gens de couleur de Saint-Domingue et autres îles françaises » (1 vol. in-8°).
2 décembre, — Les comités réunis des finances et d'aliénation présentent un rapport sur la vente des biens nationaux ; Grégoire prend la parole pour a une observation préliminaire ; vous avez à cœur de bien vendre » et de vendre promptement, afin de multiplier le nombre des propriétaires; pour remplir des vues aussi sages, il vous faut abohr les dispositions qui, en diverses provinces, établissent l'inégalité des partages... N'est-il pas
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affreux qu'un père juste, qui aime également ses enfants, soit forcé de trahir sa tendresse et sa justice?» 11 obtient que Ton fixe le jour où sa proposition sera discutée. — Membre actif d'un comité pour l'abolition du droit d'aînesse, il accueille, avec intérêt, une députation des jeunes demoiselles de Rouen et du Havre, qui lui présentent des doléances contre ce droit inique. — Il renouvelle sans succès sa proposition d'accorder aux curés une dotation territoriale.
i2 décembre, — Les duels de Lameth avec le duc de Castries, de Barnave avec de Cazalès, les provocations, les défis des gentilshommes effraient les clubs; leurs agents excitent la multitude, on pille l'hôtel de Castries... Grégoire publie des « réflexions générales sur les duels». La question religie^ise l'occupe peu, il traite surtout la question politique ; « on fit grand éloge de cette brochure au club des jacobins. »
7 décembre. — A la suite de l'affaire de Nancy, l'Assemblée avait approuvé la conduite de M. de Bouille et voté des remerciements à la municipalité, au directoire, à la garde nationale; organe du parti avancé et des patriotes, Grégoire accuse le général : « On a amplement déduit le tort des soldats, a-t-on suffisamment développé les causes qui les ont aigris et égarés? Bouille avait tardé à prêter serment et cependant il commandait... Malgaigne parlait à des soldats avec une brutalité presque barbare. .., la municipalité armait..., il y a eu de perfides et sourdes machinations..., les soldats ont cru servir la patrie... Le patriotisme pur d'une société respectée avait été dénoncé... Mais je n'ai garde d'appeler la vengeance sur les coupables... Notre malheureuse patrie ne demande
pas à être vengée, mais consolée... N'attisons pas une haine qui, depuis longtemps, divise deux villes faites pour s'aimer et s'estimer...» Il conclut au désaveu de l'approbation donnée le 3 décembre à la municipalité et au directoire de Nancy. — Il est applaudi, Barnave appuie la motion, qui est adoptée.
24 décembre. — Le 29 novembre, l'Assemblée a décrété que, sous huitaine, les évêques, curés et autres ecclésiastiques prêteraient le serment ; le 23 décembre, Camus, un jurisconsulte janséniste, demande que la force intervienne... Le lendemain, au milieu des applaudissements des tribunes et d'une partie de l'Assemblée, Grégoire, le premier, prête le serment. Avant cet acte solennel, il fait la déclaration suivante : « Disposé, ainsi qu'un grand nombre de confrères, è prêter le serment civique, permettez qu'en leur nom je développe quelques idées qui ne sont pas inutiles dans les circonstances présentes. (Il se fait un profond silence.) On ne peut se dissimuler que beaucoup de pasteurs très estimables, dont le patriotisme n'est pas équivoque, éprouvent des anxiétés, parce qu'ils craignent que la Constitution ne soit incompatible avec les principes du catholicisme. Nous sommes aussi invinciblement attachés aux lois de la religion qu'à celles de la patrie : revêtus du sacerdoce, nous continuerons à l'honorer par nos mœurs, soumis à cette religion divine, nous en serons constamment les missionnaires, nous en serions, s'il le fallait, les martyrs. Mais après le plus mûr et le plus sérieux examen, nous déclarons ne rien apercevoir dans la Constitution qui puisse blesser les vérités saintes, que nous devons croire et enseigner. Ce serait injurier, calomnier l'Assemblée
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que de lui supposer rinlenLion de mettre la main à Tencensoir. A la face de la France et de Tunivers, elle a manifesté solennellement son profond respect pour la religion catholique, apostolique et romaine. Jamais elle n'a voulu priver les fidèles d'un seul moyen de salut, jamais elle n'a voulu porter atteinte au dogme, à la hiérarchie, à l'autorité spirituelle du chef de l'E- ^ glise ; elle reconnaît que ces objets sont hors de son domaine... Le titre seul de Constitution civile énonce suffisamment son intention ; nulle considération ne peut donc suspendre l'émission de notre serment. Nous formons les vœux les plus ardents pour que, dans toute l'étendue de l'empire, nos confrères s'empressent de remplir un devoir de patriotisme si propre à porter la paix dans le royaume et à cimenter l'union entre les pasteurs et les ouailles. » Durand de Maillane demande que ce discours, si touchant pour les gens de bien, soit imprimé et inscrit au procès- verbal. 52 curés, 8 abbés ou religieux prêtent serment, au milieu des applaudissements de la gauche. 11 publie des observations sur le décret qui ordonne une nouvelle circonscription des paroisses (in-8% 28 p.).
i79i. 4 janvier, — Au moment où commence l'appel nominal, la foule s'agite autour de la salle, on entend des menaces, des cris, le maire sort pour assurer le calme; la droite proteste, Maury réclame en vain la parole, la majorité des évêques refuse le serment. « Les évêques, dit Michelet, trouvèrent dans la situation des paroles heureuses et dignes, qui, pour leurs adversaires, furent des coups d'épées... )» L'exigence dure et maladroite que l'on mil à obtenir le serment fut une faute ;
« elle donna aux réfractaires une magnifique occasion, éclatante, solennelle, de témoigner devant le peuple, pour lu foi qtt'ils n'avaient pas,,, » Surpris de cette énergie, Grégoiie recourt à des artifices de langage qui sont peu dans ses habitudes; «c'est au nom de la religion, de la patrie, de la paix qu'il va ajouter quelques mots... Les uns ont prêté le serment, les autres s'y sont refusés, de part et d'autre, nous devons supposer des motifs respectables... L'Assemblée ne juge pas les consciences, elle n'exige pas même un assentiment intérieur (murmures). Je ne justifie pas les. restrictions mentales, je veux dire seulement que, par le serment, nous nous sommes engagés à obéir et à procurer obéissance à la loi. Attaché par une union fraternelle, par un respect inviolable à nos respectables confrères les curés, à nos vénérables supérieurs les évéques, je désire qu'ils acceptent cette explication, et si je connaissais une manière plus fraternelle, plus respectueuse de les y inviter, je m'en servirais. t> Ses vénérables supérieurs résistent, 134 archevêques, évéques ou coadjuteurs refusent le serment, 4 le prêtent, dont 3 incrédules connus parleurs mœurs dissolues. En cette grave question, Mirabeau, Robespierre, Desmouhns ne partagent pas l'opinion de Grégoire, qui publie «sur la légitimité du serment t> une brochure in-8" de 27 pages, que le conseil général de la commune de Nancy fait réimprimer chez la veuve Bachot. Il n'a plus de ménagemenis à garder, il insulte ceux qui n'acceptent pas ses respectueuses et fraternelles explications : « Ce sont des êtres égarés par un faux zèle, stimulés par la haine... Ils empoisonnent nos motifs, ils nous prodiguent des (jualifications atroces,
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absurdes... Soq serment est un hommage à la patrie, sa déclaration un hommage à la religion... Sa dissertation sera une réponse circulaiie à une foule de lettres consultatives et une réfutation des protostations des chapitres, des lettres pastorales, de celle de Tévêque de Metz en particulier. » Il résume et il discute les objections : la répartition des évéchés n'a rien de contraire à la tradition ; Télection est un retour aux pratiques de la primitive Église... Il a réclamé Texclusion des électeurs protestants et juif?»... I/élection est un objet de discipline, Tordination est de droit divin, le peuple choisit, l'Église ordonne... Il y a moins â censurer diÈns les élections nouvelles qu'à rougir des anciennes... I>e patrimoine de l'Église était devenu la proie d'une ca^te privilégiée et vorace... des LaL« qui Mouillaient une cour dépravée... La suppression des vœux ne leur enlève que les effets civils; < les engagemenù^ pri« avec Dieu ^ont hors de la corapélerjce de l'Assamblée, qui ne s'y opp^>s^ pas, qui n*a pas le droit d^' mettre obfïtade... Nous aurons peut-éire des ^ougiéj^'ations libres de l'un et de l'autre sexe, des nm^^m où la lîli^rt/é s'asîsrxiant é la piété, en relèvera \'é^:hiU t/^i e^t le vr/:»u de bien des gens, tel e*4. le mUtn.,. > Il eîjK/jye ave/; arueitume les misères d'une fouJ^:* de <;uièfî^, de vicaires, de prêtres sansre&soonr'es^écrîiiisé)!^ d'i«j]><>ts,asaé^éspar le l>esoifl... € Le sort de <•-el^ hosssssif^^ qui h^e ^M jet/és ave<: tant de confiance dan^ la ré voJ ut joxj eist l<jm d'être ai/jélioré... S'il est de«^ pasteui'^, dont 1^^^ dibfours s-édilMux apj>eU/efli la vindicte deîs Jui^=, eKt-^-e uxi tti^/ti!' j><>ui' eiiveloj^per CielJte classe d^Latumeiï; d<mj^ uae ^fMtrïiAym ^xHUKiïuiie? GraTures, comédies, ^^i<ifii»'.»«s, p<«/xipljle1s,, rien n'a é4^
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oublié ; on prononce avec emphase les mots superstition , fanatisme , on ne conseille pas tout à fait de massacrer les prêtres et les ci-devant nobles, mais tous les jours, vous trouvez des cannibales qui parlent d'égorger, comme on j)arle de manger, de dormir. Les pasteurs, les pères du peuple sont voués presque partout à la dérision, aux insultes, à la férocité, ils sont poursuivis jusque dans nos temples, devenus, depuis qu'on y fait les élections, le théâtre des cabales, des blasphèmes et même de fureurs sanguinaires... Dans mille endroits, les prêtres ne trouvent dans les maires que des bourreaux en écharpe... » Quel tableau ! Maury et les insermentés n'ont pas flétri avec plus d'énergie cette situation déplorable ; la Terreur ne date pas de 1793, depuis la prise de la Bastille : «tout est philanthropie dans les mots, dans les lois; tout est violence dans les actes, désordre dans les choses. » Et cependant, par une de ces contradictions étranges, que nous constaterons souvent dans ses discours, ses écrits et sa vie, il ajoute : « Si la religion éprouvait la moindre atteinte, notre silence serait une lâcheté sacrilège, jamais on n'étoufferait la voix de ceux qui craignent plus un remords qu'un poignard... Les mêmes qui prétendent que nous avons détruit la royauté, crient que les décrets sont subversifs du catholicisme... Je crois avoir détruit les inculpations
faites à la rehgion de l'Assemblée... que la haine et la
noirceur s'épuisent de nouveau en calomnies, en injures, cette fange retombe sur le visage de ceux qui la jettent... Les principes de la Constitution sont fondés sur l'Évangile. . . La Religion et la Constitution unies par des liens indissolubles élèvent majestueusement la tête au milieu
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de Tempire,. pour faire le bonheur des Français et mériter les hommages de l'univers. »
i8 janvier. — Le troisième scrutin pour la nomination du président de l'Assemblée donne la majorité à Tabbé Grégoire.
20 janvier. — Le président annonce la dédicace de plusieurs ouvrages et manifestes apologétiques de la nouvelle organisation du clergé; il présente lui-même son mémoire sur la légitimité du serment. Cet hommage est accueilli par de nombreux applaudissements.
14 février. — Au nom du comité des domaines, le député Pison fait un rapport sur Taliénation du domaine de Fénétrange ; Grégoire prend la parole : « Vous avez entendu que la crédulité du roi a été surprise par un don de 80,000 livres, vous avez entendu qu'un ex-ministre prévaricateur, M. Galonné, a été le principal ouvrier de cette œuvre d'iniquité, je demande qu'il soit poursuivi comme solidaire du paiement. » On applaudit.
d5 février. — Le président donne lecture d'une adresse des électeurs de Loir-et-Cher, qui ont nommé à l'évêché de leur département, M. l'abbé Grégoire, curé d'Emberménil et député. (La gauche de l'Assemblée et les tribunes applaudissent à plusieurs reprises.)
Le même jour, Grégoire recevait aussi la nouvelle de sa nomination à l'évêché du Mans : « Je voulais, écrit-il dans ses Mémoires, refuser l'épiscopat, mais des hommes, qui avaient de l'ascendant sur ma conscience \ en usèrent pour me persuader... Je craignis de résister à ce qui pouvait être la voix de Dieu et je choisis Blois, dont la
t. Le bénédictin D. Dièbe, son confesseur.
nomination m'était arrivée la première. » .Plus tard, il avouait qu'il craignit qu'un refus ne fit supposer qu'il ambitionnait le siège de Paris ou celui de Nancy, où les élections n'avaient pas encore eu lieu. Le 16 février, on lisait dans le journal d'Hébert : « Grande joie du Père Duchesne au sujet de la nomination de l'abbé Grégoire et sa grande motion de le faire évéque de Paris, à la grande satisfaction du peuple français. » En marge d'un catalogue, à propos de cet article, Grégoire écrit: « Folie déplacée de la part d'un écervelé, mortàBicétre en état de démence. » Voici quelques détails officiels sur rélection faite à la cathédrale de Blois, le 14 février : à l'issue de la messe paroissiale, le procureur - syndic Brisson ouvre la séance ; deux candidats sont proposés, Dupont, curé de Saint-Aignan, et le curé d'Emberménil qui est élu. Les Jacobins de Paris l'avaient désigné à la Société populaire ; à Blois, comme partout, la majorité des prêtres et des fidèles ne vote pas, la minorité seule prend part au scrutin. A l'issue de la séance, le maire, président de l'assemblée, écrit à Grégoire, il le prie de lui faire connaître ses intentions, par le courrier porteur de sa lettre : « Les électeurs ne se sépareront qu'après qu'il aura reçu sa réponse. » Le 16, l'évéque informe l'assemblée électorale qu'il accepte : « Dans les circonstances difficiles où nous nous trouvons, l'épiscopat ne peut être accepté que par un dévouement chrétien et civique, c'est une vérité que j'énonce et non un mérite que je veux me faire à vos yeux... » La lettre est courte, il espère justifier les espérances de ceux dont il n'a pas brigué les suffrages, la Providence sera son guide et son appui. « Agréez, Messieurs, et partagez avec tous les
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pasteurs et tout le peuple du département les sentiments de fraternité et d'attachement de votre très humble et obéissant serviteur, Grégoire. » Il notifie aussi son acceptation au maire, aux administrateurs du directoire, au procureur général ; le 18, le président le remercie de la préférence qu'il a bien voulu accorder à Blois. Les sympathies des députés du déparlement, de « Tintéressant Beauhamais » surtout, qu'il avait connu chez le duc de Nivernais, à son arrivée à Versailles, lui faisaient espérer im accueil favorable; ses illusions furent de courte durée. Le 19, les administrateurs réclament sa présence : « L'ancien évêque,M. deThémines, va procéder à une ordination... le peuple voit avec peine les chaires fermées dans ce temps de carême... les consciences sont inquiètes... la majorité de nos prêtres de la ville est hostile... 4 des 6 paroisses vont être fermées, on les donnera aux deux curés qui, seuls, ont prêté le serment. . . Nous espérons que l'indisposition qui vous tourmente n'aura pas de suite, nous le désirons et si nos vœux s'exaucent, nous aurons bientôt le plaisir de vous posséder parmi nous. » Le 26,1e directoire lui écrit: «Nous ne pouvons vous cacher les intrigues des ennemis de la patrie... votre piété, votre charité exemplaire forceront bientôt votre troupeau à se réunir autour de vous. » Les curés Vallon et Métivier le pressent de hâter son arrivée : « Les choses sont dans un état de désorganisation, auquel il est urgent de remédier, y^ L'évêque leur répond : « Je vois que nous aurons à combattre, eh bien ! nous combattrons, je ne m'effraie pas aisément. » Il demande un exemplaire des statuts du diocèse, des rituels, des catéchismes.
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i4 mars, — L'évéque Saurine, dans Téglise de l'Oratoire, procède au sacre de l'évêque de Blois.
23 mars. — Grégoire a obtenu de TAssemblée un congé d'un mois, il part le 24 pour son diocèse, emportant les exemplaires de sa première lettre pastorale, qui comprend 24 pages in-8°. En voici quelques extraits : <( Henri Grégoire, par la miséricorde divine, dans la communion du Saint-Siège apostolique, évêque du département de Loir-et-Cher, à ses vénérables coopérateurs dans le saint ministère et à tous les fidèles du diocèse, salut et bénédiction. )> Il a prévu les tribulations qui Tattendent, comme saint Paul il ne craint rien des maux que des esprits pervers lui préparent... la calomnie Ta devancé, cet avantage lui est commun avec les pasteurs que l'élection libre du peuple a appelés à Tépiscopat... l'imposture s'efforce de les confondre avec les échos d'une philosophie téméraire et sacrilège, qui voudrait reconstruire l'empire français sur les débris du sanctuaire et les ruines de l'antique et sainte religion de nos pères ... Il opposera la prière et les bienfaits à la calomnie... il espérait rentrer bientôt dans le sein paisible d'une paroisse dont il possédait la confiance et l'amour... La Providence a secondé la révolution... Les vrais fidèles soupiraient après la réforme de rÉglise comme après celle de l'État... Quel législateur serait assez stupide pour s'imaginer que le code de nos lois peut subsister en l'absence des principes religieux? Il serait plus aisé de bâtir une ville en Tair, disait un ancien, que d'organiser un État sans culte... L'Assemblée a voulu asseoir les fondements ^ du bonheur public sur les vérités éternelles que Jésus-
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Christ est venu apporter aux hommes. » Il rappelle, avec émotion, les fêtes de la fédération, il expose sa théorie du serment... «La religion est indépendante des puissances d'ici-bas , elle ordonne aux législateurs de courber leur tête devant son front majestueux... Sa morale, ses dogmes sont aussi immuables que Dieu , dont ils émanent... mais elle consent que sa police, dans ses rapports extérieurs avec l'État^ n'en puisse heurter les intérêts... La nation doit s'assurer que ces ministres du culte ne troublent pas TÉlat... Voyez avec quelle mauvaise foi on affecte de comparer notre révolution à celle de la Grande-Bretagne, tandis qu'elle proclame le pape chef de l'Église et centre de l'unité catholique... Le silence de Pie VI est approbatif, sans quoi il serait condamnable... car le père commun des fidèles, le successeur de Pierre, chargé de surveiller l'Église, de confirmer ses frères dans la foi, volerait au secours de la nôtre si elle était menacée... » Le nouvel évêque n'est ni un intrus , ni un transfuge de la foi : « Les sacrements sont-ils autrement administrés, le sang de l'Agneau a-t-il cessé de couler sur nos autels ? Calmez vos inquiétudes, on n'a pas touché à l'arche du Seigneur, l'arbre antique et majestueux de la religion subsiste dans sa force, on a seulement élagué les rameaux parasites... votre Dieu est le Dieu de Clovis, votre foi celle de Charlemagne et de saint Louis... vous la transmettrez dans son intégrité à vos enfants, ce sera leur plus précieux héritage. » Il aborde la question politique : « Il est important, mes frères, de vous dévoiler les trames odieuses des ennemis de notre révolution... les mauvais citoyens tâchent de provoquer un choc funeste entre le sacerdoce
et l'empire... le despotisme avait rivé nos fers, étouffé le germe des vertus, avili nos mœurs, comblé la mesure de tous les maux... le temps de la tyrannie expire, celui des lois est commencé... L'antique et respectable piété de nos aïeux reviendra sous une forme plus brillante épurer et sanctifier les mœurs... Ce langage est celui' d'un évêque persuadé qu'il existe une sainte alliance entre l'évangile de Jésus-Christ et la constitution française... Respectables coopérateurs dans le saint ministère, vous êtes le sel de la terre, et l'ornement de la patrie, c'est sur vous que je fonde l'espoir de mes succès évangéliques... conservez précieusement la paix qui a préservé jusqu'ici nos contrées des troubles qui ont affligé diverses parties du royaume. » Il s'adresse ensuite aux fidèles : c( Respectez vos pasteurs et les représentants de l'autorité... La liberté ne peut subsister que par le respect et la soumission aux lois... surtout, accomplissez fidèlement les devoirs que la religion vous impose, un peuple irréligieux sera toujours un peuple vil et le meilleur chrétien sera toujours le meilleur citoyen... Redoublez de ferveur en ce temps destiné à la pénitence, que vos cœurs s'ouvrent à la douce impression de nos cérémonies, qu'à l'approche du temps pascal vous disposiez vos âmes à recevoir saintement votre Dieu , à profiter des grâces qu'il doit répandre sur vous. Voyez dans chaque paroisse si ceux qui négligent de fréquenter les sacrements ne sont pas communément des hommes dépravés, que les impies même regardent comme les moins dignes de leur confiance et de leur estime... Vous êtes catholiques, vous êtes Français.. . Par votre piété montrez-vous les disciples fidèles de Jésus-Christ, par votre dévouement
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à la patrie, montrez que vous êtes citoyens, et mourez, s'il le faut, pour défendre la religion et la liberté. »
La Société populaire fait imprimer à ses frais 500 exemplaires de cette lettre pastorale. En prenant possession du palais de révéché, il y installe ses vicaires épiscopaux et une bibliothèque communale, il transforme une partie des jardins en jardin botanique et il ouvre au public Tadmirabie terrasse qui domine la Loire.
A son entrée à Blois, il prête serment et reçoit les félicitations du maire, des autorités, de la Société populaire ; je n'ai pu trouver, ni aux archives, ni dans les journaux du temps, le procès-verbal de cette réception, qui ne fut pas sympathique si j'en crois une lettre de M^ Thémines, qui ne fut expulsé que le 7 avril. Je suis mieux renseigné sur son entrée à Vendôme, le mercredi 13 avril : « Reçu à l'hôtel de ville, il se rend au directoire du district, on lui offre un banquet; îl visite l'hôpital, le collège, le club des patriotes. Invité à y prendre la parole, il l'a fait avec les marques de la plus vive sensibilité. » Le 14, il se rend chez les Ursulines, où il est accueilli avec respect; chez les Dames du Calvaire, où l'on ne sonne pas les cloches, « les religieuses lui tiennent de mauvais propos... on assure qu'il leur a parlé avec fermeté. » A l'église de la Trinité, il a célébré la messe suivie d'un « Te Deum chanté parla voix du patriotisme, qui en vaut bien une autre ». Au dîner offert par le peuple, il a été touché jusqu'aux larmes ; on a porté des toastsà l'Assemblée, au roi,àrévêque,auxbons citoyens... «il a fait les plus tendres adieux aux bons
Vendômois, nos compatriotes* ». Revenons aux actes de